10 lettres à 10 réalisateurs – Quentin Tarantino

Pour célébrer la nouvelle année, Antoine nous donne toutes les semaines une lettre qu’il adresse à l’un de ses réalisateurs favoris, où il lui explique pourquoi il l’admire.

Et aujourd’hui, pour débuter cette chronique, Antoine débute avec son réalisateur favori : Quentin Tarantino !

« Cher Quentin,

Ce que j’aime chez vous, c’est vos dialogues. Ca semble bien banal, de dire que l’on aime un réalisateur pour ses dialogues ; c’est pourtant là que se trouve la base de toutes histoires. Et le dialogue, dans toute la bivalence que vous lui apportez, est bien la quintessence de votre cinéma ; Pascal Bonitzer l’explique si bien dans son article De la Distraction en prenant comme base Pulp Fiction. Vos deux bad boys Jules et Vincent, qui parlent de manière banale de système métrique et de massage de pieds, alors même que l’on sait qu’ils s’apprêtent à commettre un meurtre. C’est, au travers de cette inaction de vos personnages, votre manière de toujours captiver le spectateur par la parole. L’exemple le plus probant reste incontestablement votre dernier chef d,’oeuvre, The Hateful Eight, et toute cette majestueuse première partie, qui tient uniquement à la précision de votre écriture. Pas étonnant lorsque l’on arrive à saisir tous le sens de vos textes (affirmation dont je n’ai pas encore la prétention), on ne peut s’étonner que vous ayez été récompensé par 2 Oscars du meilleur scénrio. Et lorsqu’on a compris quel place a le dialogue a dans l’impression générale d’un spectateur sur une oeuvre, ainsi que la difficulté d’écrire correctement quelques palabres qui sonnent à peu près juste (et je prends mon expérience personnelle comme témoin), on peut alors comprendre la grandeur de votre cinéma, let ceux qui vous voue un culte (et dont je suis un éminent membre), tout en l’appréciant entièrement. Et, si je ne devais citer qu’un seul nouvel exemple pour évoquer votre travail d’écriture, je citerais le dialogue entre Steve Buscemi et Lawrence Tierney dans l’incroyable Reservoir Dogs, le fameux « Pourquoi Mr Pink ?/Parce que t’es une pédale », ou tout l’art de la punchline intelligente, qui vient là rendre ridicule le personnage cynique de l’ami Steve, avec une ingéniosité et une efficacité que vous seul avez. Ah, et je n’oublie évidemment pas Vincent Vega alias John Travolta dans Pulp Fiction, un gars un peu retardé qui ne trouve rien de mieux que de sortir un « Oh merde, j’ai buté Marvin » après avoir explosé la tête de ce pauvre Phil LaMarr ; symbole même de votre talent pour tourner au ridicule une chose grave, provoquant le rire jaune du spectateur, caractéristique de votre cinéma. Et symbole de la bivalence de votre cinéma, bivalence ou décalage entre sérieux et humour noir. Mais de quelqu’un les films comportent uniquement deux mots dans leurs titres, peut-on vraiment douter de ce désir de bivalence ? En tout cas, lorsque vous prendrez votre retraite dans deux longs-métrages, nul doute que nous aurons encore plaisir à nous refaire vos dix chefs-d’oeuvre, et à (re)déguster avec autant de saveur vos dialogues…

Amicalement, »

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