Avengers : Endgame (sans spoilers)

Avengers : Endgame, film d’action super-héroïque de 2019 réalisé par Joe et Anthony Russo avec Robert Downey Jr, Chris Evans, Scarlett Johansson, Mark Ruffalo, Paul Rudd, Josh Brolin…

Synopsis : Après leur défaite face au Titan Thanos qui dans le film précédent s’est approprié toutes les pierres du Gant de l’infini, les Avengers et les Gardiens de la Galaxie ayant survécu à son claquement de doigts qui a pulvérisé « la moitié de toute forme de vie dans l’Univers », Captain America, Thor, Bruce Banner, Natasha Romanoff, War Machine, Tony Stark, Nébula et Rocket, vont essayer de trouver une solution pour ramener leurs coéquipiers disparus et vaincre Thanos en se faisant aider par Ronin alias Clint Barton, Captain Marvel et Ant-Man.

Nous y voilà. Après 11 ans et 21 films qui ont installé l’écurie Marvel sur le trône du blockbuster hollywoodien et du box-office, 11 ans d’une domination sans partage, 11 ans d’un pari complètement fou, voici venu Avengers : Endgame, oeuvre-somme d’une ambition sans commune mesure qui sonnait comme le crépuscule d’un univers débuté avec Iron Man. Fin d’une ère et début d’une autre, telle était la promesse globale d’un film très attendu. Car après un Avengers : Infinity War qui avait conquis le public, et nous avec (https://cinemaccro.com/2018/04/26/avengers-infinity-war-sans-spoilers/) de par son ambition et son audace qui contrebalançaient ses défauts flagrants, l’attente envers ce film était grande, les promesses nombreuses et sa vocation de grand final inéluctable.
Mais on ne saurait être trop naïf de se lancer dans ce Endgame sans le recul nécessaire sur un univers cinématographique qui a offert ses plus belles surprises comme ses plus gros gadins. De nombreuses questions restaient en suspens : l’ambition de ce 4ème opus des Avengers allait-il être comblé ? Le film serait-il à la hauteur de ce qu’il promettait ? Pour le meilleur, et pour le pire, il est temps de se pencher sur un film qui risque de faire grand bruit au box-office…

Thor (Chris Hensworth) dans Avengers : Endgame

Ne faisons point d’excès de zèle à affirmer que Avengers : Endgame est une purge innommable ; d’un autre côté, voir le film être qualifié, notamment sur les réseaux sociaux, de « chef d’œuvre » semble être une hyperbolisation partiellement outrancière, à laquelle il nous tient d’apporter modestement une certaine nuance. Le film a des défauts, c’est certain, et nous allons avoir tout le loisir de les évoquer. Mais la vertu de l’honnêteté étant nôtre, il convient également d’évoquer les aspects réussis du film.
En premier lieu, la construction narrative des relations entre les personnages. Face à la résurgence d’une équipe qui nous était familière depuis bien longtemps, l’on pouvait craindre une certaine redite dans leurs interactions. Malgré tout, le film, notamment dans son traitement du temps et du poids de celui-ci, gère l’évolution de leurs relations avec une relative réussite, sans pour autant dénaturer ses protagonistes. Le film ne se contente évidemment pas de nous représenter des individus déjà bien connus puisqu’il intègre des personnages plus récents avec toujours la même efficacité. Sur ces aspects-là, sur le traitement des relations entre les personnages, Avengers : Endgame vise juste.
On ne peut pas non plus retirer au long-métrage une certaine dimension épique dans la mise en scène, notamment une bataille finale qui, de par son principe d’accumulation, glane un potentiel épique inégalé dans le reste du film. On ne détaillera pas ce qu’il s’y passe, mais le grandiose qu’offre le simple principe de ce combat est une donnée suffisante pour impressionner le spectateur, qu’importe si la mise en scène n’a pas la même portée. Quelques notes d’humour, parfois bien placées, peuvent également donner au film un certain cachet et égayer le spectateur.

Mais bien maigres sont les qualités d’un long-métrage qui n’est finalement qu’au niveau d’un film Marvel lambda: ni trop bon pour être porté aux nues, ni trop mauvais pour être purement et simplement conspué. Les quelques qualités soulignées le sont eu égard à l’évaluation d’un film moyen, alors que Avengers : Endgame est tout, sauf un film moyen. Il est supposé être le point de rupture d’une partie du Marvel Cinematic Universe, et on attend donc de lui une certaine audace. Malheureusement, d’audace, il n’y a point, ou peu, et de défauts, il y a, trop.

Tony Stark/Iron Man (Robert Downey Jr) dans Avengers : Endgame

Car si l’on évoquait précédemment la dimension épique de certaines séquences, il faut bien contrebalancer ce discours en précisant que le reste du film souffre dans sa majeure partie d’une mise en scène d’une exaspérante platitude, sans aucun relief ni sens du grandiose. Si les frères Russo avaient accompli un très bon travail dans Avengers : Infinity War, ils ne réitèrent pas l’exploit ici, livrant une réalisation molle, peu inventive (surtout quand plusieurs des lieux d’action nous sont déjà familiers), et très rares sont les scènes qui clouent le spectateur à son siège. S’ils ne répètent pas la bêtise de la shaky cam d’un Civil War, étant plus proches de leur travail sur le précédent Avengers, on compte sur les doigts d’une main les séquences réellement marquantes dans leur construction visuelle.
Et alors, scénaristiquement, c’est un brouillon innommable. On ne sait trop pour quelle raison Joe et Anthony (Russo, ndlr) se sont évertués à donner à leur film une durée de trois heures tant on sent les séquences étirées jusqu’à épuisement. Là où Infinity War avait l’astucieuse construction narrative de toujours garder l’action haletante en isolant les personnages et en coupant les séquences sur un point culminant (tout en faisant débuter l’action très tôt dans le film), ici, toute la première partie du film (excepté un premier quart d’heure d’une excellente facture) se traine en longueur sans jamais avoir assez de matière pour tenir le spectateur en haleine. Une première partie qui crée des intrigues totalement inutiles pour combler le vide d’une introduction jusqu’à l’élément finalement déclencheur de l’action. Et ce genre de trou scénaristique se retrouve tout au long du film, ne comptant que sur le fan-service (on va y revenir rapidement) et sur l’adhésion du spectateur à celui-ci pour garder le film haletant. On n’échappera évidemment pas à quelques facilités scénaristiques, bien malheureusement classiques dans nombre de blockbusters de cette ampleur.

Steve Rogers/Captain America (Chris Evans) dans Avengers : Endgame

Car là va être le souci principal de Avengers : Endgame : c’est un film fait pour, et uniquement pour, les fans. Et cela ne poserait pas tant de problèmes si l’écurie de Kevin Feige n’avait pas l’ambition d’écraser le box-office mondial. Car on ne construit pas un empire comme celui de Marvel Studios simplement avec les fans et le public déjà acquis par les comics ou les précédents films. Quand on porte un projet de cette ambition, il faut à tout prix éviter de faire un film plombé par des privates jokes ou par des réflexes méta. Un film doit pouvoir avoir sa propre construction, pas devoir entièrement reposer sur le principe du sériel, dont Marvel a fait sa marque de fabrique au cinéma. Et qu’on ne nous fasse pas dire ce que l’on a pas dit : de par sa nature de suite, Endgame a la nécessité de reposer en partie sur le ou les films précédents (de même que de devoir préparer la suite du MCU, ce qui ne constitue donc pas un gage de qualité). Néanmoins, ne garantir l’impact de son film que par rapport à l’attachement du spectateur à ce qui a déjà été fait auparavant est au mieux de la paresse d’écriture, au pire l’expression d’un malaise plus profond au niveau de la mythologie de son histoire.
Car, au fond, cet Avengers est un paradoxe à lui tout seul : à la fois un film qui s’autorise à devenir sa propre mythologie, à développer son imaginaire sur sa propre matière première et non plus sur une seule construction narrative, visuelle ou cinématographique ; et aussi un film qui gère cette myhtologisation sans aucune subtilité, se vautrant dans cet outrancier fan-service. Les héros marvelliens ne sont plus des héros iconifiés en tant que tels, mais le deviennent de manière extradiégétique, comme si le film était conscient et exprimait intrinsèquement toute la démesure de l’empire commercial, financier et cinématographique qu’il est devenu, comme si cet univers de cinéma et d’imaginaire jouait de lui-même au lieu de jouer avec lui-même.
Mais nous sommes ici dans le domaine de la pure théorie, et il est temps de redescendre sur la planète Endgame.
Une planète décidément bien joueuse avec des héros qu’elle s’amuse à désacraliser. Parfois, c’est réussi, et ça remet le personnage, longtemps iconifié, à hauteur d’humain nécessaire à son développement ; et dans d’autres cas, c’est bien plus lourd, parfois drôle mais rarement efficace, et cela brise ce qu’avaient construits les films précédents. Désacraliser un personnage est un exercice d’équilibriste mais n’est pas une mauvaise idée en soi, sauf lorsque le personnage a déjà été de nombreuses fois (et récemment) remanié, ce qui donne donc la sensation d’une cacophonie scénaristique, et d’autre part lorsqu’on en fait un personnage pataud, dont la surprise de cette évolution fait vite place à l’incompréhension de la décision et de la validation de cet arc. Une désacralisation aussi intéressante pour l’un (ou l’une) que dommageable pour l’autre (ou les autres). De même dans le traitement de son méchant principal, que tout le monde sait être Thanos : son rôle est amoindri, ce qui est en soi logique au vu de la construction que le long-métrage se devait d’adopter, mais en fait un antagoniste bien moins subtil que dans Infinity War qui lui avait amené un degré de lecture philosophique plutôt intéressant. Ici, il est l’archétype du méchant brutal, sans vraiment plus de développement. Pour terminer sur quelques détails anecdotiques, évoquons la musique d’Alan Silvestri, qui si elle se trouve être efficace notamment au début du film (aussi bien dans son expression que dans son inexpression), redevient par la suite assez classique, le compositeur semblant plutôt en manque d’inspiration. On n’omettra pas une scène pro-féministe assez mal construite, dont on ne remet évidemment pas en cause la volonté de mettre en avant des femmes (qui est d’une évidence telle) mais plutôt la manière très forcée dont la scène est amenée.

Hawkeye (Jeremy Renner) dans Avengers : Endgame

Après ce constat sans appel sur Avengers : Endgame, il est temps de tenter de prendre un peu de recul sur un film qui va sans aucun doute exploser le box-office.
Au final, ce qui marque surtout dans ce 22ème film du MCU, c’est le manque d’impact : le film est vendu depuis l’annonce de sa sortie comme la conclusion d’un arc majeur, le film du passage de flambeau. Et au final, il ne semble ne pas avoir pas assez de courage pour être la fin d’une ère (ou alors, démontre donc son incapacité à construire des personnages intéressants) et ne semble pas avoir assez de matière pour en créer une nouvelle. Inscrit dans sa propre logique qu’il ne respecte même plus, cela en fait un produit plus cinématographique mais aussi hautement plus bancal. Et il est là, de manière diégétique contrairement à Infinity War, le plus gros problème de cet Endgame : l’absence de puissance dramaturgique. Dans cet univers complètement désincarné et déshumanisé (cocasse lorsqu’on cherche justement à ré-humaniser ses personnages), rien, ou si peu, n’a d’impact, n’a d’effet réel sur le spectateur peu familier à cette histoire. Avengers : Endgame est une immense frustration parce que son potentiel, couplé à la liberté dont il disposait, aurait pu en faire un produit tellement plus risqué dans sa forme et ambitieux dans son fond. Il reste dans son ensemble divertissant, et tente malgré tout de boucler la boucle démarrée avec Avengers, mais l’équilibre du tout reste chancelant malgré une ambition avérée.
Et à la sortie de la séance, outre la sensation d’un spectacle pachydermique, une seule question nous vient à l’esprit : 22 films, tout ça pour ça ?

Note :

6/10

Supposé être l’aboutissement de 11 ans de construction d’un univers cinématographique majeur, Avengers : Endgame n’est que le squelette d’un film prometteur, la carcasse d’un Infinity War plus maitrisé, tout en ayant l’ossature d’une œuvre aussi risquée qu’ambitieuse. Et la frustration devant le film n’a d’égale que son potentiel gâché.


Bande-annonce

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