Fight Club (David Fincher, 1999)

ATTENTION : Cette critique contient des spoilers.



Il est difficile de faire plus culte que Fight Club, tant le film attise toutes les émotions : adulés par l’un, exécrés par d’autres ; donner un avis qui satisfera quelques personnes est donc tout sauf tâche aisée. Avant d’attaquer mon analyse donc, il me semble important de préciser que je me situe dans le camp des adorateurs du film.

A mon sens, ce qui constitue la principale qualité du métrage reste la mise en scène proposée par David Fincher. De part, tout d’abord, par l’esthétique du film. Si, avec Alien3 et Se7en déjà, Fincher nous proposait déjà les bases visuelles de son style, c’est dans son film précédent, The Game, que Fincher pose les bases dont il se servira pour Fight Club. Esthétique froide et oppressante, le film s’affiche dans des teintes de gris qui rendent l’ensemble impersonnel et triste qui appuye le message (je reviendrais dessus plus tard), où la seule couleur est apporté par les vêtements de Tyler, comme une preuve de sa marginalité. La mise en scène de Fincher, outre son travail sur l’image et les couleurs, est également traversé par ce sens du détail, point sur lequel Fincher s’appuye encore et toujours. En témoigne, l’insertion des 4 images subliminales de Tyler avant l’apparition du personnage, ou la fameuse insertion de pénis à la fin, qui renvoie à la fameuse scène où Tyler insert des images pornographiques dans les films pour la famille. Tout est une copie d’une copie.

On parle de ces images subliminales et de ce sens du détail de Fincher, mais si tout cela fonctionne parfaitement, c’est grâce au travail sur le montage. Le travail sur le rythme dans Fight Club est capital, et la contribution de James Haygood est réussie. En effet, le film propose plusieurs rythmes possibles. Un rythme lancinant, pour ne pas dire calme (la rencontre de Tyler, l’incendie et le bar juste après,…), entremêlé à des scènes qui détonnent (Norton tournant entre les différents aéroports, lorsqu’il se frappe dans le bureau de son patron), prépare enfin une montée en tension finale avec un final qui devient étouffant (et qui n’est pas sans rappeler le travail de Thelma Schoonmaker pour Les Affranchis, que Karim Debbache a merveilleusement bien détaillé dans un épisode de CHROMA). Si cela peut sembler anecdotique, une articulation intéressante est présente. Pendant une bonne partie du film, on repère que les scènes très rythmées ne présentent généralement que Norton tout seul (et sont à peu d’exceptions près, tout animée par la musique des Dust Brothers, contrairement aux autres), sans la présence des autres deux protagonistes. Un esprit bouillant seulement calmé par la présence ces exacts opposés ? Un Narrateur qui ne se calme qu’en défoulant les pressions qui l’animent ? Cet exercice de style n’en reste pas moins rempli d’indices pour le final (à partir du départ de Tyler) qui se ressent comme une réunion de cette bipolarité en un ensemble uni (de la même manière, à la fin, que le Narrateur et Tyler), et preuve encore que la précision de Fincher est dans tous les détails. Nous reste quand même à évoquer un – si ce n’est le – point le plus important quand à la puissance du métrage.

Si Fight Club est donc une oeuvre forte par le travail de David Fincher, il n’en reste pas moins qu’il s’articule aussi avec un scénario de grand qualité signé Jim Uhls. Il est important de rappeler que le film est adapté d’un roman de Chuck Palanhiuk sorti 3 ans auparavant. Le roman avait fait sensation (et choqué) pour sa violence. Et, à la lecture du livre, on peut vraiment se demander comment ce dernier peut-il être adapté à l’écran, par son ambiance et par la certaine temporalité décousue (à en faire pâlir Christopher Nolan). Et c’est justement là que le travail de Jim Uhls rentre en ligne de mire. Alors, évidemment, le film est adouci (Hollywood n’aurait jamais toléré ça), et moins décousu (et pour le coup, c’est pas plus mal pour la compréhension, et la réussite de la gestion de la temporalité démontre une nouvelle fois la qualité du montage). Malgré ces deux contraintes, le film, en plus de rester plutôt fidèle au roman (2 passages seulement sont changés totalement dans le film), mais le film tente de conserver ce qui fait l’essence et la profondeur du roman, tout en l’adaptant au cinéma et le faire marcher tout seul. Une adaptation fidèle mais pas plan/plan, intelligente et qui propose une nouvelle vision de l’oeuvre. Car, si le travail de Fincher, aussi pointilleux soit-il, marche aussi bien, c’est bien car la base de travail de Uhls donne matière à un traitement aussi qualitatif. Nous reste donc à parler d’un dernier point…

Un grand film s’appuie sur de grandes performances d’acteurs, et Fight Club n’échappe pas à la règle. Brad Pitt, Helena Bohnam Carter et Edward Norton offrent ici trois performances démentielles, avant tout car ils sont magnifiquement dirigés par Fincher. Si chacun des 3 s’exprime dans un registre d’acting qui est le sien, le fait qu’ils aient été admirablement castés fait que cela sert de profonde force à l’oeuvre, car ils leur permettent de faire corps avec leurs personnages. Pour un tournage qui a duré près de 6 mois (août à décembre 1998), force est de constater que cela fonctionne amplement. Car si les personnages, intégrés par le scénario et la mise en scène, comme on a pu l’évoquer, s’inscrivent dans les mémoires par l’art de ces trois grands acteurs de donner de leur personne pour faire gagner des personnages peu commun en crédibilité et ainsi marquer durablement la mémoire des spectateurs, ce qui à mon sens est pleinement réussi car Fincher arrive à les pousser dans leurs retranchements (Fincher obligea Norton à dormir et manger le minimum pendant le tournage car son personnage perd en vitalité tout au long de l’oeuvre, tandis que Brad Pitt avait lui droit notamment à des séances de bronzage régulièrement), afin de les rapprocher au plus de ce qu’ils seront à l’écran et pour que ces derniers deviennent plus que des acteurs et soient complètement leurs personnages. Preuve ultime qui vient parapher la réussite de ce long-métrage.

En conclusion, si le film présente de nombreuses qualités intrisèques, force est de constater que ces diverses pistes de lectures (les plus jeunes y verront peut-être un simple « film de baston » qui les divertit, quand d’autres pourront observer une vraie critique de la société de consommation qui crée des personnalités formatées, cocasse lorsque l’on sait que Fincher a réalisé pendant de nombreuses années des publicités), les performances incroyables et le travail de l’équipe technique ont amené le film à démontrer ces qualités et acquérir un statut des plus cultes, qui traversent d’années en années les nombreux cinéphiles de la planète.

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