Le Duel #3 – Le Terminal

Le Duel est une rubrique en partenariat avec Le Drenche. Chaque vendredi chez eux, et chaque samedi ici, deux rédacteurs de Ciné Maccro confrontent leur avis, positif ou négatif, sur un film !

Le Terminal, comédie dramatique américaine de 2004, réalisé par Steven Spielberg, avec Tom Hanks, Catherine Zeta-Jones et Stanley Tucci

Synopsis : Viktor Navorski est un touriste comme un autre. Seulement, au moment de s’enregistrer sur le territoire américain, il est bloqué car son pays d’origine, la Krakozie, vient de voir son gouvernement renversé par un soulèvement de l’intérieur et plonger dans la guerre civile. Viktor, en partie à cause de ses difficultés pour communiquer en langue anglaise, se fait confisquer son passeport et son ticket de retour par l’administration de l’aéroport, dirigé par Frank Dixon, le nouveau directeur temporaire de l’aéroport JFK, qui tente en vain de lui expliquer la gravité de la situation. Malgré tout, Viktor finit par comprendre grâce aux postes de télévision disposés dans le terminal que son pays a sombré dans la guerre. Bloqué dans l’aéroport, il décide alors de s’installer dans une section fermée du terminal de JFK, à la porte d’embarquement 67. Dixon, qui est pressenti pour devenir le nouveau directeur de l’aéroport JFK, n’apprécie pas beaucoup cela et tente de le pousser à entrer par effraction sur le territoire des Etats-Unis pour qu’il devienne le problème d’une autre administration. Viktor refuse et préfère attendre de pouvoir pénétrer légalement sur le territoire américain. À partir de cet instant, Dixon va tenter le maximum pour rendre la nouvelle vie de Viktor impossible. Devenu indésirable, et sans réelles ressources, il va subsister dans JFK, en faisant des petits boulots pour gagner sa vie, se faire des amis parmi les employés puis finalement trouver l’amour avec une hôtesse de l’air.


Le Pour

ANTOINE C.

Spielberg et la douceur candide de son cinéma

Spielberg, au cours de son immense carrière, a toujours été un cinéaste de l’enfance, aussi bien des rêves que des cauchemars. Le Terminal n’échappe pas à ce parti-pris récurrent de sa filmographie d’adopter un point de vue d’enfance pour dresser le portrait d’un pan de la société. Pourtant, le héros du Terminal n’est pas comme les autres enfants spielbergiens : celui-ci s’appelle Viktor et a les traits d’un Tom Hanks proche de la cinquantaine.

En inscrivant son film au sein d’un aéroport, lieu symbolique dans une Amérique encore meurtrie du 11 Septembre, le réalisateur ohioain questionne sur les inégalités sociales et les amalgames de l’époque, qui connaissent un essor dû à la peur générale. En évitant de tomber dans une surenchère maladive pour choquer, le réalisateur cherche ici au travers de la candeur naïve de Viktor à emporter l’adhésion de son public par une émotion sincère. Simple mais jamais simpliste, il construit son Terminal comme une madeleine, un film d’attente mais au pouvoir émotionnel fort pour un message marqué et marquant. 

Sans véritable héros, sans méchant cruel, Le Terminal s’inscrit dans une continuité d’un début de décennie où les spectateurs raffolent de film douillets. Spielberg l’a saisi et emprunte les codes à ces films pour les magnifier et prouver qu’il est un des meilleurs metteurs en scène de notre époque.

La mise en scène justement, point fort de Spielberg, est ici assez effacée pour ne pas prétendre s’asseoir aux côtés des grands moments spielbergiens, ce qui aurait probablement desservi le film. Pourtant, le réalisateur récite ces gammes qu’il connaît par coeur, faisant avancer son récit avec la même douceur que celle qui anime son personnage principal. En offrant des moments de bravoure à chaque personnage secondaire, représentant chacun un “cliché” américain, Le Terminal ouvre les yeux de Viktor et les nôtres, et nous questionne sur la manière dont nous agissons pour lutter contre les préjugés.Si Le Terminal restera comme un film mineur aux vues de la filmographie de Spielberg, force est de constater qu’il reste sous-estimé par le public. Photographie candide mais douce-amère de l’époque, Spielberg offre une comédie sociale qui réchauffe le coeur et interroge sur le brassage social. Le Terminal est encore une fois une oeuvre d’enfance et d’innocence chez Spielberg ; mais au lieu de se limiter à poursuivre un rêve, le réalisateur cherche aujourd’hui à l’inscrire dans la réalité, et à pousser ces deux mondes à interagir.


LE CONTRE

THOMAS G.

Un Spielberg en pilotage automatique

Évoquer Steven Spielberg, c’est retracer 45 ans d’une splendide carrière qui a changé l’art et l’industrie cinématographiques à jamais. De son versant grand public et entertainment (Jurassic Park, Indiana Jones…) à celui plus personnel et artistique (La Liste de Schindler, Empire du Soleil…), l’ohioain a su se renouveler et prouver l’universalité de son style. Malheureusement, et comme le prouve Le Terminal, il arrive même aux plus grands de louper le coche…

On a souvent reproché au cinéma de Spielberg un aspect trop commercial et simpliste, ce qu’une grande partie de sa carrière tend à renier. Mais si un film devait donner raison à ses détracteurs, il s’agirait du Terminal. Loin de la subtilité avérée du réalisateur, le film, au postulat par ailleurs alléchant, déçoit par un criant manque de profondeur et un récit multipliant les lieux communs. Ne se faisant qu’une succession de petites saynètes qui ont tôt fait de lasser le spectateur, Le Terminal semble ne pas savoir comment faire avancer son histoire et multiplie les séquences sans grand intérêt, peu aidées par un antagoniste assez grotesque.
Au milieu d’un tel désintérêt, Tom Hanks, habitué spielbergien, ne manque pas d’intérêt dans l’interprétation de ce personnage un peu gauche et porte le film sur ses épaules, même si la décision d’en faire un russophone sonne comme une idée saugrenue sinon excentrique. L’inconvénient étant qu’il étouffe le reste des personnages, qui n’ont que peu de scènes leur permettant de faire progresser leur histoire, n’étant bien souvent que les moteurs d’un récit en pilotage automatique.

Et paradoxalement, le talent de mise en scène de Spielberg cause également des torts au long-métrage, la maîtrise indéniable de sa réalisation coûtant au film l’affection du spectateur. Devant une telle grandiloquence et ces nombreux plans en grue très travaillés, celui-ci se sent extérieur à l’histoire, et on discerne tellement le talent éclatant du cinéaste que cela rend le film et son histoire moins innocents et intimistes. Et l’on pourrait faire le même reproche à la musique de John Williams, bien trop ronflante et empêchant les scènes d’accéder à la subtilité qu’elles nécessitent.
Il y a toujours quelque chose à sauver d’un film de Spielberg, mais Le Terminal ne sonne que comme son auto-parodie qui, s’il porte un message pertinent sur l’Amérique, n’est qu’un film mineur de la carrière d’un cinéaste installé dans une zone de confort hors de laquelle il a pourtant livré ses meilleures oeuvres.


Bande-annonce

Un commentaire sur “Le Duel #3 – Le Terminal

  1. Ce film est un pour chez moi ! Je ne me lasserai pas du décalage avec le tout-Spielberg, justement. Douillet, c’est le mot, et je n’y vois pas l’oxymore que suggèrent les plans en grues. Je n’ai pas fait attention à la musique, par contre.

    Belle idée de chronique en tout cas !

    J'aime

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