Le Retour de Mary Poppins

Le Retour de Mary Poppins, comédie musicale américaine de 2018, réalisé par Rob Marshall, avec Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda et Ben Whishaw

Depuis quelques temps déjà, Disney semble à court d’idées en axant ses grosses productions autour de réadaptation live de ses classiques de l’animation. Après Le Livre de la Jungle retravaillé par Jon Favreau, c’est pour cette fin d’année 2018 qu’arrive la « suite » de Mary Poppins, signé Robert Stevenson en 1964 et quasi-unanimement apprécié. Le pari en valait-il la chandelle pour ainsi confirmer la stratégie de Disney, ou bien le film s’avère un ratage total ? Tentative de réponse en quelques points.

Dès l’annonce de cet entreprenant projet, le principal défi de l’équipe de production semblait clair : celui de réaliser un film capable de suffire à lui-même, tout en satisfaisant la nostalgie des fans de l’oeuvre originale. Sauf que Rob Marshall, non content d’avoir à sa disposition ses intentions nobles, semble plutôt se diriger vers une solution de bas étage, celui de stimuler simplement la mémoire de son spectateur. En alternant les séquences parodiant, parfois très explicitement, les séquences cultes du film de 1964, pour nous faire miroiter les yeux devant nos souvenirs de visionnage du premier film, où les notions d’originalité s’arrêtent à remplacer les ramoneurs par des allumeurs de réverbères, l’oncle de Mary par sa cousine, et les dessins de rue par de la porcelaine, Rob Marshall et son scénariste David McGee oublie complètement de construire une histoire cohérente. En ouvrant par une séquence musicale qui, si elle semble vouloir introduire le personnage de Jack, est totalement déconnectée du reste de l’oeuvre, puis en enchaînant avec une scène bruyante et désordonnée, sans queue ni tête dans laquelle le spectateur ne sait plus où donner de la tête (est-ce que nous sommes mise en abîme par l’oeil des huissiers ?), le film nous livre un ersatz d’introduction maladroite, qui amènera, par des pistons énormes, à l’arrivée de Mary Poppins. Commence alors un saut de chanson en chanson, où les interstices sont comblés par l’errance, aussi bien physique que morale, de nos personnages, le tout pour aboutir sur un dernier acte atrocement long et poussif, où le développement des personnages, inexistant pendant une bonne partie de l’oeuvre, doit désormais s’effectuer en quatrième vitesse afin d’aboutir à un happy end ressemblant à un immense non-sens.

Face à un scénario aux superlatifs hautement négatifs, nous pouvions espérer que le travail de mise en scène soit au rendez-vous afin de redresser la barre. On en est loin du compte, Rob Marshall révélant un travail insipide, mélangeant des plans et des effets de montage vide de symbolique et d’inventivité, le tout baignant dans un flot de couleurs à nous en décoller la rétine. Lorsque l’ensemble baigne dans un flot d’effets spéciaux plus mauvais que ceux du film de 1954 (on notera par exemple que le plan où les enfants et Mary plongent dans la baignoire est juste… floue), seule une séquence se démarque, celle de la porcelaine. Jouant très bien sur le transit entre animations et prises de vue réelles, notamment en matière de costumes et de décors, la séquence semble l’acmé de la performance de Rob Marshall, qui arrivera même à nous signer une course poursuite plutôt haletante, montrant qu’il peut s’arracher au travail de yes man qu’il réalise scrupuleusement le reste du temps.

Dès lors, peut-on trouver de quoi faire monter dans notre estime le film ? Si le casting laisse des impressions mitigées, notamment plombé par les performances atroces de Colin Firth et Meryl Streep, visiblement là uniquement pour cachetonner, il faut quand même souligner l’aisance de tout le casting principal, enfant compris, avec en premier une Emily Blunt excellente, collant de manière très juste avec le personnage pour prendre l’habile succession de Julie Andrews. Lin-Manuel Miranda, Ben Whishaw et Emily Mortimer arrivent à exploiter très correctement la matière qui leur est donné, et les enfants valident le test haut la main, permettant ainsi au spectateur de trouver malgré tout un moyen de s’accrocher jusqu’au générique de fin. On pourra également citer pour se consoler le très beau travail de Sandy Powell aux costumes qui arrivera peut-être à gratter une place aux Oscars, et cela risque de sembler un bien chanceux lot de consolation face à un film qui s’avère être un échec (presque) total.

En conclusion, le film s’avère être un ratage effroyable, où les rares réussites sont noyés devant une grande médiocrité. A vouloir confronter notre nostalgie en permanence, le tout avec d’immenses sabots, l’équipe oublie de faire un film cohérent qui se suffit à lui-même et ainsi éviter l’ennui et la désolation chez le spectateur. Car en sortant de la salle, le seul point positif que nous pouvons trouver au Retour de Mary Poppins, c’est bien de nous donner envie de revoir le premier et qualitatif Mary Poppins.


Note

1.5/5

En ne cherchant qu’à ranimer la flamme nostalgique de son spectateur, Le Retour de Mary Poppins se dresse comme un non-film effroyable, une catastrophe industrielle que même un casting, partiellement très bon, n’arrive pas à sauver, prouvant ainsi que, face à l’incompétence, il vaudrait mieux laisser les vieux classiques dormir en paix.


Bande-annonce

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