Stan & Ollie

Stan & Ollie, biopic américain de 2019 réalisé par Jon S. Baird avec John C. Reilly, Steve Coogan…

Synopsis : 1953. Laurel et Hardy, le plus grand duo comique de tous les temps, se lancent dans une tournée à travers l’Angleterre.
Désormais vieillissants et oubliés des plus jeunes, ils peinent à faire salle comble. Mais leurs capacités à se faire rire mutuellement et à se réinventer vont leur permettre de reconquérir le public, et renouer avec le succès.

Duo si iconique qu’on pouvait s’étonner qu’il n’eut eu pas encore droit à son biopic, Laurel et Hardy voient cette erreur réparée avec Stan & Ollie, biopic se concentrant principalement sur la fin du duo, avec John C. Reilly dans le rôle d’Hardy et Steve Coogan dans celui de Laurel. Une petite production sans grande ambition (10 petits millions de dollars de budget), mais dont, vous allez vite le voir, on ressort avec de nobles sentiments…

Stan Laurel (Steve Coogan)

Car au contraire de nombre de biopics qui préfèrent utiliser le principe du rise and fall (montrer le personnage au sommet pour ensuite le faire tomber, illustrant la leçon de morale du film), Stan & Ollie se focalise très rapidement sur la fin de la carrière du duo, à partir de 1953, et comment le passage du temps a altéré la relation des deux hommes.
Au détour d’un très beau plan-séquence d’ouverture, le film montre le duo au sommet, faisant ensuite un bond dans le temps de 16 ans, limitant l’idée du rise précédemment évoquée. En leur récupérant ainsi après 16 ans, sans pour autant expliciter tout ce qui s’y est passé, le réalisateur Jon S. Baird va offrir au long-métrage une teneur émotionnelle inattendue.
Loin de se limiter à montrer les atermoiements d’un duo qui a autrefois tutoyé les sommets, le cinéaste interroge le rapport au temps, l’impact de celui-ci sur une telle amitié qui mélange personnel et professionnel et la difficulté pour deux artistes de n’exister autrement que par ces deux personnages iconiques. Deux artistes qui n’existent, aux yeux des gens, que pour être les personnages de Laurel et Hardy : une joie dans le public (plusieurs scènes assez drôles les montrent incarner leur personnage même en dehors de la scène dans le but innocent de dessiner un sourire sur le visage de leurs interlocuteurs) mais une souffrance dans le privé, eux dont l’amitié a été mise à rude épreuve par le passage du temps et les différentes inimitiés refoulées. Ainsi le film ne cède pas à la facilité et préfère se concentrer sur l’intimité du duo (jusqu’au titre du film, Stan & Ollie, qui sacrifie l’attrait marketing à la cohérence artistique) et offre dès lors un récit extrêmement touchant sur deux personnages au carrefour de leur duo.

Oliver Hardy (John C. Reilly)

Un récit touchant aussi par l’interprétation excellente de ses deux acteurs principaux que sont Steve Coogan et John C. Reilly. Le premier, dans le rôle de Laurel, sait donner à son personnage la fragilité nécessaire, et la performance physique (aussi bien au niveau de la corpulence que dans l’expression du déclin de sa santé) de Reilly en Hardy est tout bonnement impressionnante ; les deux acteurs y sont ainsi pour beaucoup dans l’attachement à deux personnages qui nous sont déjà familiers, et l’on n’est guère étonné de la nomination aux BAFTA de Coogan.
On l’a dit, le film bénéficie d’un budget maigre de 10 millions de dollars qui forcément réduit les ambitions de son réalisateur. Mais que le budget soit réduit à sa portion congrue ne condamne pas le film à une réalisation mauvaise : au contraire, même si elle s’avère être très classique dans la plupart des scènes et se contente de simples champs-contre-champs, elle se permet à quelques occasions de moments de bravoure assez bienvenus. On a cité le plan-séquence d’ouverture, mais d’autres parsèment le film, ainsi que quelques plans zénithaux bien construits et qui donnent un certain cachet à l’image. Jon S. Baird est en outre loin d’être un bleu, et sa mise en scène se permet quelques symboliques bien placées, notamment un jeu sur les ombres dans la scène qui clôt le film (montrant ainsi des personnages qui, s’ils ne meurent pas sur scène tel Molière, y sont en tout cas éternellement liés) ou différents jeux de reflet.
Il est évident que l’ambition du réalisateur est refrénée par le budget dont il dispose, mais le film, s’il reste classique sur cet aspect, propose une mise en scène sans fioritures mais non sans une certaine audace. Avant tout, elle se met au service de son histoire et de son récit, sans jamais empiéter sur les scènes et en réduire l’impact émotionnel.

Le film sera également remarquable dans le traitement de ses personnages secondaires, notamment les deux épouses de Laurel et Hardy, qui auront droit à plusieurs scènes qui seront l’occasion d’envolées comiques, et l’évolution de la relation qu’elles entretiennent a de quoi faire sourire même le plus cynique des hommes. Deux personnages secondaires auxquels on s’attache et qui bénéficient d’un vrai travail d’écriture, ce qui est assez rare pour être souligné, d’autant plus quand le film présente un duo aussi iconique qui aurait amplement suffi au film sans devoir y rajouter leurs deux femmes.

Lucille Hardy (Shirley Henderson) et
Ida Kitaeva Laurel (Nina Arianda)

On n’attendait pas grand chose de Stan & Ollie, et on ressort de la séance l’esprit léger et guilleret, touché par le récit qui nous a été livré, un film sans grande ambition mais qui, au milieu de toutes ces grosses productions et face au cynisme ambiant, tend à se poser et à rappeler l’essentiel de la beauté humaine. Et ça, ça fait du bien.


Note

15/20

Récit sans grande ambition, Stan & Ollie surprend par l’émotion qu’il procure et par la vision qu’il offre d’un duo mythique. Une véritable et belle bouffée d’air frais.

Stan & Ollie – Bande-annonce

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