Au poste !

Au poste !, comédie française de 2018, réalisé par Quentin Dupieux, avec Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig, Marc Fraize et Anaïs Demoustier

Le cinéma de Quentin Dupieux a ceci d’exaltant qu’il repousse continuellement les frontières de notre logique cinématographique, de telle sorte que chacune de ses sorties est attendue avec un mélange d’exaltation de voir un cinéma entreprenant et la crainte de rester à côté. Au poste ! ne déroge pas à la règle, surtout car il fait suite à l’excellentissime Réalité, surtout à l’annonce d’un casting inventif et surprenant, de telle sorte qu’il constituait assez aisément une de nos grosses attentes de l’été. Le pari est-il réussi ? Tentatives de réponse en quelques points.

Après un Réalité qui a vu Dupieux pousser son style au maximum, Au Poste marque un retour en France pour le réalisateur et une différence assez nette de style. En développant un huis clos, Dupieux se confronte à un registre dur à rythmer et qui demande une maîtrise solide. Si le film souffre de certaines longueurs qui nous donne envie de regarder la montre, Dupieux prend le temps de bien introduire son oeuvre pour poser les bases et impliquer émotionnellement son spectateur avec les personnages. En faisant cela, le spectateur s’investit plus dans la seconde partie de l’oeuvre où, après un début assez sage pour du Dupieux, le banal s’étire jusqu’à devenir absurde. Si Dupieux jouait dans un premier temps d’accumulation de ridicule dans les textes ou dans les actions (par l’intermédiaire notamment du personnage de Marc Fraize), il cherche plutôt ensuite à partir de situations banales qu’il va pousser à l’extrême tout en introduisant des éléments absurdes pour faire perdre pied au réel et créer le comique. Ce ressort comique par l’absurde, si présent dans le cinéma de Dupieux, nous semble cependant différent de ses précédentes oeuvres, tant l’accumulation dans son cycle américain constituait le socle de ses films, tandis qu’ici s’ouvre une volonté de vraie construction ryhtmique pour aboutir à un espèce de twist final se justifiant par la majorité des actions précédentes. En donnant également un côté très théâtral à son oeuvre, Dupieux favorise cette construction et amplifie l’effet de surprise final chez le spectateur, le tout en s’appuyant sur un formidable casting.

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Une des forces du cinéma de Quentin Dupieux est l’utilisation à contre-emploi de son casting. Réalité nous offrait un Alain Chabat aux antipodes de ce qui a fait sa gloire ; Dupieux utilise ici un autre acteur de comédie qui l’a profondément inspiré, à savoir Benoît Poelvoorde, en y faisant un flic dont le sérieux se disloque au fur et à mesure, qui doit faire face à un nouveau venu dans le monde du septième art, Grégoire Ludig. Duo de choc, le huis clos repose essentiellement sur leurs performances, où leurs différences et leurs similitudes de jeu s’assemblent pour donner un mélange homogène qui porte le film, notamment lors des moments de creux du scénario. Accompagné de seconds rôles savoureux, avec en premier lieu Marc Fraize et Anaïs Demoustier, Dupieux montre qu’il dirige très finement ces acteurs afin de trouver chez eux le plus de spontanéité tout en restant proche du texte, pour finalement nous offrir des moments magiques de rire comme la séquence du « poumon qui fume ». C’est aussi là que le cinéma de Dupieux puise sa force ; en poussant son casting à sembler aussi désarçonné que le spectateur, le cinéaste pousse à l’immersion et à la découverte de son univers qui, s’il s’appuye sur le « No Reason », comme l’explique Dupieux lui-même, amène à un certain enchantement, une forme de capture implicite de l’esprit qui amène à vouloir être transporté dans un univers où nos repères sont bousculés, et Au poste ne va pas déroger à la règle en nous offrant du Dupieux pur jus, pour le plus grand plaisir des fans.


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Si Au poste ne s’affirme pas forcément comme un film majeur, il a cependant le mérite de permettre une bonne entrée dans la filmographie de Dupieux et marque le début d’un nouveau cycle pour le réalisateur. S’il est plombé par quelques longueurs, le film s’avère être un excellent exercice de style porté par un très bon casting et un final à couper le souffle, preuve encore que le cinéma français peut faire preuve d’originalité et de prise de risque tout en offrant un vrai grand spectacle de cinéma à savourer sans modération.

 


Note 

4/5

Ouvrant un nouveau cycle après l’excellent Réalité dans la filmographie de Quentin Dupieux, Au poste est un formidable huis clos, original et, malgré quelques longueurs, prouve que le cinéma français a beaucoup de ressources, et qu’il y a guère mieux que Quentin Dupieux lorsqu’il faut faire de l’absurde.


Bande-annonce :

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