Voyage en terre inconnue #2 – A Taxi Driver (2017)

A Taxi Driver, drame historique sud-coréen de 2017, réalisé par Jang Hoon, avec Song Kang-Ho,Thomas Kretschmann, et Yoo Hae-Jin

Bienvenue dans Voyage en terre inconnue, la chronique qui revient sur des films inconnus (ou presque) en France ! Aujourd’hui, après avoir fait un tour dans notre premier volet à Las Vegas en compagnie de Paul Thomas Anderson, on prend la direction de la Corée au volant du taxi de Song Kang-Ho, pour un film qui n’a injustement pas eu le droit de sortir chez nous l’année dernière…

Les apparences sont trompeuses. Tout le monde connaît l’expression, et les exemples ne cessent de pulluler sous nos yeux au jour le jour. A Taxi Driver en est une pure mise en pratique : une affiche qui annonce un film gentillet, avec un Song Kang-Ho tout sourire sous un beau soleil au volant de son taxi. Les prémices d’une petite comédie naïve et oubliable ? Loin de là.

Dans son premier segment, le film prolonge cette première impression, en offrant à un Kim Man-seob, chauffeur de taxi brillamment interprété par Song Kang-Ho, certes veuf et père d’une petite fille, un monde joliment optimiste autour de lui, loin de toutes les contraintes politiques. Ce premier dogme ne dure cependant pas longtemps car déjà, avec l’introduction du deuxième protagoniste principal, le journaliste allemand Peter (équivalent de Jürgen Hinzpeter dans la vie réelle), campé par un Thomas Kretschmann que l’on avait pas vu aussi bon depuis Le Pianiste, on sent que cette introduction « gentillette » n’était qu’un prémisse à une suite beaucoup plus dramatique. Si Jang Hoon nous proposait une palette de couleur très puissante, avec beaucoup de vert et de jaune, pour souligner ce monde presque irréel, naïf, dans lequel s’enferme Kim, celui de Peter est lui beaucoup plus terne, avec des teintes grises et beiges très fades ; ce code couleur constituera d’ailleurs durant tout le film un support primordial de mise en scène en tant que support de transmission de l’émotion des personnages. En jouant de cette manière sur l’image, Jang Hoon commence déjà à gratter sur le postulat initial pour insinuer dans l’esprit du spectateur l’idée d’une réalité bien éloignée de celle de Kim.

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Le film possède par la mise en scène, dans cette thématique « d’ouverture », une double lecture, celle d’ouvrir les yeux de Kim et de Peter face aux horreurs coréennes, mais également ceux du spectateur face au danger des dérives d’un système politique. En introduisant des personnages qui se complaisent dans leur quotidien (Kim est un modeste chauffeur de taxi optimiste, Peter un reporter qui montre un peu les muscles de l’expérience), Jang Hoon permet au spectateur de vraiment s’attacher aux personnages, pour l’emmener ensuite, tel un tierce passager du taxi, au coeur du conflit et au coeur du film, de manière à ce que nous soyons directement impactés par les événements. En menant un premier acte calme, nous donnant l’impression d’un bon film anodin, Jang Hoon nous prépare en fait à affronter de manière brutale le changement de registre, le moment où, tel un coup de poing dans le ventre, le film s’ouvre complètement et devient un vrai drame historique puissant, porté jusqu’au final par une intensité à couper le souffle.

Ce coup de poing dans le ventre, outre l’introduction des personnages comme on l’a dit plus haut, est avant tout si fort par la grande humanité que Jang Hoon insuffle dans son oeuvre. Plutôt que de filmer les choses de loin, dans les airs, la caméra suit presque tout le temps à hauteur d’homme, renforçant le placement du spectateur au sein même de la révolte. L’absence de pathos, tout du moins dans un premier temps (l’attachement aux personnages fera son oeuvre ensuite), sert aussi cette volonté de montrer de la manière la plus juste possible le conflit, comme si le spectateur était tout simplement la caméra de Peter, constatant les ravages de ce qui se déroule sous ses yeux et auquel il assiste, impuissant. C’est après avoir abasourdi le spectateur avec un deuxième acte sombre et violent que Jang Hoon va vraiment faire grandir nos deux héros dans un dernier acte en forme d’espoir (on notera que le jaune et le vert de Kim reviennent crescendo jusque la fin). En proposant trois actes certes différents mais très intelligemment reliés, Jang Hoon nous délivre diverses morales, outre la simple exposition du fait historique : faire attention à ses proches mais aussi au monde qui nous entoure, et que même lorsque l’on semble toucher le fond de l’humanité, l’espoir persiste.

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En délivrant un formidable film historique aux allures de documentaire, doublé d’une grande fable humaniste, Jang Hoon inscrit A Taxi Driver comme l’un des films majeurs de 2017, injustement sous-estimé en France. Porté par le formidable duo Song Kang-Ho/Thomas Kretschmann (et même quatuor avec le très touchant Yoo Hae-Jin et le très juste Ryu Jun-yeol), ainsi qu’une mise en scène simple mais diablement efficace, A Taxi Driver s’affirme comme un film que tout le monde devrait voir, tant par sa beauté pure que par sa profondeur de réflexion.

 


Note

4.5/5

Avec A Taxi Driver, Jang Hoon met magistralement en lumière le soulèvement de Gwangju. Porté par un super quatuor d’acteurs et une mise en scène ingénieuse, le film s’affirme en plus du récit historique comme une formidable fable humaniste, oscillant entre les genres cinématographiques en ne laissant jamais à quai son spectateur. Un formidable taxi dans lequel chaque cinéphile devrait embarquer !


Bande-annonce :

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