La Main au Collet

La Main au Collet, film policier américain de 1955, réalisé par Alfred Hitchcock, avec Cary Grant, Grace Kelly, Jessie Royce Landis et John Williams

Synopsis : John Robie (Cary Grant), un ancien cambrioleur, surnommé « le Chat », est suspecté d’une série de vols commis sur la Côte d’Azur. Il cherche alors à identifier le coupable pour se disculper. La milliardaire Mme Stevens (Jessie Royce Landis) et sa fille Frances (Grace Kelly) sont des appâts de choix que veut utiliser « le Chat », mais la belle Frances n’est pas indifférente à l’ancien cambrioleur.

Alfred Hitchcock a su, tout au long de sa longue carrière, s’entourer de nombreux grands acteurs, à qui il a su offrir des rôles cultes. Parmi toutes ces personnalités, celle qui semble inévitablement lié au grand Alfred est bien Grace Kelly, dont les trois collaborations avec Hitchcock en quelques mois lui ont ouvert les portes de la popularité (et de Monaco)… Pourtant, parmi ces trois oeuvres, une semble en retrait dans l’esprit des gens, comme si La Main au Collet constituait la collaboration de trop, le film en dilettante qui s’impose comme un Hitchcock mineur. Cette réputation a-t-elle été attribuée à juste titre ? Tentative de réponse en quelques points.

La notion de faux semblant a toujours été plus ou moins explicitement présent dans les films d’Hitchcock, et La Main au Collet ne vient pas déroger à la règle. En nous présentant l’histoire d’un voleur retraité que tout le monde accuse quand une série de casse copie ses méthodes. Alors que celui-ci s’enfuit constamment de la police, comment croire en son innocence ? En plaçant constamment le spectateur dans le doute concernant les intentions du personnage de Georges Robert, le film nous captive et joue sur notre envie d’en savoir inévitablement plus. Et lorsque le doute commence à s’estomper concernant le personnage campé par Cary Grant, nous allons nous mettre à chercher qui peut donc être le voleur, avec en point de mire la malicieuse Frances Stevens (jouée par l’excellente Grace Kelly). C’est en désorientant ainsi son spectateur qu’Hitchcock nous maintient constamment en alerte, cherchant le moindre indice pouvant nous mener vers des pistes qui, quand on l’empreinte, s’avère souvent sans issue, jusqu’à la révélation finale qui s’avère totalement inattendue pour ainsi constituer un modèle de thriller, soit une attente « minimale » pour le maître du suspense.

John Robie (Cary Grant) et Frances Stevens (Grace Kelly)

Mais, outre des effets scénaristiques et de mise en scène, Hitchcock réunit avant tout un casting de luxe, où chaque acteur joue autour de sa palette avec une immense justesse. En choisissant, très justement, de caster un Cary Grant, qui semble grisonnant, presque en bout de course, Hitchcock offre à l’acteur un rôle taillé sur-mesure et au personnage le talent d’un homme qui lui donne une patine unique et puissante. Mais Hitchcock oppose frontalement à Grant la jeunesse et la fougue d’une Grace Kelly au top de sa forme, et le duo confronte le chaud et le froid, le blasé Grant et l’espiègle Kelly. Pour donner plus de profondeur à ce duo, Hitchcock incorpore habilement ses seconds rôles, notamment Jessie Royce Landis et John Williams qui, outre l’apport d’une tonalité plus humoristique sur certaines scènes, offrent de vraies belles compositions d’acteurs tout en servant un texte qui ne les laisse pas au simple rang de faire-valoir mais dessine le pourtour de personnages importants par eux-mêmes et pour eux-mêmes dans le récit. Ainsi, Hitchcock signe ce qui restera peut-être comme un de ces meilleurs casts, gommant les quelques imperfections du scénario et magnifiant les beaux passages. 

Dès lors, que reprocher à La Main au Collet ? Sûrement son absence, malheureuse, de moment vraiment marquant au plus profond de nos mémoires, comme les plus grands films d’Hitchcock ont su nous offrir. Peut-être la sensation de rupture avec le minimalisme des oeuvres d’Hitchcock, lui qui nous habitue à des films centrés sur quelques personnages et quelques lieux, qui détonne avec l’opulence permanente, comme une représentation stéréotypée de la Riviera française. Même lorsque Hitchcock fait du Hitchcock, comme lors de la course-poursuite initiale, on sent que l’exercice s’apparente plus à une maîtrise formelle qu’à un véritable moment de bravoure, et c’est peut-être bien cette incohérence entre le fond opulent et la forme classique qui empêche La Main au Collet d’atteindre les sommets qui lui semblent, à première vue, promis.

H. H. Hughson (John Williams), Jessie Stevens (Jessie Royce Landis), un serveur et Frances Stevens (Grace Kelly)

Si la postérité n’a pas laissé à La Main au Collet l’aura de certains de ces acolytes de la filmographie d’Hitchcock, il n’en reste pas moins que le maître du suspense y livre ici une de ces meilleures compositions, porté par un casting de haut vol et par un Hitchcock qui, s’il ne se magnifie certes pas, nous offre un travail très propre et supérieur à bon nombre de mise en scène. Dès lors, face à une oeuvre qui semble injustement sous-estimée, pourquoi ne pas tenter de la ramener à sa juste valeur en la visionnant ?


Note

4,5/5

Sous-estimé par la postérité, La Main au Collet est un travail formel mais non moins formidable Alfred Hitchcock, porté notamment par un extraordinaire duo Cary Grant/Grace Kelly, et qui démontre que le cinéma est capable de traverser les époques tout en nous procurant le même plaisir de visionnage.


Bande-annonce

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