La Forme de l’eau

La Forme de l’eau, film fantastique romantique américain de 2018, réalisé par Guillermo del Toro, avec Sally Hawkins, Michael Shannon et Octavia Spencer

Le 23 janvier, jour des nominations des Oscars, il n’était pas forcément le plus attendu pour obtenir le titre honorifique de film le plus nommé. Ce fut donc une demi-surprise (le film a quand même reçu un Lion d’or à Venise) que de voir La Forme de l’eau rafler 13 nominations (à seulement une longueur du record de 14 nominations, c’est dire), couronnant ainsi Guillermo del Toro aux yeux de l’Academy (Le Labyrinthe de Pan avait bien récolté 3 statuettes, mais il s’agit ici la première nomination du réalisateur mexicain pour sa réalisation). Autant dire que sur le papier, l’envie est palpable. Mais, au final, que vaut La Forme de l’eau ?

Tous les cinéphiles le savent, les talents de Guillermo del Toro sont depuis longtemps connus et reconnus. Son dixième long-métrage ne déroge pas à la règle et nous offre une mise en scène dans le style Del Toro pur et dur. Le réalisateur nous propose une mise en scène à l’inventivité sans cesse renouvelée, enchaînant les travellings lancinants et les plans fixes contemplatifs, couplée à une photographie absolument sublime de Dan Laustsen (qui nous ferait presque penser que la statuette, promise à Roger Deakins pour Blade Runner 2049, n’est peut-être pas aussi joué d’avance que ça) et à un montage magnifiquement orchesté par Sidney Wolinski, Del Toro nous rend ici un ensemble plus qu’impressionnant. Rajouter à cela une bande originale absolument géniale du frenchie Alexandre Desplat, ainsi que des FX toujours aussi bons, et l’on obtient un mélange très savoureux. La Forme de l’eau permet à tous les corps de métier de s’exprimer avec grâce et délicatesse, le tout dosé avec une main de maître, permettant à son univers de se développer devant nous en impliquant tout nos sens et sans jamais nous forcer la main. De ce point de vue, nous pouvons hurler à la réussite.

Mais une bonne mise en scène doit évidemment être couplé à un scénario réussi pour offrir toute sa puissance. De la main de Del Toro et de Vanessa Taylor (qui a travaillé sur Divergente et Game of Thrones), on obtient un ensemble globalement fluide, malgré, il faut le reconnaître, quelques longueurs. Mais ne retirons quand même pas ce qui reste la grande réussite de ce scénario, à savoir la très bonne écriture des personnages. Tout comme la mise en scène, le scénario prend ici le temps de se mettre en place et d’introduire ses enjeux et ses protagonistes sans pour autant hâcher l’entrée en matière. L’écriture offre ici une foule de personnages aux caractères entiers, auxquelles nous pouvons nous attacher (ou non pour les antagonistes) sans aucun souci. Tout en arrivant à traiter de nombreuses thématiques (l’amour, la xénophobie, la conquête de l’espace, la Guerre Froide,…) de manière très cohérente et intéressante, Guillermo Del Toro offre un récit à l’humanité débordante sans pour autant tomber dans un pathos répugnant. Plein de bons sentiments sans en abuser, on nous donne à voir une histoire simple mais très touchante.

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Si sur le papier tout est exaltant, encore faut-il que les acteurs arrivent à donner vie convenablement à ces personnages. De ce côté-là, encore une fois, force est de constater qu’il s’agit d’une franche réussite. En premier lieu, évoquons Sally Hawkins, interprète d’une Elisa muette. Sans l’atout de la parole, elle nous offre une performance absolument dantesque, un profond récital d’acteur qui prend aux tripes dès la première scène comme trop rarement de nos jours. Face à elle, Michael Shannon s’impose comme un grand antagoniste, nous montrant encore une fois tout son talent d’acteur dans un rôle qui lui sied comme un gant. Citons aussi le très touchant Richard Jenkins, dans le rôle de Giles le voisin d’Elisa, au jeu simple qui combine si bien avec celui de Hawkins, Michael Stuhlbarg, qui confirme qu’il est un des meilleurs seconds couteaux actuellement, ou encore Octavia Spencer, sobre mais pleinement efficace. Enfin, nous manquerions à notre devoir si nous ne citions pas Doug Jones, encore une fois impeccable, ici dans le rôle de la créature…

Vous l’aurez compris, La Forme de l’eau est un gros coup de coeur, un vent frais de simplicité et une leçon d’humanisme qui, dans un monde de plus en plus morose, offre au spectateur une vague de tendresse et d’optimisme. Leçon d’amour explicite entre personnages ou implicite au cinéma (via les nombreuses scènes montrées en projection du film, les plus cinéphiles d’entre vous les reconnaîtrons peut-être), Guillermo del Toro nous offre un grand film qui, s’il est encore trop tôt pour l’affirmer, ne serait pas illégitime à l’Oscar du meilleur film et au statut de grand film de l’année, voir de film important de la décennie.

Un grand merci à Cédric Lesaint pour son aide sur cet article.

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