The Dark Knight Rises

The Dark Knight Rises, film de super-héros de 2012 réalisé par Christopher Nolan avec Christian Bale, Michael Caine, Tom Hardy, Anne Hathaway, Marion Cotillard, Morgan Freeman…

Synopsis : Il y a huit ans, Batman a disparu dans la nuit : lui qui était un héros est alors devenu un fugitif. S’accusant de la mort du procureur-adjoint Harvey Dent, le Chevalier Noir a tout sacrifié au nom de ce que le commissaire Gordon et lui-même considéraient être une noble cause. Et leurs actions conjointes se sont avérées efficaces pour un temps puisque la criminalité a été éradiquée à Gotham City grâce à l’arsenal de lois répressif initié par Dent.
Mais c’est un chat – aux intentions obscures – aussi rusé que voleur qui va tout bouleverser. À moins que ce ne soit l’arrivée à Gotham de Bane, terroriste masqué, qui compte bien arracher Bruce à l’exil qu’il s’est imposé. Pourtant, même si ce dernier est prêt à endosser de nouveau la cape et le casque du Chevalier Noir, Batman n’est peut-être plus de taille à affronter Bane…

Plus haut est le sommet, plus forte sera la chute : un adage éculé, mais que Christopher Nolan a bien dû ressasser après la sortie de The Dark Knight Rises, ultime volet de la trilogie consacrée au Chevalier Noir. Car, auréolé du succès non seulement du précédent opus mais également d’Inception en 2008, qui l’ont installé dans le gotha hollywoodien, nul doute que le britannique était attendu au tournant.
Mais le chemin fut sinueux pour le cinéaste : pris de court par la mort tragique d’Heath Ledger le 22 janvier 2008, interprète légendaire d’un Joker censé être au centre du troisième film, il a du retravailler, avec son frère Jonathan Nolan, le scénario à une vitesse inhabituelle pour un cinéaste habitué à s’imprégner de ses histoires des années durant, tel Inception qu’il a mis dix ans à finaliser. Un premier faux pas dans un film qui, malgré ses nombreuses qualités, en contiendra plusieurs. Plongeons-nous désormais dans les ténèbres de Batman, et passons ce troisième opus au peigne fin…

L’affrontement final
© Warner Bros.

S’il est une chose qu’on ne peut reprocher à Christopher Nolan, c’est son professionalisme et le sérieux avec lequel il a effectué cette trilogie. The Dark Knight Rises vient en effet donner une conclusion plus que satisfaisante aux aventures du Chevalier Noir et se greffer de manière naturelle à ses deux prédécesseurs, un défi pas forcément gagné d’avance au vu des problèmes de production cités. Le long-métrage interroge tout d’abord les conséquences des actions de Batman (Christian Bale), notamment celles du précédent film et la manière dont il a endossé le rôle du méchant pour permettre aux habitants de Gotham de garder espoir en celui qui était leur Chevalier Blanc, l’homme vertueux dans la lumière, Harvey Dent. Un espoir fondé sur un mensonge vacillant, et qui va éclater avec l’arrivée de la pire menace pour Gotham, l’autre Némésis de Batman : Bane (Tom Hardy). Construit de manière réaliste et bien loin du catcheur ridiculement bodybuildé de la version de Schumacher, il est la littérale antithèse de Batman : là où l’un ne croit qu’en la justice et à l’ordre, l’autre ne croit qu’au chaos et à l’anarchie, quand bien même il se voudrait le pourfendeur des riches au profit des pauvres. Il représente ce que l’action de Batman a eu de répréhensible : face à un héros de l’ombre, dont l’action est forgée par la peur, il n’aurait jamais pu être le Chevalier Blanc de Gotham à l’instar d’Harvey Dent, et l’action du Joker envers ce dernier, qui l’a poussé vers la folie, a poussé le super-héros à endosser un rôle qui mènerait obligatoirement au chaos de par la nature permicieuse du contrat tacite passé avec le commissaire Gordon (Gary Oldman). Le film interroge donc avec intelligence les actions de Batman, et leurs conséquences dramatiques sur une ville sclérosée.
Bane est également l’occasion de faire le lien avec Batman Begins, et notamment son ancien maître, Ra’s al Ghul (Liam Neeson), dont l’anarchiste est le descendant spirituel, celui qui va mener la révolution tant rêvée et donner à celui qui l’a excommunié son statut d’immortel à travers la mission qu’il a lancée et que le mercenaire rêve d’achever. Autre antagoniste, mais qui fera ici office de quasi-caméo : Cillian Murphy reprend une dernière fois les traits de l’Epouvantail, rien de bien mémorable mais il est plaisant de le revoir dans ce rôle, même pour quelques anecodtiques scènes.
Cela pourrait paraître anodin que de féliciter Nolan d’avoir conclu une trilogie, mais l’aisance avec lequel il lie entre eux les trois films montre son talent de scénariste et la relation étroite qu’il entretient avec un personnage auquel il a à coeur de donner une fin satisfaisante, sans pour autant phagocyter le film en lui-même en n’en faisant qu’une succession de rappels des précédents opus. Sur ce point-là, le film est au moins réussi.

La chute du Chevalier Noir…
© Warner Bros.

Et comme dans toute sa trilogie, et dans l’ensemble de sa carrière, Nolan va poursuivre dans The Dark Knight Rises son travail du réalisme. C’est d’ailleurs probablement ce qui l’a poussé à accepter d’adapter le super-héros à l’écran : pas de super-pouvoirs, pas de race extraterrestre, pas d’aptitudes innées : Bruce Wayne a construit son héroïsme de ses propres mains, par son intelligence, sa ruse, sa force développée par la douleur et la sueur, en résumé, rien qu’un être humain ne serait incapable d’accomplir, même si l’on reste dans une logique de comics partiellement éloignée de notre monde réel. C’est ainsi qu’il donne à la Catwoman d’Anne Hathaway un aspect réaliste, bien éloigné de la version burlesque de Michelle Pfeiffer chez Tim Burton, dont l’agilité physique n’a d’égale que la délicieuse malice avec laquelle elle déjoue les situations. Excellente dans ce rôle, Anne Hathaway se montre comme le contrepoint d’un Batman féru de justice et de respect des règles, et leur alchimie à l’écran semble crédible. Cela passe aussi également par le travail sur le personnage de Bane, ici dépeint de manière réaliste, dont la force physique reste acceptable et dont le premier combat avec Batman est d’une brutalité sans nom tout en restant terre à terre. Cette scène est d’ailleurs l’occasion d’une certaine audace de la part de Nolan, qui se prive de la musique de Zimmer, offrant une scène uniquement rythtmée par les coups que se portent les deux protagonistes, le bruit des muscles qui se plient, des os qui se brisent, offrant un travail du son assez rare dans les blockbusters actuels, prouvant que Nolan en est bien, par sa liberté artistique totale, l’un des rois.

Bien sûr, Nolan tend à travailler le réalisme en utilisant un maximum d’effets pratiques, mais cela faisant partie de sa panoplie habituelle de réalisateur, inutile de revenir en détail tant toute sa carrière, antérieure et postérieure au film, est marquée de ce sceau. La différence que The Dark Knight Rises va marquer dans la trilogie va être dans son sens du spectaculaire. Bénéficiant d’un budget raisonnable de 250 millions de dollars, Nolan s’en donne à coeur joie pour livrer des scènes dantesques et offrir le grand spectacle qu’on attend de lui, travaillant bien plus le grandiose et le sentiment d’une menace omniprésente et aux armes destructrices (il n’y a qu’à voir la séquence du match de football américain pour s’en convaincre), là où la subtilité de The Dark Knight lui faisait garder un aspect plus terre-à-terre.
Mais, comme nous allons le voir, cette volonté de grandiose de Nolan va amener le film vers le terrain du symbolique, et c’est là qu’il va connaitre ses pires défauts.

Un Bane déterminé
© Warner Bros

Dans The Dark Knight Rises, le cinéaste souhaite interroger une société mortifère, gangrénée par le fossé entre l’opulence des plus riches et la pauvreté accrue d’une population sans travail, sans espoir, un point sur lequel Bane appuiera justement pour asseoir son influence sur un peuple qui n’a plus rien à perdre. Il montre ainsi comment la pauvreté et l’écart social sont vecteurs d’une société en perdition, sans repères, et donc prête à imploser sous l’impulsion d’un homme qui semble comprendre leurs atermoiements. Le film se veut donc, dans sa trame principale, beaucoup plus symbolique qu’un The Dark Knight, notamment dans la construction des personnages et leurs relations (Bane et Batman notamment, ce dernier devant apprendre et expérimenter le parcours de son ennemi pour espérer le vaincre). Et cela va se retrouver dans un scénario qui va multiplier les éléments symboliques au risque de perdre en subtilité et surtout, plus gravissime, en cohérence.
Que ce soit la scène d’introduction de l’avion complètement inutile, le lien entre Blake et Wayne construit de manière si fausse, la déconstruction totale du parcours amoureux de Wayne au profit d’amourettes servant uniquement le scénario, le set-up/pay-off désastreux d’Alfred, le retour-surprise du Chevalier Noir à Gotham… Le film multiplie les incohérences toutes plus importantes les unes que les autres, au point qu’il est difficile de ne pas voir qu’un scénario cousu de fil blanc, où les personnages, qui n’ont jamais été l’enjeu principal chez Nolan, ne sont ici que les pions d’un récit bien trop symbolique pour le réalisme que le cinéaste s’impose. A trop vouloir donner à son histoire une portée symbolique, Nolan perd le fil de son récit et fait évoluer ses personnages sans cohérence, malgré une conclusion satisfaisante. Du fait du temps qui lui a manqué, on sent que le réalisateur n’a clairement pas en main toutes les clés pour mener correctement ses personnages à un dénouement qui, s’il s’avère correct, est le résultat final d’un dévelopement bancal. Le summum du symbolisme, et donc de l’échec de Nolan, se trouve probablement dans cet affrontement final entre forces de l’ordre et milice armée, qui ont poussé certains à taxer Nolan de “réactionnaire”, de “capitaliste” voire de “fasciste”, mais qui, au-delà de toute comparaison politique hasardeuse et éhontéee, est surtout la vision hallucinée d’un récit incohérent, qui préfère la beauté de l’image à celle du scénario, qui dans le cas d’un cinéma du réel comme celui de Nolan est absolument primordial. Bien que stimulant et passionant, cet affrontement n’a dans le récit pas de raison d’être, ou en tout cas pas dans une telle forme, les forces de l’ordre n’ayant jamais semblé être le véritable bras armé du Batman, qui a toujours défendu des habitants qu’il aurait été bien plus logique de voir faire face à leur bourreau qui les avait de toute manière condamné.
A force d’user de trop de symbolisme pour rendre son récit plus spectaculaire, Nolan finit donc par se perdre en chemin. Mais…

Dantesque pugilat
© Warner Bros

Qu’il ne soit pas dit que The Dark Knight Rises est un mauvais film. S’il est en effet bien en-deça de son prédécesseur et qu’il possède des défauts intrinsèques inexcusables pour un réalisateur de cette trempe, il reste une conclusion plus que satisfaisante aux aventures du Chevalier Noir, et la preuve par mille que Christopher Nolan est le seul maître à bord chez Warner, dont la liberté créative lui permet de pouvoir exprimer ses idées sans craindre d’être freiné, le public et la critique le lui rendant bien. Si The Dark Knight Rises fait partie des quelques gadins de sa carrière, ils sont nombreux à Hollywood ceux qui souhaiteraient un gadin de cette trempe !

Note

7/10

A trop vouloir pousser la symbolique, Nolan se prend les pieds dans le tapis d’un récit perclu d’incohérences, privilégiant le spectaculaire au profit d’un réalisme plus exarcerbé avec lequel il avait pourtant fait ses preuves. Mais The Dark Knight Rises conclut parfaitement la trilogie du Batman, une trilogie qui, dans l’univers cinématographique des super-héros, restera de toute façon comme l’une des plus aboutis.

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