Voyage en terre inconnue #7 – Une fille de la province (1954)

Une fille de la province, drame américain de 1954, réalisé par George Seaton, avec Grace Kelly, Bing Crosby et William Holden

Synopsis : Bernie (William Holden) est metteur en scène. Pour venir en aide à son ami Frank (Bing Crosby), acteur médiocre depuis la mort de son fils, il l’engage le temps d’un tournage. Bernie accuse sa femme (Grace Kelly) d’être la cause de sa déchéance, mais il change d’avis lorqu’il découvre l’abnégation dont elle fait preuve pour soutenir Frank…


Bienvenue dans Voyage en terre inconnue, la chronique qui revient sur des films inconnus (ou presque) en France ! Aujourd’hui, pour ce septième volet, dirigeons-nous vers Hollywood pour découvrir le film qui a consacré Grace Kelly dans le gotha : Une fille de la province !

Dans l’âge d’or d’Hollywood, de nombreuses actrices ont atteint un statut iconique. Grace Kelly en fait assurément partie. Dans ce rôle de femme parfaite, l’actrice s’est forgée une réputation qui a traversé les époques. Pourtant, il ne faudrait pas oublier qu’elle a aussi su se mettre en danger en sortant de sa zone de confort avec Une fille de la province. Le film est-il à la hauteur des 7 nominations aux Oscars qu’il a reçu ? Tentative de réponse en quelques points.

On pourrait s’attendre devant Une fille de la province à voir une glorification du monde artistique. C’est pourtant tout le contraire qui s’offre à nous. En nous introduisant un Frank au creux de la vague, George Seaton prend le parti du contrepied. A l’époque où Bing Crosby est à la mode à Hollywood, le réalisateur prend soin de démonter au fur et à mesure l’image de l’acteur. En s’ouvrant sur une scène où la normalité nous plonge dans le doute, le film pose le décor : l’idée n’est pas de voir l’homme de scène, mais bien celui des coulisses. Ce n’est d’ailleurs pas anodin que l’on ne voit presque aucune scène sur les planches (hormis à l’introduction et à la conclusion) ; le cinéaste efface le portrait de scène, trop factice pour son message, afin de se concentrer définitivement sur les tumultes des coulisses : c’est à ce titre que les personnages de Bernie et de Georgie sont centraux. Métaphores de la vie publique et de la vie privée, du monde professionnel et de l’univers familial, William Holden et Grace Kelly sont en quelque sorte le ying et le yang de l’esprit de Bing Crosby, un espèce de déchirement constant de son esprit dont il n’est lui même pas témoin, tant cette affrontement semble se dérouler dans l’ombre de Frank. Lorsque Bernie semble vouloir redonner vie à Frank, Georgie, sous couvert d’un amour loyal, semble vouloir contrôler tyranniquement la vie de son mari. C’est en confrontant ainsi le feu et la glace, et en jouant habilement de la grammaire de mise en scène que George Seaton distille toute la finesse de son point de vue : en déconstruisant finement ce portrait initial, le réalisateur distille le doute chez le spectateur, un doute qu’il mettra en exergue dans une scène centrale où le film se renverse.

Georgie (Grace Kelly), Frank (Bing Crosby) & Bernie (William Holden)

En effet, on aurait pu penser dans un premier temps que George Seaton voulait nous dresser le portrait d’un artiste déchu, brisé par la vie. Mais Une fille de la province va beaucoup plus loin. Plus le film avance et plus on se rend compte que c’est une oeuvre à la gloire, non pas du personnage de Bing Crosby, pas de celui de Grace Kelly ; non pas tyrannique, c’est une femme qui se sacrifie elle-même au profit de son mari, un amour à la loyauté inébranlable que l’on découvrira en même temps que William Holden. Porté par une Kelly touchée par la grâce, pour un des Oscars les plus mérités de l’histoire, le film s’envole alors lyriquement, et on a alors pitié pour cette femme, privée de son libre arbitre, confrontée au choix entre la loyauté et le renouveau, entre l’habitude et la liberté ; portrait de femme sincère, le film dénote avec les personnages parfois un peu trop simpliste que l’actrice a eu à incarner par le passé. C’est toute la force émotionnelle que le réalisateur va libérer, notamment dans son dernier acte, qui finira de faire basculer cette merveilleuse fable sociale dans le monde des grands films ; l’important n’est pas finalement ce que tout le monde voit sur scène, mais ce que tout le monde cache dans les coulisses. La boucle bouclée, la scène redevient lieu d’apaisement et de réconciliation, là où la vie reprendra finalement son cours, chacun libéré de ses démons. Le théâtre ne sera finalement prétexte à contextualiser et à offrir à Bing Crosby quelques morceaux de bravoure où il peut pousser la chansonnette (probablement par mesure contractuelle), car l’essentiel est alors : Une fille de la province est finalement une oeuvre profondément humaine, le portrait d’une femme, que la vie a presque brisé mais qui, grâce à ces profondes qualités et à sa loyauté, aura gagner le droit du libre-arbitre.

Georgie (Grace Kelly)

Oeuvre humaine et humaniste, Une fille de la province est un film qui dénote dans la filmographie de son actrice principale. Grace Kelly montre ici qu’elle est un talent pur de cinéma, va enlever un Oscar et un Golden Globe amplement mérité, et nous assène une immense claque cinématographique. Fin et profond, le film, porté par le merveilleux travail de George Seaton et le casting au poil, est assurément de ces films trop méconnus, qui méritent amplement d’être (re)découvert par le public tant ses qualités cinématographiques sont indéniables.


Note

9/10

Une fille de la province est une magnifique fleur cinématographique concoctée par George Seaton qui éclot au fur et à mesure pour nous offrir un sublime film plein d’émotions, notamment porté par Grace Kelly qui y trouve son meilleur rôle.


Bande-annonce

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