VERSUS : Borg/McEnroe vs. Battle of the Sexes

Borg/McEnroe, biopic sportif suédo-finno-danois de 2017, réalisé par Janus Metz, avec Sverrir Gudnason, Shia LaBeouf et Stellan Skarsgard

Battle of the Sexesbiopic sportif américano-britannique de 2017, réalisé par Jonathan Dayton et Valerie Faris, avec Emma Stone et Steve Carell

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L’année dernière, le tennis s’est décliné de deux manières dans les salles obscures, revenant sur deux grands affrontements de l’histoire de la balle jaune, la finale messieurs de Wimbledon 1980 et la bataille des sexes de 1973. La peur de voir alors deux oeuvres « copier-coller » était légitime tant les deux projets présentent des similitudes, mais également par la rareté des oeuvres cinématographiques qui tiennent le tennis en sujet principal. Les approches sont-elles finalement si proches ? Tentative de réponses en quelques points.

La première similitude notoire entre les deux oeuvres reposent dans leur postulat même, celui de mettre en lumière un match qui a marqué l’histoire du tennis. Le pari semble toutefois plus simple dans Battle of the Sexes, du fait du contexte particulier du film (il n’y a eu qu’une seule rencontre entre Billie Jean King et Bobby Riggs), vis-à-vis de Borg/McEnroe, les deux joueurs s’étant ici affronter pas moins de 14 fois sur le circuit officiel. Doit-on alors traiter un événement unique comme une rivalité de plusieurs matchs, ici illustré par son acmé ? Si les postulats peuvent sembler similaires, on observe déjà une certaine différence dans leurs déroulements : quand Battle of the Sexes s’avance comme la mise en lumière d’un événement médiatique, Borg/McEnroe tend à illustrer la rivalité entre deux grands sportifs. Cela ressent par ailleurs dans les développements des personnages : quand l’un cherche à montrer les hommes dans l’intimité, luttant contre eux-mêmes et contre la spirale qui les entoure avant cette folle finale de Wimbledon 1980, l’autre se borne à nous montrer les deux protagonistes de la plus fameuse bataille des sexes comme deux sujets médiatiques, préférant mettre en lumière leurs actions publiques que leurs actes en privé. Le premier schisme intervient alors : Borg/McEnroe nous démontre que derrière les formidables sportifs que nous admirons, se cache des êtres humains avec les bons et les mauvais côtés, tandis que Battle of the Sexes tend presque à faire l’inverse, c’est-à-dire de nous montrer King et Riggs comme de simples bêtes de foires.

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Cela se ressent d’ailleurs sur l’esprit des deux oeuvres. Borg/McEnroe alterne entre le feu et la glace, entre Johnny le Rouge et Iceborg, tandis que Battle of the Sexes semble plus se construire à l’image du pari lancé par Bobby Riggs en 1973 : un match de tennis léger, sans pression et sérieux, plus l’image d’un passe-temps qu’une véritable compétition. Cette différence de ton va implicitement jouer sur l’implication du spectateur, qui est d’un côté pris aux tripes pour être placés au plus près des protagonistes, ou de l’autre amusé par une situation qui frise le ridicule et que seule Billie Jean King semble véritablement prendre au sérieux. Borg/McEnroe tend à être abrupt, sec, tournant presque au drame en proposant de nombreux flashbacks afin de montrer que ce match consiste en la résultante de nombreuses années de préparation, comme si la finalité d’une vocation tennistique acquise dans l’enfance était de jouer ce genre de match historique, tandis que Battle of the Sexes lui reste beaucoup plus ancrer dans l’instant présent, comme pour capturer une année 1973 qui marquera à jamais l’histoire du tennis, par cette fameuse bataille des sexes mais aussi par la création du circuit professionnel féminin, que l’on voit notamment dans le premier acte du film. Cette différence de démarche nous montre finalement que, si les deux films veulent chacun illustrer un match historique, les différences entre les deux rencontres sont assez nettes pour justifier un schisme dans le développement, afin de procéder à la contextualisation de l’action et donc tenter de placer le spectateur dans les conditions les plus proches de celles du public de l’époque à l’approche de l’événement.

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Dès lors, comment ces deux approches s’expriment-elles aux yeux du spectateur ? Janus Metz impose à son film l’ambition d’un biopic total, approfondi pour placer le spectateur au coeur de cette rivalité sans pour autant lui imposer un joueur plutôt qu’un autre, tandis que Battle of the Sexes joue la carte de la comédie et de la caricature pour pousser le spectateur à soutenir Billie Jean King face à Bobby Riggs. Pourtant, c’est bien là que réside le talon d’Achille du film : en proposant un propos biaisé, qui pousse à haïr Bobby Riggs mais aussi un personnnage comme Margaret Court, Battle of the Sexes se fixe lui-même des propres limites qui l’obligent à se contraindre dans son propre univers sans se dépasser pour vraiment captiver le spectateur. Quant à lui, Borg/McEnroe tend à la neutralité, préférant approfondir le double portrait et montrer la détermination, mais aussi la destruction des deux joueurs, plutôt que de se concentrer sur la superficialité et les démons du spectacle à outrance, ne se fixant aucune limite dans l’introspection pour offrir un vrai moment de tension en guise de climax, et faire finalement du film un vrai moment sportif et non une critique sociale sur fond de balle jaune, un match où la tension entre les deux joueurs et chez le spectateur est palpable. Si l’un montre, l’autre critique ; le premier se veut comme un biopic approfondi, l’autre joue la carte du grotesque et la dénonciation sociale au travers de la comédie légère ; et force est de constater que Borg/McEnroe s’impose comme une réelle surprise intense et prenante, Battle of the Sexes nous donne l’illusion d’un film bâtard, un peu raté, qui ne cesse de se limiter volontairement et ne va pas au bout d’un projet qui, sur le papier, semblait captivant.

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En définitive, si les deux projets avaient l’air d’être relativement similaires, il s’avère qu’ils sont finalement assez différents, prenant le tennis comme base pour la forme tout en ayant un fond radicalement opposé. D’un côté Borg/McEnroe s’avère être un biopic convaincant, porté par une mise en scène efficace et par un casting incroyablement juste, révélant avec un regard de quasi-documentariste deux immenses joueurs et nous faisant ressentir toute la tension de leurs carrières, quand de l’autre Battle of the Sexes se sert du contexte d’un match unique pour dénoncer des travers sociaux, se tournant au grotesque en ne grattant, sans subtilité, que la couche superficielle de son propos, se fixant des limites contraignantes qu’il ne semble en aucun cas vouloir transgresser. Si les fans de tennis y trouveront sûrement leurs comptes dans chacun des deux films, seul Borg/McEnroe s’affirme comme un véritable grand moment de cinéma et vibrant, tandis que Battle of the Sexes s’avère affreusement banal et oubliable, montrant que le biopic est un genre bien à lui et que le doubler d’une critique sociale est tout sauf une tâche aisée.

 

 


Borg/McEnroe

 

Note :

4.25/5

Modèle de biopic, efficace et prenant, Borg/McEnroe s’avance comme une plongée intimiste dans le monde de deux immenses champions avant le sommet de leur carrière et un match rempli de tension. Apréciable de bout en bout, porté par une mise en scène sobre et efficace et un casting très juste, le film s’avance comme une agréable surprise à visionner.


Bande-annonce : 

 

 

 

 


Battle of the Sexes

 

Note :

3.25/5

En voulant mêler biopic sportif et critique culturelle, Battle of the Sexes se prend les pieds dans le tapis et passe à côté de son propos, tant son manque de finesse et son grotesque inutile par moment nous laisse l’impression d’un petit film sans importance, qui ne nous transporte jamais vraiment et nous laisse une impression de traversée inerte.


Bande-annonce :

 

 

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