Un après-midi de de chien

Un après-midi de chien (Dog Day Afternoon), film de 1976 réalisé par Sidney Lumet avec Al Pacino, John Cazale…

En 2009, Un après-midi de chien est entré dans le National Film Registry à la Bibliothèque du Congrès des États-Unis. Une reconnaissance peu commune, et qui témoigne d’une importance du film de Sidney Lumet dans l’histoire du cinéma américain, et de l’histoire américaine en général. Mais qu’est-ce qui peut donc valoir à ce film une telle réputation ? C’est ce que nous allons voir maintenant, en deux points !

Un Al Pacino hallucinant

Sidney Lumet est, il ne faut pas se le cacher, un excellent directeur d’acteurs. D’Henry Fonda dans 12 hommes en colère à Marlon Brando dans L’homme à la peau de serpent ou Paul Newman dans Le Verdict, les grands acteurs livrent chez lui de grandioses performances. Et Al Pacino n’échappe pas à la règle.
Sortant du rôle de Michael Corleone (Le Parrain, 2ème partie était sorti en 1974), l’interprète de Sonny livre un rôle à contre-courant du taciturne Corleone, avec toujours le même talent. Il campe un personnage qui douze heures durant lutte pour arracher sa liberté au main des policiers et dont les motivations sont bien plus intéressantes et nobles que le film ne le laissait entendre.
Le film s’efforce visuellement de rendre la fatigue physique du personnage, ce qu’Al Pacino parvient à retranscrire à la perfection ; le personnage garde cela dit sa vigueur intellectuelle, une dualité que Pacino incarne à la perfection. Son regard perçant, dur, associé à sa gestuelle bien moins maîtrisée, donne à Sonny une profondeur remarquable, et Al Pacino trouve là un des meilleurs rôles de sa carrière. D’un personnage un peu gauche, il passe à un homme avec bien plus d’assurance, et Pacino se charge de montrer ce changement d’état d’esprit.

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Si l’on peut saluer la performance d’Al Pacino, il ne faut pas oublier John Cazale, un regretté acteur qui nous a quitté bien trop tôt et que Pacino avait déjà croisé dans les deux premières parties du Parrain. L’acteur offre comme à son habitude une performance remarquable et saluée, malgré qu’il soit un personnage très en retrait et dépendant du personnage de Sonny. Il possède cette sorte de fragilité physique, une désinvolture qui, associée à sa volonté de mener sa mission à bout, en fait un personnage malgré tout attachant.

Un film bien plus acerbe qu’il n’y parait 

De quoi est-il question dès le début ce film ? De cambrioleurs un peu gauches (dont le troisième n’est même pas assez présent pour qu’on puisse rire de lui) qui s’attaquent à une modeste banque composée majoritairement de femmes, d’un directeur peu menaçant et d’un gardien atteint d’asthme. C’est quasiment là de la pure comédie, mais le film s’en sert pour livrer un message bien plus touchant et acerbe qu’il n’y parait.
Tout l’intérêt du film s’ouvre à nos yeux quand est faite la révélation de la motivation de nos deux personnages, et à quoi leur serait utile leur (maigre) butin.
Dans des années 70 marquées par l’apparition du virus du SIDA, Sidney Lumet montre une Amérique qui rejette ses marginaux et leurs aspirations, avec un regard très critique sur les institutions de son pays, ici la police. Gays, afro-américains… Beaucoup de communautés considérées à l’époque comme marginales sont représentées et défendent les idéaux d’un Sonny qui ne se résigne pas à abandonner quand bien même cela le pousse dans une détresse physique et mentale. Mais cela n’est-il pas encore vrai aujourd’hui ? Là est tout l’intérêt du film de Sidney Lumet : il est totalement intemporel. Plus de 30 ans après sa sortie, son message est encore malheureusement toujours d’actualité, et l’Amérique sous Trump le montre.

Dog Day Afternoon 2
Il porte également un regard acerbe sur les médias, notamment sur la manipulation des événements dont ils font preuve et à quel point ils peuvent retirer aux gens tout esprit critique. Ces médias, Sonny va apprendre au fil du film à s’en servir à la perfection, ralliant l’opinion publique à sa cause, galvanisant les foules. Il renverse l’outil de manipulation qu’est la télévision à son avantage.

Mais Un après-midi de chien, c’est avant tout un drame social et humain, un film dont l’histoire semble flotter dans l’air du temps, comme une parenthèse que la réalité froide et sordide va bien vite rattraper. L’histoire d’un amour jamais trop appuyé, toujours très discret, et pour lequel on est à se battre, quitte à risquer sa peau. Sans jamais tomber dans un mélancolisme ou un lyrisme trop appuyé, Sidney Lumet livre l’histoire d’hommes qui défendent des idéaux nobles, quand bien même ils dévalisent une banque. Malgré ces actes, ils sont profondément honnêtes et bons, d’ailleurs aucun des personnages du film ne s’y trompe. Tout cela rend alors le dénouement d’autant plus brutal et cruel.

 

Quelques 32 ans après sa sortie, Un après-midi de chien reste donc l’un des meilleurs films de son réalisateur, et une oeuvre majeur du cinéma des années 70. Servi par d’hallucinantes performances d’acteur et une réalisation soignée, le film se montre bien moins manichéen qu’il n’y parait. On est donc avec ce film devant un réalisateur chef-d’oeuvre, un long-métrage intemporel que l’histoire a et continuera de porter au Panthéon du cinéma américain. LE film de la carrière de Sidney Lumet.

 

 

 

2 commentaires sur « Un après-midi de de chien »

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