Réflexion #2 – Reservoir Dogs est-il un huis clos ?

 

Question suggérée par Noelig Hallez.

Si vous êtes fan de cinéma, et d’autant plus si vous êtes fan de Tarantino (ce qui est mon cas), vous avez forcément entendu cette question : Reservoir Dogs est-il un huis clos ?
Cette question divise les cinéphiles depuis plus de 20 ans. En 1992, les spectateurs voient apparaître un nouveau film, annonçant les prémices d’une success story qui dure encore : Tarantino et le cinéma.
Avant toute chose, il va nous falloir faire un point définition, que l’on puisse définir très clairement ce qu’est un huis clos et quelles sont ses limites. Un huis clos est, de base, une confrontation entre des personnes qui sont isolées du monde extérieur. Traduction dans le language cinématographique : le film possède une seule et unique scène (excepté une scène d’intro et de fin). Attention, je ne parle pas ici de plan séquence. Le huis clos ne correspond pas à une image sans coupure, il correspond à une action qui se déroule en un seul lieu. Cette forme d’art se retrouve généralement dans l’adaptation de pièces de théâtre (Douze Hommes en Colère, dont je vous ai parlé récemment, ou bien Le Prénom). Plus qu’un décor, le huis clos se caractérise aussi, à mon sens, par des personnages très théâtraux, c’est-à-dire qu’on ne peut vraiment distinguer de personnage principal, le temps de parole étant équitablement réparti entre les différents personnages. La difficulté de la réalisation du huis clos (et donc sa principale limite) réside dans le fait de bien doser son histoire : créer une intrigue assez simple pour ne pas voir apparaître trop d’incompréhensions chez le spectateur tout en lui laissant une histoire qui l’intéressera, et créer des personnages qui s’incrusteront parfaitement dans ce type de film (vous me direz, c’est le problème de tout les cinéastes, et pas seulement des réalisateurs de huis clos. Je vous l’accorde, mais la difficulté est accrue avec.)
C’est à ce moment que notre ami Tarantino rentre dans la partie. En 1992, la grande référence du huis clos est Douze Hommes en Colère. Le huis clos se contentait alors d’adapter des pièces de théâtres qui avait eu un certain succès. Pas de gros risque commercial. Tarantino, nous livre un scénario qui respecte les organisations spatiales du huis clos, nous propose une histoire totalement différente. Fini les gentils personnages avec une cause pour le changement de la société ; on a ici les pires crapules de tout Los Angeles. Là réside la première différence notable entre Reservoir Dogs et les conventions du huis clos : les personnages. Les personnages de ce film présente des caractères forts (notamment Blonde, joué par Michael Madsen). Les personnages sont hauts en couleur, et le personnage se rappelle vraiment de chacun, contrairement aux autres films. En résumé : on n’a pas ici des personnages de théâtre remixés à la sauce Hollywood ; on a des vrais personnages de cinéma.
Reste à traiter l’organisation scénique. Le film se joue effectivement avec une place forte, le fameux hangar. Mais, autre point où Tarantino innove, outre la scène d’introduction qui se fait en dehors du lieu (c’est un standard du huis clos, pour l’instant rien d’étonnant), on trouve des scènes qui viennent couper l’action en cours. Des « flash-backs » qui permettent au spectateur de mieux comprendre le déroulement des événements. Ces « flash-backs » peuvent paraître innocents, mais ce fut aussi une révolution dans le monde du huis clos. Maintenant, pour parler des faits antérieurs, on n’utilise plus des paroles, mais des images ! Le spectateur se représente ainsi mieux ces faits, au détriment d’une convention.
Quoi qu’il en soit (je vais conclure, sinon on en a pour la semaine), Reservoir Dogs est l’un de mes films préférés, mais malgré ça, il est très difficile de le défendre sur ce point. Parce que cette question ne sera probablement jamais résolue, car Reservoir Dogs est un ovni dans le monde des huis clos. Beaucoup rabaisse Tarantino a un simple créateur de divertissement ; même si ces films n’ont pas forcément un sens profond et distinct, ce cinéaste est capable, dès son premier film, de boulverser les codes d’une forme artistique antique. Et c’est bien évidemment là que réside toute la beauté de ce film ; il est inclassable. Parce que Reservoir Dogs, c’est un huis clos esthétique, un huis clos détourné, un huis clos sans en être un.

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