Le Kid

Le Kid, comédie dramatique américaine de 1921 réalisée par Charlie Chaplin avec Charlie Chaplin, Jackie Coogan, Edna Purviance…

On ne parle que trop peu de cinéma muet sur Ciné Maccro. Il est donc grand temps de corriger ça, en évoquant Le Kid, le premier long-métrage de Charlie Chaplin, qu’il a écrit, produit, réalisé et dont il a en partie composé la musique ; un Chaplin donc dans sa plus pure définition.
Dans ce court film (50 minutes environ), on suit les aventures de Charlot, personnage emblématique de Charlie Chaplin, qui retrouve un enfant abandonné par sa mère n’ayant pas les moyens de s’en occuper, et qui va bien malgré lui devoir prendre soin de lui et, au final, s’y attacher.

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Il convient tout d’abord de revenir sur l’histoire du film et sur ce qu’elle sous-entend. En effet, comme souvent avec Chaplin, le film décrit la misère sociale du monde. Cette femme, obligée de se séparer de son enfant car n’ayant pas les moyens de s’en occuper ; Charlot, qui réside dans un véritable taudis… Charlie Chaplin présente des personnages quasiment dénués de tout bien matériel et que la société force à abandonner les êtres qu’ils chérissent.
Parce que Chaplin ne se contente pas simplement de montrer les aspects d’un monde où certains vivent dans l’opulence et la plupart dans une extrême pauvreté ; il s’en sert pour montrer toute la cruauté de ses instances qui n’ont que faire des sentiments humains. Ainsi, on se retrouve extrêmement touché quand Chaplin est forcé de laisser son fils, malade, être emmené à l’orphelinat par le médecin ; de voir cette mère, maintenant devenue riche et célèbre mais à laquelle il manque toujours quelque chose, son enfant qu’elle a dû jadis abandonner… Une fois de plus, Chaplin se met du côté des faibles, des oubliés, de ceux qui se retrouvent fliqués, dont l’administration ne semble exister que pour porter atteinte à leur bonheur. Avec le personnage de la mère, devenue riche mais à laquelle il manque toujours son enfant, il rappelle également que la richesse matérielle ne vaut que peu de chose face à la perte que constitue celle d’un enfant, et donc que ceux qui se disent riches cachent peut-être bien plus de blessures qu’ils n’en ont l’air… Ce bonheur déjà évoqué semble être d’ailleurs qu’une douce illusion, puisque dans une scène très touchante et quasiment onirique, le monde des anges se retrouve bien vite lui aussi corrompu et empli de pêchés….

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Et c’est là la grande force des films de Chaplin : une innocence teintée de candeur mais sans jamais tomber dans la naïveté. Le Kid donne envie de sourire, est d’un optimisme confondant ; mais Chaplin n’oublie jamais d’entourer son récit d’une réalité bien moins belle et bien moins touchante. Et c’est en cela que ses films touchent, atteignent leur cible, parce qu’ils sont bien conscients du monde qui les entoure et de la misère sociale qui règne. Une histoire touchante, oui, exacerbée en cela par les sombres aspects d’une sordide réalité.
Et si le film est aussi touchant, c’est par la relation que développent le Kid et Charlot, qui nous parait très rapidement naturelle et réelle. Complices en affaires (l’un casse les carreaux des habitants, l’autre s’improvise vitrier dans la foulée), ils développent une réelle et très rapide complicité que le spectateur ne peut s’empêcher d’imaginer comme vraie. Et cela passe en outre par l’excellente performance d’acteur, évidemment de Charlie Chaplin, mais surtout de Jackie Coogan en tant que Kid, qui est extrêmement convaincant et aide beaucoup dans l’attachement aux personnages ; cette relation père-fils qu’ils développent est tout à fait crédible. Tous les personnages sont attachants, ou ont tout du moins quelque chose qui permet de les identifier rapidement : de par les archétypes qu’ils représentent, ils expriment de manière efficace les rapports de force qui vont pouvoir s’opérer durant le long-métrage.

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Cette facilité d’identification, elle passe naturellement par le travail remarquable de Chaplin dans sa mise en scène. Étant un des maîtres du cinéma muet (auquel nous avions consacré une carte blanche ici), l’universalité de son sujet est rendue de manière plus qu’efficace, et le spectateur comprend très rapidement les enjeux, qui sont les antagonistes ou les protagonistes… Les intertitres (ces petits panneaux de texte qui permettent d’expliciter des lieux, des fonctions ou des paroles des personnages) sont ici utilisés avec parcimonie, pour illustrer les attributs des personnages (le Kid, l’Impresario…) et bien sûr pour expliciter certains échanges oraux incompréhensibles seulement par l’image.
Et c’est en cela que Le Kid peut possiblement constituer une formidable porte d’entrée vers le cinéma muet, pour ceux qui y seraient hermétiques : la compréhension de l’intrigue, l’identification des personnages, l’évolution des relations : tout est ici retransmis dans une effarante limpidité, sans que le spectateur soit dépassé outre mesure par l’aspect ancien du film ou par l’absence de parlant. Tout y est exprimé de façon lapidaire et est la preuve éclatante de l’immense talent de Charlie Chaplin, probablement LE représentant du cinéma muet.
Et comme évoqué précédemment, le film sait se montrer touchant sans pour autant en devenir ridicule de naïveté : Chaplin s’efforce toujours de placer son histoire dans la plus sordide des réalités, qu’il exprime à l’écran pour au contraire renforcer son message et l’optimisme qui est le sien.

Difficile d’en dire plus sur Le Kid : le film est d’une telle limpidité que tout ce qui a pu être évoqué ici vous sautera aux yeux dès lors que vous tenterez le visionnage. Parce que ce n’est pas qu’un film muet que certains pourraient considérer comme désuet : c’est surtout une oeuvre marquante, touchante, qui décrit une relation père-fils de la plus belle des manières, en développant un optimisme qui n’oublie jamais de considérer le monde dans lequel il vit. Une oeuvre au message universel, et à la mise en scène qui l’est tout autant. Une oeuvre qu’il faut prendre dans son contexte de production, et de laquelle il n’y a dès lors rien à redire.


Note

5/5

 

Difficile de trouver quoi que ce soit à redire sur Le Kid. D’une limpidité exemplaire dans sa réalisation, d’un touchant dans ses thématiques sans pour autant perdre le sens des réalités, le premier long-métrage de Charlie Chaplin est une réussite totale et constitue, pour ceux qui y seraient réticents, la plus formidable des portes d’entrée vers le cinéma muet.


Bande-annonce : 

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