Wes Anderson, du pire au meilleur

Depuis une vingtaine d’années, Wes Anderson s’avance comme un des réalisateurs les plus uniques de sa génération. Fort d’une énorme réputation, en 9 longs-métrages, en prises de vues réelles ou en stop motion, il a su s’offrir une filmographie dense et plus qu’intéressante. L’occasion est donc trop belle, avec la sortie de L’Ile aux Chiens, de revenir ensemble, en toute subjectivité, sur sa filmographie…

 

N°9 : Bottle Rocket (1996)

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Les premiers films sont souvent les plus perfectibles, dit-on. Bottle Rocket, premier long-métrage de Wes, ne déroge pas la règle. Le film, qui oscille entre le bon et le moyen, ne manque certes pas d’ambition, mais des moyens limités et un Anderson trop tendre en fond un film qui se laisse apprécier, sans pour autant marquer. Mais il présage surtout d’une suite radieuse…

 

N°8 : Fantastic Mr. Fox (2009)

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Défauts de premier film, volume 2. Si Wes avait alors 13 années et 5 films à son actif (ce qui se voit à l’écran par rapport à Bottle Rocket), il n’en reste pas moins qu’il s’attaque ici à son style totalement différent de cinéma, qui possède ses propres techniques et ses propres spécificités. Tout en offrant un très bon film, Wes montre qu’il n’est pas encore au maximum de ses capacités en stop motion, dû à la découverte du style. Il nous le confirmera 9 ans plus tard…

 

N°7 : La Vie Aquatique (2003)

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On rentre dans le lourd, le très lourd. Le subjectif va désormais rentrer en ligne de mire, et le perdant ici se prénomme La Vie Aquatique. Un casting en feu (Bill Murray et Cate Blanchett en tête), une BO sublime (avec David Bowie en point d’orgue) et un Wes qui pousse son style à des profondeurs qu’il n’avait jamais atteinte : pas de doute, La Vie Aquatique est un grand film. Malheureusement moins marquant que les autres…

 

N°6 : La Famille Tenenbaum (2001)

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Juste avant La Vie Aquatique, Wes nous avait déjà offert une grande (au propre comme au figuré) fresque familiale, une fresque sur une famille divisée qui ne manquait pas de parler à tout le monde. Avec un point d’orgue près d’un lavabo avec du Elliott Smith, La Famille Tenenbaum signe la confirmation du grand talent de Wes après l’excellent Rushmore. Mais la rose n’était pas encore complètement éclose…

 

N°5 : Rushmore (1998)

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Le film de la rencontre. Même de la double rencontre : celle de l’un de ses plus proches collaborateurs, Jason Schwartzman, et celle de son acteur fétiche, Bill Murray. Si certains rentrent en délicatesse, Wes défonce la porte des réalisateurs de talent avec un grand film d’adolescence (un de ces thèmes chéris), un grand coup de poing cinéphile. Pourquoi n’est-il que 5e alors ? Sûrement car Wes était peut-être encore un peu trop tendre à l’époque…

 

N°4 : L’Ile aux Chiens (2018)

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Dernier né des Wes Anderson, le réalisateur américain retourne cette fois-ci à l’animation de volume, avec l’expérience de Fantastic Mr. Fox désormais. Plus mature, plus profond, plus maitrisé, L’Ile aux Chiens montre tout le talent de Wes dans tous les domaines. Prolongement d’une volonté, depuis trois films, d’insinuer un ton plus mature à sa filmographie en présentant un monde plus pessimiste, L’ile aux chiens est bel et bien la confirmation que Wes est dans un temps fort de sa carrière. Mais, la qualité de L’Ile aux chiens est aussi son défaut, car Wes, s’il est très bon en animation, excelle encore plus en prises de vues réelles…

 

N°3 : A bord du Darjeeling Limited (2007)

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Probablement le film le plus sous-estimé de Wes Anderson, le Darjeeling Limited est pourtant une importante fresque humaine, habile conclusion d’une trilogie subjective, celle de la famille avec La Famille Tenenbaum et La Vie Aquatique, Wes commence à laisser son apparat de grand enfant pour nous offrir un film beaucoup plus mature et moins optimiste qu’à l’accoutumée. Revue du style Wes Anderson, le film marque une charnière dans son oeuvre, un tournant qu’il saisit magistralement. Porté par un formidable trio Wilson/Schwartzman/Brody, road trip digne des plus grandes heures, le Darjeeling Limited nous donne une grande leçon de vie, celle qui démontre que l’on ne sait pas de quoi demain est fait et qu’il faut tout faire pour ne rien regretter, surtout dans les relations humaines. Le Darjeeling Limited, c’est l’histoire d’une famille déchirée qui tente de se reconstruire, mais c’est aussi la grande famille du cinéma que Wes Anderson tente ici de rassembler pour montrer que face à un monde de plus en plus artificiel, l’humanité doit rester notre priorité première. Rien que pour cela, le Darjeeling Limited est un grand, un très grand film, à voir et à revoir par tous.

 

N°2 : Moonrise Kingdom (2012)

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Émancipation de l’enfance, volume II. 14 ans après Rushmore, la quarantaine passé, Wes nous embarque dans son ode à l’enfance, au temps perdu. Face à la froideur et la rigidité du monde, Wes nous offre une lueur d’espoir, celle d’exister en tant que personne par les choix forts que nous faisons. La dualité adulte/enfant, passif/actif n’a jamais été aussi marqué dans son cinéma, et Wes tend à dépoussiérer les vieux préceptes d’éducation, pour y insuffler un vent de fraîcheur et d’insouciance. Le cinéma de Wes prône la sortie de la banale routine pour s’élever, par notre qualités humaines, à des hauteurs plus importantes. Et en 2012, lorsque l’on analyse cela, Moonrise Kingdom semble être la plus pure, la plus simple, mais en même temps la plus poussée et la plus intense des oeuvres humaines de Wes Anderson, celle qui porte le plus haut le message du réalisateur texan. Certains d’ailleurs lui reprocheront d’avoir poussé son style trop loin et de s’être perdu ; Wes leur répondra magistralement deux ans plus tard…

 

N°1 : The Grand Budapest Hotel (2014)

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Deux après Moonrise Kingdom donc, Wes Anderson revient avec ce qui reste sûrement comme son film le plus populaire et le plus connu. Avec (entre autres) 3 Oscars glanés, The Grand Budapest Hotel s’est imposé comme un des grands films de 2014, à juste titre. Véritable synthèse du style wesandersonien, aussi bien sur le travail du cadre, des couleurs, des thématiques ou de la direction d’acteurs, The Grand Budapest Hotel ressemble à s’y méprendre au Wes Anderson ultime, le plus extrême dans le style mais le plus puissant au visionnage. Mais, outre ce travail intense, Wes influe aussi une maturité, presque une forme de pessimisme, que l’on avait jamais vu avant. Si Moonrise Kingdom transpirait la victoire de l’innocence enfantine, The Grand Budapest Hotel prend le parti fort d’ancrer le pays dans un cadre guerrier, un cadre de guerre et assume complètement la tonalité sombre, avec réussite. Plus qu’une synthèse de carrière, le film est une véritable pierre angulaire de filmographie, synthèse d’un passé florissant poussé à l’extrême, et témoignage d’un avenir plus mature, comme un passage de l’enfance à l’âge d’adulte. Comme si la filmographie de Wes Anderson dépeignait sur lui… Finalement le film le plus personnel de Wes, The Grand Budapest Hotel reste le film le plus ultime du réalisateur, sa production la plus qualitative à ce jour, un vrai chef d’oeuvre de cinéma à voir et à revoir encore et encore.

2 commentaires sur « Wes Anderson, du pire au meilleur »

  1. Né ( seulement) en 1953, l’un des premiers films qui m’ont fasciné, petit garçon émerveillé grâce au goût de son père ( ah …l’amour du cinéma est lui aussi un vice impuni) au Cinéma Amir en Alexandrie, était le Voleur de Bagdad (1942), avec Sabu, la révélation de l’époque. Le Budapest Hôtel, je ne sais pourquoi, me fait penser à mon premier film, vu pourtant en 1959, quelque part en Égypte. Grand écart de moyens, kyrielle de “characters” caricaturales … certes, mais les deux films partagent je ne sais quoi un certain charme … discret. Difficile à expliquer quand un film en rappelle un autre .Trop marqué par ses admirables interprétations du “Patient Anglais” et “Le Lecteur”, j’ai été trop bluffé par la performance du grand Ralph Fiennes ! Ce film est un monde à part à lui seul !

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