My Lady

My Lady, drame judiciaire britannique de 2018, réalisé par Richard Eyre, avec Emma Thompson, Stanley Tucci et Fionn Whitehead

Passé quelque peu inaperçu depuis sa sortie (seulement 300 000 entrées en 3 semaines d’exploitation), My Lady a le mérite de présenter, dans une modeste production européenne, un sujet fort, mêlant justice, religion et enfance. Est-ce que cette bouderie de la part du public est à juste titre, ou est-ce que nous nous trouvons face à un chef d’oeuvre injustement ignoré ? Tentative de réponse en quelques points.

Choisir un sujet aussi fort que celui-ci requiert évidemment une certaine finesse et un parti pris dans la manière de mener le récit. En cherchant à confronter frontalement et d’un oeil humain le spectateur, Richard Eyre, le réalisateur, et Ian McEwan, scénariste et auteur du roman originel, cherchent à susciter de manière subite et instinctive une réponse émotionnelle chez le spectateur, en mettant en face-à-face en permanence nos valeurs et la situation que nous avons devant les yeux. Une scène en particulier vient illustrer ce dilemme, scène centrale du film que l’on pourrait qualifier « du procès » : on peut voir lors de l’interrogatoire du père d’Adam Henry, campé par un très bon Ben Chaplin, assailli par les questions violentes, qui semblent non pas dites pas des hommes mais beuglées par des bêtes, se retrouve face à un choix cornélien : doit-il conforter ses croyances religieuses et culturelles, et donc ainsi son habituel mode de pensée, ou doit-il écouter son instinct plus primaire, celui de père, qui lui crie de sauver à tout pris sa progéniture. De la même manière, nous spectateurs, tout comme la juge Maye, sommes alors confrontés à une situation tout aussi cruelle : devons-nous écouter notre instinct humain, qui va nous faire penser que la transfusion sanguine doit, par tous les moyens, être effectuée, ou bien devons respecter une intention plus éthique, celui que chacun est libre de son corps et qu’Adam, malgré ses 17 années et 9 mois, doit être seul maître de son futur. En nous confrontant sans filtre tout au long du film à des dilemmes toujours plus durs pour notre conscience humaine, Richard Eyre cherche non pas à nous faire prendre partie par une cause, mais à outrepasser la binarité primaire du problème qui s’expose devant nous pour y chercher des réponses plus profonde.

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C’est en voulant casser quelque peu les codes habituels des films judiciaires que Richard Eyre va chercher à briser la binarité de son procès initial : en cherchant non pas à conforter mais à outrepasser le statut et les fonctions, le film cherche à replacer l’humain au coeur de la bataille pour en faire une cause plus nobles. C’est pourtant là que le concept même va s’effriter, rattraper sûrement par une nécessité trop forte de situation du récit. En mélangeant le public et le privé de la vie du juge Maye, le film va finir par se prendre les pieds dans le tapis. A contre-rythme trop souvent lorsqu’il s’agit de nuancer la frontière entre les deux, My Lady livre un portrait judiciaire brillant, tandis que celui de femme effacée semble lui trop abstrait pour que l’on puisse y croire vraiment : c’est un mari trompeur campé par Stanley Tucci qui, à la suite d’un évitement rapide et d’une explication maladroite, s’en va sans même que le spectateur aie pu réellement s’impliquer dans cette histoire, qui semble uniquement présente pour créer une plaie trop béante déstabilisant le personnage principal. En élaborant un schéma judiciaire finalement assez classique, le film se perd en nous proposant des personnages, dont le greffier, au mieux inutile, au pire ridicule. Trop tendre sur plein de points, malgré des moments de grâce cinématographique (comme la scène du procès dont nous avons parlé plus haut), le film se retrouve en confrontation avec son propre concept, offrant même un dernier acte qui semble parfois ne plus savoir ce qu’il veut dire, mettant en lumière que les bonnes intentions ne sont pas toujours récompensées.

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Malgré cela, le film arrive à trouver une certaine efficacité et arrive à susciter chez le spectateur de nombreuses émotions. Richard Eyre s’impose comme un formidable directeur d’acteurs, entre un Stanley Tucci toujours aussi efficace, un Fionn Whitehead qui, après Dunkerque, s’impose comme un de ces talents qui arrive à Hollywood pour tout exploser, et bien évidemment la formidable Emma Thompson, saluée à (très) juste titre par la critique. Si la mise en scène reste simpliste, sans véritable identité (et même assez feignante dans la première partie, multipliant les plans séquences inutiles), elle fait la part belle aux protagonistes, et vient renforcer l’impact humaniste sur l’oeuvre. C’est devant ce constat flagrant que se révèle donc toute l’essence du film : faire la part belle non pas à de l’abstrait (le concept même de la justice, où l’histoire commence et se termine par le procès) mais à de l’humain (l’idée même d’étendre le récit du juge et du plaignant après le jugement en est un reflet parfait). C’est justement là que le film cherche à nous atteindre : en nous plaçant dans la constante incertitude face aux choix que l’on nous expose de la manière la plus neutre possible, My Lady cherche (maladroitement certes par moment) à nous faire comprendre que, au-delà de notre propre prisme culturel et notre propre regard de la situation, nous ne devons cesser de penser que nous sommes tous des êtres humains, avec nos forces, nos faiblesses, nos parts d’ombre que nous cachons au monde, et qu’il nous faut considérer autrui de cette manière-là et écouter, afin d’éviter de nous retrouver dans une impasse humaine et sociale.

Porté par son formidable casting, My Lady cherche à nous faire passer maladroitement un message fort. Rempli de faiblesses éparses, le film arrive cependant à toucher le spectateur et à lui transmettre son message, tout en lui faisant passer un moment somme toute agréable en salles. Mais ces nombreux défauts scénaristiques en font un film relativement oubliable qui peut difficilement prétendre à être un film majeur de l’année, cela malgré ces nobles intentions de départ.

 


Note 

3,5/5

Malgré les nobles intentions qui l’anime, My Lady offre un goût amer, celui d’un film trop imparfait pour satisfaire, et cela malgré un casting, Emma Thompson en tête, grandiose. La mise en scène trop banale et le scénario trop imparfait condamne le film à une séance appréciable mais malheureusement oubliable.


Bande-annonce :

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