Avengers : Infinity War (sans spoilers)

Avengers : Infinity War, film super-héroïque de 2018 réalisé par Anthony et Joe Russo avec Robert Downey Jr, Chris Evans, Josh Brolin, Chris Pratt, Tom Holland, Chris Hemsworth, Scarlett Johansson, Benedict Cumberbatch, Elisabeth Olsen…

Alors que le Marvel Cinematic Universe fête cette année son 10e anniversaire (avec la sortie du premier Iron Man en 2008), voici que sort le film-somme, le crossover ultime, le film sensé marquer un tournant dans un univers cinématographique qui a imposé son hégémonie dans le paysage super-héroïque actuel. Avec la venue du puissant Thanos, tout annonce dans ce film (et sa suite qui sortira l’année prochaine) un bouleversement total.
Bien qu’on puisse avoir des aprioris sur l’oeuvre au vu notamment du nombre des personnages à gérer, il est inutile de nier que ce projet est l’un des plus ambitieux du MCU et des films super-héroïques en général.
Mais cessons les suppositions, il est maintenant temps de juger le produit fini ! Alors, Thanos et son gant de l’Infini passent-t-il le test haut la main ?

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Thanos donc, le grand méchant du MCU préparé depuis la scène post-générique du premier Avengers, annoncé comme l’antagoniste ultime qui allait tout détruire sur son passage. Autant dire que l’attente autour de ce personnage était grande, et que les frères Russo n’avaient pas intérêt de rater l’entrée en matière réelle de ce personnage. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le défi est relevé avec brio.
Car Thanos, loin de se contenter d’être un méchant unidimensionnel qui n’a pour seul but que de conquérir l’univers, est un personnage aux motivations compréhensibles, sinon plausibles, aux liens avec certains des personnages assez forts et touchants, qui rendent donc le personnage plutôt appréciable malgré son instinct de destruction. Un personnage réussi d’autant plus nécessaire qu’il porte le film sur ses puissantes épaules et que tous les personnages gravitent autour de lui. Josh Brolin, de sa voix caverneuse, donne au personnage toute sa personnalité, une quasi-humanité à cet être pourtant d’un violet peu commun. Il est étrangement, alors qu’il est l’antagoniste principal, le personnage le plus attachant du film (facilité par un défaut de rythme sur lequel nous reviendrons) et, dans toute sa démesure, permet d’offrir des scènes grandioses.
La réussite du film dépendait donc en partie de lui, et le pari est relevé.

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S’il y avait bien quelque chose pour lequel les frères Russo n’avaient pas brillé dans Le Soldat de l’Hiver et Civil War, c’était dans leur mise en scène. Brouillonne, fade, avec un montage au hachoir, ces deux opus de Captain America souffraient réellement de la mise en scène peu inspirée de ses réalisateurs qui n’offraient aucune notion de gigantisme.
Mais force est de constater que les deux frangins ont retenu la leçon dans Infinity War. Leur mise en scène est enfin un peu plus impressionnante, offrant de nombreux décors dans lesquels le film va faire de multiples aller-retours, avec des combats bien rythmés et au montage lisible qui rendent l’action agréable. La menace du Titan Thanos et son gigantisme sont rendus de manière efficace, et la crainte du destin des personnages est ressentie tant sa force est illimitée, empêchant le spectateur de décrocher du film malgré sa longueur (2h30). La force de leur mise en scène, et leur progression, est d’arriver à la rendre toute aussi percutante dans les phases de calme que dans les phases d’action qui étaient leur gros point faible ; ici, les deux sont gérées avec assurance, offrant un film visuellement complet, à l’image de ce qu’on attend d’un blockbuster actuel. Le grand Alan Silvestri achève le tout en livrant une partition efficace qui donne un cachet guerrier et grandiloquent à l’action plutôt bienvenu et qui fonctionne du tonnerre.
Malgré toutes ces qualités, nous sommes dans un film Marvel, et tout cela ne va pas sans un cahier de charges bien rôdé et quelques faiblesses.
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Car à trop vouloir concentrer son long-métrage sur Thanos (et sur Thor, qui constitue le deuxième personnage le plus important du film), le film perd quelque peu de vue ses autres personnages, ce qui, associé à l’idée de scinder les super-héros en plusieurs groupes, crée à plusieurs moments un défaut de rythme assez dommageable. Les séquences se multiplient mais celles-ci ne parviennent pas à durer assez longtemps pour avoir un quelconque impact sur le spectateur ; les nombreuses scènes de discussion ou de background qui entrecoupent les scènes d’action donnent en outre au film un aspect schizophrène, coupé entre une action haletante et des séquences plus posées qui amenuisent l’intensité du récit. Le film, en multipliant les lieux d’action sans parvenir à gérer les différents aller-retours entre ces lieux, crée un équilibre chancelant qu’il n’arrive pas à conserver tout du long et rend certaines situations difficilement compréhensibles. Dans un film aux si nombreux personnages, il est dommageable que peu de relations nouvelles soient correctement créées ou que d’anciens arcs narratifs ne soient pas dès lors résolus.
En fait, à trop chercher à se donner une gravité, le film détruit un univers sans en construire un nouveau. Le gargantuesque Thanos prend une place bien trop importante dans ce long-métrage qui n’offre pas la possibilité aux autres personnages de se développer outre mesure. À trop vouloir appuyer cette notion de destruction de l’univers, le film ne crée pas réellement de nouveaux liens entre les protagonistes et souffre d’un déficit d’attachement sur beaucoup de ceux-ci dans la diégèse même du film, et hormis ce dont on connaissait déjà d’eux auparavant. Son ambition démesurée de vouloir à la fois imposer un antagoniste massif et conforme à ce qu’on attendait de lui (ce qui est réussi) et proposer un crossover super-héroïque bien ficelé (ce qui est raté) est ce qui cause ses majeurs défauts. De nombreux personnages manquent ainsi cruellement de contenance, de par leur trop grand nombre qui ne permet pas de tous les développer correctement.
Mais inutile d’en dire plus, tout comme il est inutile de critiquer le cahier des charges de l’écurie Marvel. Cela fait 19 films et 10 ans que la machine est rodée, ça n’est pas maintenant que ça va changer. On peut le leur reprocher, mais s’attendre à autre chose de leur part est peine perdue.

Avengers : Infinity War avait tout du Marvel habituel, sans grande prise de risques. Et si, pour beaucoup de points, on peut donner raison à cette idée, il faut admettre que le film est audacieux dans beaucoup d’autres, offrant de nombreux moments inattendus et des frères Russo qui savent enfin manier une caméra avec doigté.
S’il ne constitue pas un chef-d’oeuvre et n’est pas le plus habile, scénaristiquement parlant, des films Marvel, Infinity War restera marquant sur de nombreux points et à part dans l’univers Marvel. Et on n’en demandait pas tant.


Note

3,5/5

Malgré un cahier des charges bien ficelé et un défaut flagrant de rythme par moments, Avengers : Infinity War s’annonce sûrement comme le film le plus audacieux du MCU, avec un univers en réel chamboulement et un travail de mise en scène qui en rend toute la démesure. Ses défauts flagrants sont camouflés par un Thanos qui constitue de manière efficace la pierre angulaire du récit, et un scénario qui se permet quelques surprises.
L’audace et l’ambition d’Avengers : Infinity War confirment donc, et pour longtemps, l’hégémonie de l’écurie de Kevin Feige sur le box-office actuel.


Bande-annonce :

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