Inception

Inception, film de science-fiction américano-britannique de 2010, réalisé par Christopher Nolan, avec Leonardo DiCaprio, Ellen Page et Joseph Gordon-Levitt

Synopsis : Dom Cobb (Leonardo DiCaprio) est un voleur expérimenté – le meilleur qui soit dans l’art périlleux de l’extraction : sa spécialité consiste à s’approprier les secrets les plus précieux d’un individu, enfouis au plus profond de son subconscient, pendant qu’il rêve et que son esprit est particulièrement vulnérable. Très recherché pour ses talents dans l’univers trouble de l’espionnage industriel, Cobb est aussi devenu un fugitif traqué dans le monde entier qui a perdu tout ce qui lui est cher. Mais une ultime mission pourrait lui permettre de retrouver sa vie d’avant – à condition qu’il puisse accomplir l’impossible : l’inception. Au lieu de subtiliser un rêve, Cobb et son équipe doivent faire l’inverse : implanter une idée dans l’esprit d’un individu. S’ils y parviennent, il pourrait s’agir du crime parfait. Et pourtant, aussi méthodiques et doués soient-ils, rien n’aurait pu préparer Cobb et ses partenaires à un ennemi redoutable qui semble avoir systématiquement un coup d’avance sur eux. Un ennemi dont seul Cobb aurait pu soupçonner l’existence.

Peu de réalisateurs peuvent se targuer aujourd’hui d’avoir une liberté presque totale sur des blockbusters hollywoodiens. Christopher Nolan fait ainsi figure d’exception, puisqu’il a su mettre tout le monde d’accord, aussi bien critiques que public, avec ses films. Lorsque The Dark Knight sort en 2008, Nolan est alors au top, et Warner Bros et Legendary Pictures vont lui faire une confiance presque aveugle en lui octroyant 160 millions de dollars pour un projet qu’il travaille depuis 10 ans : Inception. Le film, qui a reçu un accueil extrêmement positif, consacre-t-il vraiment Christopher Nolan au gotha des réalisateurs de son temps ? Tentative de réponse en quelques points.

Mal Cobb (Marion Cotillard) et Dom Cobb (Leonardo DiCaprio)

On sait que la conscience (et le subconscient humain) est une thématique récurrente dans l’univers du réalisateur londonien, et Inception n’échappe pas à la règle. Après avoir notamment questionné les limites basses de la mémoire et de son absence dans Memento, Nolan évoque désormais l’idée du souvenir, de sa véracité, et de notre désir de mémoire. Lorsque Memento travaille par l’absence, Inception est le contre-exemple par l’excès. La mémoire n’est pas ici un guide pour nos vies mais une ressource exploitable dans laquelle nous ne pouvons plus vraiment avoir conscience. En signant non pas un film d’horreur, comme il l’avait dans un premier temps envisagé, mais un véritable thriller lorgnant chez Hitchcock, Paprika ou Alice au pays des merveilles, Nolan fait de Cobb un prolongement spirituel d’un spectateur frustré de son apparente inactivité forcée face aux événements. En effet, le personnage de DiCaprio vient facilement nous souffler le chaud et le froid ; sa supériorité professionnelle en fait un modèle, quand sa fragilité intime nous montre sa faiblesse. Ce ying et ce yang, cette maîtrise et ce désespoir, témoigne de la question des apparences, elle aussi chère au réalisateur : dans un monde de rêve où l’on ne peut plus distinguer ce qui vient de nous de ce qui vient des autres, Nolan perd le spectateur en permanence entre rêve et réalité, entre contrôle et dépendance, entre force et faiblesse. Inception brouille nos repères comme ils brouillent ceux des spectateurs, et nous attire finalement au fond des limbes de nos esprits, un voyage où nous sommes, comme Cobb, contraints et qui nous questionnera émotionnellement.

C’est en proposant une déroute des repères que Nolan questionne : outre les thématiques de la vérité et de la mémoire, Nolan s’attache à une thématique déjà bien présente dans sa filmographie : la notion de famille. Qu’elle soit réelle (entre Michael Caine et Leonardo DiCaprio), spirituelle (entre DiCaprio et Ellen Page, Cobb étant comme un père pour Ariane), ou bien rêvée (Di Caprio, encore lui, et Marion Cotillard), le réalisateur pose un oeil funeste sur les relations intimes. Comme une évocation d’un passé dont on est prisonnier, la famille ronge Cobb par le souvenir, et l’éloigne dans la ligne de son présent, tandis que ce profil cette idée de transmission de son savoir-faire à Ariane, telle une fille spirituelle. Enfin, puisque Cobb n’est pas le seul ici à être prisonnier de ses démons familiaux, c’est en construisant la cible de ce personnage comme un miroir de lui-même ; lorsque Cobb est un père en fuite, Robert Michael Fischer Jr., joué par un impeccable Cillian Murphy, est un enfant dans l’attente d’un père. C’est avec ce renversement de valeurs que Nolan brise la manichéisme de l’oeuvre. Dans Inception, il n’y a ni gentil, ni méchant ; en nous offrant un scénario fin, Nolan questionne plus qu’il ne répond, préfère faire vasciller nos repères jusqu’aux derniers instants plutôt que de nous conforter.

Arthur (Joseph Gordon-Levitt), entouré de ses camarades pendant leur sieste

C’est dans cette dimension qu’Inception s’extirpe finalement de la masse des blockbusters auquels il est naturellement affilié ; quand ces derniers évitent la prise de risque et se contente d’un divertissement minimum, Nolan brise les codes et réinvente le genre, brise le manichéisme de l’époque et offre une oeuvre qui convient à tous les publics : condensé de spectacle, Inception scotche le spectateur au siège, tout en proposant à d’autres une portée réflextive trop tard à ce niveau dans le Hollywood d’aujourd’hui. Les différences ne s’arrêtent pas là, il suffit de le constater à l’aide du making of : alors que les grosses productions regorgent désormais de fond vert et autres trucages numériques, Nolan choisit une approche plus ‘réaliste’, puisque la plupart des scènes sont tournés en décors réels, même les scènes d’action ! Une action justement qui s’ancre dans la mise en scène millimétrée de Nolan, hybride de Kubrick et d’Hitchcock, ses deux maîtres inspirateurs. Sans être outrageusement incroyable comme cela a pu l’être par le passé, Nolan stylistise son travail pour faire corps au scénario, et contribuer à l’excellence de ce dernier. De bout en bout Inception se tient, sait être efficace par tous les moments, pour aboutir à un final où sa réussite psychologique et cinématographique n’a finalement d’égal qu e le nombre gargantuesque de débats qu’il suscite encore.

Arthur (Joseph Gordon-Levitt), Saito (Ken Watanabe) et Dom Cobb (Leonardo DiCaprio

Inception est finalement la confirmation, après The Dark Knight, que Nolan sait parfaitement faire son affaire, et cela malgré les exigences des studios. Premier gros blockbuster de la décennie, qui en appellera à d’autres du réalisateur londonien,Inception se démarque par le brio avec lequel il se déroule. Richesse thématique, richesse stylistique, casting réglé au poil, le film est finalement la confirmation qu’Hollywood sait encore produire des grosses machines captivantes, des oeuvres marquantes, réflectives et divertissantes.


Note

9/10

Blockbuster ultra efficace, Inception confirme Nolan au gotha d’Hollywood. D’une extrême richesse thématique, le film confirme que l’on peut combiner réflexion et divertissement, et met à l’amende bon nombre de superproductions américaines.


Bande-annonce

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