Le Chant du Loup

Le Chant du Loup, thriller français de 2019, réalisé par Antonin Baudry, avec François Civil, Omar Sy, Reda Kateb et Matthieu Kassovitz

Depuis quelques temps déjà, le cinéma de genre français semble reprendre du poil de la bête, ouvrant ainsi à chaque sortie un avenir radieux pour le cinéma hexagonal. Après Grave de Julia Ducournau qui a ouvert les portes à l’horreur, ou Dans la brume de Daniel Roby qui reproposait de la science-fiction, c’est désormais autour d’Antonin Baudry de proposer un thriller d’action qui semble, sur le papier, ne pas faire palir les grosses productions américaines tout en y incorporant des idées bien françaises. Le pari est-il réussi ? Tentative de réponse en quelques points.

Le talent d’un homme justifie-t-il toutes ses actions ? Tel pourrait être le filigrane qu’Antonin Baudry cherche à insuffler à son oeuvre. En nous introduisant cette figure de l’oreille d’or Chanteraide, figure presque inébranlable d’audace et de talent dans l’introduction qui va au fur et à mesure s’étioler, Baudry questionne sur le rapport que les hommes entretiennent à leur propre mystification. En montrant que chaque personne possède son talon d’Achille, Baudry cherche à faire une ode à la simplicité, en montrant que plus les artifices sont gros, plus le portrait se consume facilement. En se pensant surdoué, Chanteraide oublie ce que la difficulté, rencontrée frontalement, peut provoquer, et qui finira par le désarmer, en provoquant toute une cascade d’événements. A force de se penser invincible, Chanteraide finira par descendre au plus bas, et il ne pourra remonter que lorsqu’il aura lâché prise sur cette superficialité. C’est justement par cela que le personnage détonne avec le reste des militaires, qui semblent eux se satisfaire de ce qu’ils sont et représentent réellement, en étant prêt à aller au bout de leurs convictions. C’est ainsi que Baudry nous délivre le coeur de son message : c’est dans l’unité que nous obtenons notre but, et qu’en lâchant prise sur nos souhaits égoïstes, quitte à accepter des sacrifices, nous pourrons vraiment nous tirer socialement vers le haut (ce qui est parfaitement résumé métaphoriquement avec cette remontée finale).

Chanteraide (François Civil) et Diane (Paula Beer)

Mais dès lors, est-ce que les moyens sont à la hauteur des ambitions ? Dans le cas d’Antonin Baudry, qui n’avait juste alors aucune expérience en matière de réalisation (ancien diplomate et président de l’Institut français, il a fait ses armes dans la bande dessinée), s’en sort admirablement bien. Le pouvoir immersif des scènes sous-marines, amplifié par un travail sonore absolument dantesque (merci au travail de Skywalker Sound) plonge littéralement le spectateur dans la tension du moment, et vous ne serez guère surpris de sortir de ces séquences essouflés. Malgré tout, si les séquences d’action s’avèrent grandioses, les scènes à terre elles sonnent beaucoup plus le glas de l’échec, plombé par un scénario d’une platitude alarmante. Censée donner de l’ampleur du récit, cette demi-heure casse l’intensité de l’introduction, faisant avancer le récit tel un fantôme, et nous introduisant le personnage de Diane, espèce de fair-valoir féminin sans aucune utilité. Malgré tout, ce passage plus terne qui empêche au film de voler aussi haut qu’il ne le souhaite est sauvé par un casting de très haut vol. Si Matthieu Kassovitz et Omar Sy font un excellent travail, comme les autres seconds rôles, on retiendra surtout ici Reda Kateb et François Civil : le premier, déjà confirmé, continue de nous démontrer dans ce film toute l’étendue de son talent, tandis que le deuxième, tenant enfin un premier rôle exposé, permet au plus grand nombre d’enfin profiter d’un talent brut qui n’attend qu’à exploser.

Alfost (Matthieu Kassovitz), Chanteraide (François Civil) et D’Orsi (Omar Sy)

En résumé, Le Chant du Loup s’apparente à une masterclass sensorielle, porté notamment par un casting d’une très grande ampleur. Antonin Baudry fait une sensationnelle entrée dans le monde cinématographique avec un premier métrage d’excellente facture, magnifié par un travail perfectionniste et une prise de risque nette par moment, mais qui échoue à s’imposer comme un chef d’oeuvre, la faute à un scénario trop inégal pour définitivement porter le film au septième ciel. Malgré tout, il en reste une sensation de grand film, la sensation de quelque chose qui marque, la sensation d’un moment unique passé en salles, ce qui nous fait oublier ses petits inconvénients, et nous donne irrémédiablement envie de le revoir.


Note

4,5/5

Formidable film d’action français, porté par un casting 5 étoiles et par un travail d’immersion dantesque, Le Chant du Loup s’impose, malgré ses quelques défauts, comme un des grands moments cinématographiques de ce début d’année, et nous démontre que le cinéma français n’a rien perdu de sa superbe.


Bande-annonce




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