Réflexion #3 – Le film de genre est-il toujours d’actualité ?

Ah, le film de genre ! Je parie que ça ne vous dit rien. Pourtant, vous le connaissez. Mais oui, c’est la catégorie dans laquelle on range tout les films devant lesquels on s’ennuie ferme et qui sont donnés comme des chefs-d’œuvre !
Avant de commencer, nous allons définir plus en détail ce qu’est un film de genre, afin de cadrer cette chronique est de ne pas divaguer. Le film de genre, ou film d’auteur, relève donc des films qui jouissent d’une maîtrise totale du réalisateur sur le projet, du scénario jusqu’au final cut (ça c’est dans la théorie). Plus généralement, il désigne les films auquel on associe un style visuel novateur et singulier (en fait, c’est très dur de définir ce que c’est, car c’est un terme très subjectif).
Le film de genre, est, dans les mœurs, le genre de film (chiasme non voulu et non pourvu de sens) qui truste les récompenses des festivals tels que Cannes, Berlin et Venise, pour ne citer qu’eux. Malheureusement, ce cliché devient chaque année un peu plus vrai. L’autre caractéristique du film de genre est que, dans une grande majorité des cas (il y a toujours des exceptions), ces films ne sont jamais cultes et ne marque même pas le grand public. On note d’ailleurs qu’il est souvent associé au cinéma indépendant, et (pour la note culturelle), LE grand réalisateur de film de genre se nomme Gus Van Sant (je reparlerais de l’ami Gus un peu plus tard).

Le film de genre a, depuis toujours, été LE type de film pour véhiculer un message. Malgré tout, pour qu’un message soit transmis, il faut que le film soit visionné. Malheureusement, ce n’est plus toujours le cas. Comparons les chiffres (j’ai visionné ces films, donc je peux vous assurer qu’il rentre dans la catégorie des films de genre) : Full Metal Jacket de Stanley Kubrick (alors, je vais recadrer les fans de Kubrick tout de suite : je n’ai-me pas le style Kubrick), avec un casting plutôt « misérable » (par ce terme, j’entend le fait que les acteurs n’étaient pas connu, le seul élément populaire était un Kubrick reconnu), sorti en 1987 (ça ne nous rajeunit pas tout ça), avait un budget de 30 millions de dollars et a réussi à faire 2 321 742 entrées en France. Lost River, premier film de Ryan Gosling, sorti il y a quelques mois et avec un casting incluant des noms reconnus, résultat : 165 046 entrées. Cela illustre bien la tendance : le film d’auteur est boudé par le public.

Alors, comment expliquer cette baisse de popularité ? Il y a plusieurs raisons : tout d’abord le travail des thématiques. Prenons Last Days de Gus Van Sant (Van Sant, qui n’a réalisé que des films de genre excepté Will Hunting, avec Matt Damon et le regretté Robin Williams). La thématique ? La solitude d’un musicien, très très très inspiré de Kurt Cobain, avant son suicide. Résultat ? Le film respire la fatalité (ce qui est pas top pour rire). Alors quand on rajoute la touche Van Sant (imaginez-vous : le premier dialogue intervient au bout de 17 minutes de film), et un casting d’inconnu, on obtient un bon gros bide. La deuxième raison de la baisse de popularité, est la vraie complexité des histoires. Encore une fois, je m’appuie sur Last Days. Dans mon entourage, la grande majorité des gens m’ont avoué n’avoir strictement rien compris à ce film. Un seul ne m’a pas donné cette version là, me disant seulement qu’il s’était ennuyé ferme : il faut rajouter qu’il est aussi un cinéphile (c’est lui qui m’a converti) et un amateur de rock (donc la thématique Kurt Cobain…). Il n’y a que moi qui ait apprécié ce film. Ainsi, ce film est vraiment dur à comprendre ; avez-vous vraiment envie de voir un film auquel vous ne comprenez rien ? On évoquera aussi La Ligne Rouge de Terrence Malick, dont le nombre assez important de personnage fait perdre totalement pied au spectateur.

La troisième raison mérite une chronique à elle seule : car avant tout, comme je l’ai dit dans l’introduction, les films de genre sont dans les festivals. Et les festivals, à proprement parler, se casse la gueule ses derniers temps. Prenons pour exemple (car on est chauvin) le festival de Cannes. Pour moi (avis personnel), son apogée se trouve dans les années 70 (avec Conversation Secrète, Taxi Driver et Apocalypse Now, rien que ça), puis une deuxième apogée dans les années 90 (avec Sexe, Mensonge et Vidéo, Sailor et Lula, Barton Fink, Rosetta et surtout la palme très controversée de Pulp Fiction). Mais depuis, c’est le désert. Mis à part La Chambre du Fils de Nanni Moretti en 2001, les deux autres palmes connues sont Le Pianiste de Polanski en 2002 (dernier film vraiment culte de Cannes, et qui est vraiment très bon, et ne rentre étonnement pas dans la catégorie des films de genre) et La Vie d’Adèle en 2013 (et qui est surtout connu pour son caractère porno très déplorable (vous ne me ferez pas changé d’avis, je déteste ce film)). Comment expliquer ce désert ? Mystères et boules de gomme. Parlons de The Tree of Life de Terrence Malick (encore lui), palme d’or en 2011. Un casting plus qu’honorable (Brad Pitt et Sean Penn en tête d’affiche, on a vu pire), et une palme remise par Robert De Niro (rien que ça). Pourtant un bide total. Pourquoi ? Certains me diront que le style de Malick ressemble beaucoup à celui de Kubrick (oh, ça rime !), qui n’est pas réputé pour étant un réalisateur grand public, et pour une fois, je leur donne raison. Dans ce film, Malick veut nous donner une hymne à la vie. Résultat, une énorme lumière, et, à moins d’être demeuré, en dix minutes, le message est passé. L’intérêt du film étant effacé, vous vous ennuyez ferme (j’ai quitté au bout de 50 minutes, après avoir persévéré).
Le problème du film de genre est là : il n’intéresse aujourd’hui qu’une poignée d’irréductibles, et les festivals, sensé leur faire de la pub, les dévalorise (j’en reviendrais dans une prochaine chronique). Le festival de Cannes s’est fermé il y a deux mois : quelqu’un se rappelle encore de la Palme d’Or ? Le film de genre dans son format actuel n’est plus du tout d’actualité, mais il n’est pas mort pour autant car, comme tout les autres genres, il arrive dans une période charnière de son histoire (et de l’histoire du cinéma en général) et va devoir se réinventer. Car sinon, il risque de mourir pour de bon, et se serait bien dommage.

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