Christopher Nolan, du pire au meilleur

Qu’il soit adulé ou détesté, il est certain que Christopher Nolan ne laisse pas grand-monde indifférent et que chacun de ses films constitue un événement. C’est pourquoi on propose un retour, en toute subjectivité, sur la carrière d’un des réalisateurs phares de notre époque.

N°10 : Insomnia (2002)

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Christopher Nolan est un réalisateur qui a toujours eu à cœur d’évoquer la temporalité dans ses oeuvres en passant notamment par des montages plus ou moins astucieux. Mais avec Insomnia, il prouve les limites de son style en livrant un film au casting de rêve (Robin Williams et Al Pacino, rien que ça) mais au déroulement bien trop linéaire pour séduire le spectateur. Héritée de sa stature de remake et de son genre, la structure scénaristique handicape considérablement le long-métrage au postulat par ailleurs bien plus alléchant.

 N°9 : Following (1998)

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Pour son premier long-métrage (nous n’évoquerons pas ici, pour des raisons évidentes, son court-métrage Doodlebug), Christopher Nolan frappe fort et propose une oeuvre sans concessions, avec toutes les marques de fabrique qui seront siennes encore aujourd’hui, 20 ans après : un montage digne d’un puzzle, des personnages en quête d’identité… Tout ce qui fait le cinéma du réalisateur britannique se cristallisent dans son premier long-métrage qui, s’il est loin d’être un chef-d’oeuvre et peut être critiqué pour son manque de pertinence vis-à-vis de son montage, possède de nombreuses qualités qui augurent d’une grande carrière.

N°8 : Batman Begins (2005)

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Voir Christopher Nolan s’attaquer au genre super-héroïque a de quoi surprendre. Mais ce serait oublier tout le talent du bonhomme qui, avec son Dark Knight quelques années plus tard, va faire drastiquement basculer le super-héros dans un univers bien plus réaliste et sombre. Mais tout cela n’aurait pas été possible sans une correcte introduction. Et en cela, Batman Begins est d’une efficacité à toute épreuve, reprenant l’origin story du personnage à son compte pour créer un film efficace, pas inoubliable, mais qui aura au moins eu le mérite de lancer sur de bons rails une trilogie super-héroïque qui fait encore parler d’elle à l’heure actuelle. Mais nous y reviendrons dans un instant…

N°7 : Memento (2000)

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Avec Memento, on est probablement face au film le plus alambiqué du réalisateur et son plus difficile à appréhender. Sa structure narrative, qui mélange les séquences entre elles comme dans un puzzle, permet de rendre l’histoire attrayante. Mais c’est justement dans cette structure que le bât blesse : le film ne semble en effet être construit que sur cette construction scénaristique sans conserver aucune autre forme d’intérêt que celle-ci. L’histoire ne peut se dérouler qu’en réponse à ce déroulement du récit. C’est peut-être ici le défaut majeur d’un film qui se repose entièrement sur le principe de mélanger les temporalités, une habitude chez Nolan mais qui ici rend le film bien moins marquant qu’il ne devrait l’être parce que justement, il ne parvient pas à dépasser son propre cadre.

N°6 : The Dark Knight Rises (2012)

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Oui, le film est parfois bancal dans son scénario, et même incohérents par certains aspects. Oui, Marion Cotillard meurt mal. Oui, la fin est ratée.
Mais comme précisé dans l’introduction, ce classement est subjectif. Et je ne peux nier avoir été marqué par ces grandioses scènes en IMAX qui offrent au film un aspect grandiose ; par un méchant sublimé par la performance de Tom Hardy, qui offre une vision de Bane loin de celle des comics et pourtant loin d’être déplaisante ; par la fin d’un Batman en apothéose, qui comprend le symbole qu’il est devenu et le sacrifice nécessaire ; par la musique d’Hans Zimmer, grandiloquente.
Même si ce film n’atteint pas le sommet de précision qu’était The Dark Knight, et qu’il est handicapé par la mort du regretté Heath Ledger qui a obligé Christopher et Jonathan Nolan à réécrire « en vitesse » le script, le film conclut la saga super-héroïque d’une manière plus que convenable, et sans être une honte dans la trilogie du Chevalier Noir.

N°5 : Le Prestige (2006)

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La déclaration d’amour de Christopher Nolan au cinéma. Car quel meilleur lien que celui entre le 7e art et la magie, deux arts de la manipulation, où le prestidigitateur comme le réalisateur peuvent se jouer d’un public émerveillé ?
Le film fascine avant tout par ce biais-là, par le rappel d’un lien profond entre deux arts qui partagent bien plus que ce que l’on pourrait faire. Christopher Nolan crée une oeuvre passionnante sur la rivalité entre deux magiciens, entre deux hommes qui veulent leur art et leur technique à leur paroxysme. Christian Bale et Hugh Jackman campent ces deux magiciens d’une manière plus que convaincante, et le twist final est parmi les plus intelligents du réalisateur.
L’amour de Nolan du cinéma, dans sa dimension la plus pure d’objet de fascination inconnu pour le public, transpire de chaque morceau de pellicule, et les parallèles nombreux achèvent de faire de ce film un pur plaisir de spectateur et de cinéphile.

N°4 : Inception (2010)

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S’il fallait retenir une oeuvre dans la carrière du réalisateur où transparaît de la manière la plus limpide son idée d’interroger le cinéma et son rapport au temps, ça serait celle-là. Avec Inception, Christopher Nolan crée une oeuvre aux multiples tiroirs qui ne perd pour autant jamais son spectateur et au contraire l’embarque dans l’alambiquée quête d’un homme pour retrouver sa liberté.
Le casting de luxe (Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Joseph Gordon-Levitt, Ellen Page…) possède une alchimie visible et possède pour chacun un intérêt particulier qui permet un attachement du spectateur.
Sans atteindre les sommets des prochains films cités, Inception restera peut-être le long-métrage le plus clair dans ses intentions, et le scénario le plus ciselé sur le rapport au temps cher au cinéaste.

N°3 : Batman : The Dark Knight (2008)

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L’apothéose de la trilogie nolanienne du Chevalier noir. Après avoir lancé avec efficacité la saga avec Batman Begins, Christopher Nolan sait son personnage posé, établi, et peut donc laisser libre cours à toute sa maestria.
Fortement inspiré de Michael Mann, il crée une oeuvre aux intrigues multiples, qui s’entrecroisent et qui gardent pourtant toujours une clarté épatante. Le scénario est très clairement une des forces principales d’un long-métrage dans lequel le regretté Heath Ledger livre, n’ayons pas peur des mots, l’une des meilleures performances de tous les temps. Grimé en Joker, méconnaissable, il se plonge à corps perdu dans le personnage, disparaît totalement derrière celui-ci et offre un jeu d’acteur saisissant, qui a suscité l’admiration de tous et face à laquelle Christian Bale, bien que très bon, ne peut rien et ne peut que s’incliner devant la maestria d’un acteur qui manque au monde du cinéma.
Mais résumer le film à sa performance ne lui ferait pas justice. Le rythme haletant du long-métrage (on l’a dit, le film est inspiré des oeuvres de Michael Mann comme Heat ; et la scène d’introduction est un modèle de la scène de braquage) tient le spectateur en haleine et ne le relâche qu’après l’avoir complètement éreinté, l’interrogeant sur la notion de bien et de mal, de justice. Une oeuvre qui a marqué et qui marquera, à marquer d’une pierre blanche dans le monde des super-héros.

N°2 : Dunkerque (2017)

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Avec Dunkerque et son précédent film (que nous évoquerons dans un instant), Christopher Nolan semble avoir passé un ca dans ses thématiques et parvenir à les incorporer dans un récit qui n’est pas uniquement basé sur ce principe scénaristique de jouer avec le temps, mais qui s’en sert comme d’un outil pour créer une histoire inédit et au potentiel sans fin.
Nolan s’essaie donc avec ce film au film de guerre en créant des temporalités différentes à des lieux différents, qui se répondent entre elles et qui ont un impact bien plus global.
Car c’est ici la majeure qualité du long-métrage, et pour laquelle critiquer le manque d’attachement aux personnages est antinomique de la volonté du réalisateur de créer un récit sur des hommes qui se battent pour leur liberté, un concept qui les dépasse. Ils ne sont qu’une masse d’hommes, une petite partie d’un puzzle bien plus imposant. Mais leur action, associée à celle de milliers d’autres, permettra sans doute de faire bouger les choses.
Et Nolan ne se contente pas de faire cela en créant un récit historique sur la Seconde guerre mondiale ou l’Opération Dynamo. Il use de ses thématiques sur le temps pour montrer l’impact sur le court, moyen ou long terme, de l’action de soldats. En cela, le film est une rupture avec son style habituel, la preuve réelle qu’après 10 films, le bonhomme a passé un cap et qu’il est peut-être arrivé à la plénitude de ses envies de réalisateur.

N°1 : Interstellar (2014)

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Voilà le film-somme, semble-t-il, du réalisateur. Le film où sa maestria éclate réellement, et où il crée un récit de science-fiction démesuré, à l’impact planétaire, et probablement son film le plus impressionnant visuellement.
Nul besoin d’aller citer le 2001 de Kubrick, même si Christopher Nolan s’en est clairement inspiré. Mais là où son prédécesseur créait un récit froid et un constat dur sur l’humanité, Nolan préfère remettre son histoire à échelle humaine et livre avec cela son film le plus émouvant. Et là où il fait preuve de génie, c’est que son travail sur le temps est ici le plus intelligent car il est réellement la source à la fois de bonheurs et de malheurs. Cooper (campé par un plus qu’admirable Matthew McConaughey) dont l’arrivée sur une planète provoque un ralentissement du temps tel qu’il voit sa fille vieillir plus vite que lui ; un malheur contrecarré par la possibilité qui lui est offerte, dans une séquence hommage à 2001 et très décriée, de sauver l’humanité en la prévenant à l’avance de la solution à adopter. Une séquence assez conspuée, mais qu’il faut replacer dans le contexte du film, qui joue continuellement avec le concept de temps et qui donc peut se permettre cela. Certes, la séquence peut prêter à sourire de par son aspect très « deus ex machina », mais elle a tout à fait sa place.
Hormis ce détail peu important, Interstellar surtout un impact visuel démesuré, Nolan créant un espace rarement vu au cinéma et d’une précision rare. Ses visuels sont à tomber par terre et sont clairement l’atout majeur d’un film, qui interroge sur la notion d’héritage, de ce qu’on laissera dans l’histoire, un sujet tout trouvé pour un réalisateur fasciné par le temps et la façon de l’utiliser dans son long-métrage.

Et en cela, Interstellar constitue (à l’heure actuelle) le nec plus ultra de la carrière d’un cinéaste qui n’a pas fini de fasciner les spectateurs.

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