Ready Player One

Ready Player One, film de science-fiction américain de 2018, réalisé par Steven Spielberg, avec Tye Sheridan, Olivia Cooke et Ben Mendelsohn

Chaque Spielberg est un événement. Parce que depuis maintenant presque 50 ans (et oui, Duel va sur ses 47 bougies…), il a su faire fantasmer des générations en touchant à tous les genres. Alors, évidemment, lorsque son nouveau film sort au cinéma, on se précipite pour le voir. Les attentes sont encore plus grandes quand il s’agit d’un projet comme Ready Player One qui s’avance, qui ressemble à s’y méprendre à un testament à la pop culture dont Spielberg est l’un des plus importants faiseurs. Alors, avions-nous raison d’attendre ce film comme le Saint-Graal ? Tentative de réponse en quelques points.

On l’a dit, Ready Player One avait des faux airs de testament de pop culture, et le risque d’entassement de références sans aucune utilité était bien réel, comme la bande-annonce nous le suggérait. Si on a le droit à quelques grands moments où cela transpire à foison (notamment la fameuse course introductive où l’on croise Akira, Retour vers le Futur, Last Action HeroJurassic Park ou bien King Kong), le tout reste sagement maîtrisé. Si on regarde attentivement, les références principales ne sont d’ailleurs pas choisis par hasard. La DeLorean de Retour vers le futur renvoie par exemple à cette idée de jeunesse un peu rebelle que représente Marty McFly, et que veut devenir Wade dans l’OASIS ; on voit le choc des cultures face à Akira, comme pour marquer la distance qui séparer Art3mis et Parzival au début du film, etc… Tout est ici réfléchi pour avoir un sens par rapport à l’image intrinsèque que ces références ont aux yeux du public, et Spielberg joue sur cette image pour faire avancer son propos. L’utilisation, assez judicieuse dans nombre des cas, empêche finalement l’apparition d’un effet tape-à-l’oeil trop dérangeant en s’intégrant de manière adéquate au récit.

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L’autre écueil, directement lié à ce que l’on a évoqué, était que Spielberg accouche d’un film résolument coincé dans le passé. Bien mal nous a pris de penser cela, tant le film est tourné vers l’avenir. Certains verront en effet Ready Player One comme un vulgaire moyen de se remémorer un héritage passé, mais il semble plutôt que Spielberg l’aie voulu comme une oeuvre sur l’héritage, l’émancipation et les dangers de la virtualité. Si Ready Player One fait la part belle au monde geek, le film n’oublie pas de nous questionner sur notre monde de plus en plus enclin dans la virtualité. Les rapports en 2045 ne sont devenus que virtuels, où les hommes perdent tout repère de normalité, comme en témoigne certains errements de Wade, qui oublie un peu que l’OASIS n’est qu’un monde parallèle et non la réalité. Le film nous pousse à rompre la guerre à l’image qui s’installe de plus en plus dans nos sociétés pour nous recentrer sur la personne, faisant de l’humain le coeur du film. La filmographie de Steven Spielberg, et tout particulièrement ces films de science-fiction, se sont affirmés au cours des années comme des oeuvres à la portée humaine, prouvant que notre espèce peut accomplir de nombreuses choses incroyables tant qu’elle croit à elle-même. C’est au travers de l’héritage, au premier degré via le personnage de James Halliday, ou au second degré avec notre pop culture, que l’homme (Wade dans le film comme nous dans la vie) doit avancer en se servant des expériences du passé pour construire un futur le plus pertinent possible. Ready Player One, en nous montrant un gamin désoeuvré et virtualisé qui se rend peu à peu compte de ce qu’il peut accomplir comme homme dans le monde réel, nous prouve que Spielberg sait encore offrir du grand spectacle avec un fond et une réflexion, ce qui semble être devenu aujourd’hui beaucoup trop rare.

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Mais, outre la portée de réflexion, que dire des qualités purement cinématographiques du film ? Si le film reste somme toute classique dans sa forme (il ne faut pas s’attendre à un scénario qui marquera l’histoire), il reste d’une certaine efficacité, Spielberg restant avant tout un formidable conteur avec le souci du détail, sachant donner à bon escient ce qui faut pour captiver son auditoire. Les prouesses restent bien évidemment visuelles, et l’on comprend parfaitement la durée (2 ans !) de post-production. Ernest Cline, l’auteur du roman originel et co-scénariste du film, évoquait il y a quelques jours Avatar comme une source majeure d’inspiration, notamment dans les possibilités techniques que le film de James Cameron avait offerte il y a maintenant 9 ans. Il semble évident aussi que Ready Player One est une des expériences de motion capture les plus marquantes depuis Avatar, et la place importante de ces effets spéciaux contraint les acteurs à jouer un double rôle qui rend beaucoup plus honorable leurs performances. Si le casting reste globalement très bon sans être profondément marquant, on retiendra surtout la fraîcheur d’Oliva Cooke (alias Art3mis), la véritable révélation de ce film, qui risque d’exploser dans les années à venir tant elle semble à l’aise virtuellement comme réellement.

En somme, si Ready Player One ne s’impose pas forcément comme l’un des Spielberg ultime, il confirme que le maître Spielberg est vraiment de retour au premier plan. Offrant un grand divertissement nostalgique qui nous questionne sur l’avenir virtuel qui nous attend, Spielberg nous offre ce qui restera probablement comme le blockbuster de ce début d’année. Oeuvre plus profonde qu’il nous semble, Ready Player One semble bien parti pour marquer le public et pour montrer que Spielberg est, pour quelques années encore, le roi du game.

 

 


Note

4/5

De retour à la SF à grand spectacle, Steven Spielberg réalise un nouveau tour de force en nous offrant un grand divertissement qui joue minutieusement sur nos références, tout en offrant une vraie réflexion sur l’avenir. Ready Player One s’affirme comme un vrai plaisir cinématographique et montre encore une fois que Spielberg est le roi du game.


Bande-annonce :

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