Rencontre avec Alexandre Giacomo

Alexandre Giacomo est externe des hôpitaux de Paris mais également passionné de cinéma. A l’occasion du dernier Gala des Pitiés d’Or, il a pu présenté un documentaire d’une vingtaine de minutes, Externes : un rôle à définir. Devant l’engouement qu’il a suscité, Alexandre a proposé une version grand public de son documentaire qui montre la réalité de l’hôpital. Déjà auteur de plusieurs courts-métrages de fiction par le passé, Alexandre a accepté de prendre quelques minutes pour discuter avec nous de son documentaire.

Ciné Maccro : Bonjour Alexandre. Qu’est-ce qui vous a motivé à réaliser ce documentaire ?

Alexandre Giacomo : Bonjour. Ce qui m’a motivé à réaliser ce documentaire, c’est le cadre du Gala des Pitiés d’Or, qui est un gala annuel de médecine à Paris, où les étudiants réalisent des films qu’ils présentent devant un jury de PU-PH (professeurs hospitaliers, NDLR) de Paris 6. J’avais par le passé déjà réalisé deux courts-métrages dans le cadre de ce gala, un premier sur l’externat, et une comédie, et j’avais envie cette fois-ci de tenter le documentaire. L’idée du documentaire était justement ce qui me motivait, notamment avec le face cam qui, s’il est rependu dans le style, ne l’est pas tant dans la médecine et surtout dédié exclusivement aux externes, que l’on a malheureusement pas beaucoup l’occasion d’entendre dans les médias.

C.M. : Avez-vous été confronté à diverses difficultés pour réaliser ce documentaire ?

A.G. : Pas forcément. Par rapport à la réalisation d’une œuvre de fiction, l’écriture est beaucoupp plus simple en pré-production, dès qu’on a une idée, les questions viennent facilement. Pendant tournage, il n’y a pas besoin de direction, le décor est unique, la mise en scène réduite au maximum. Le plus important étant de faire correctement son casting, trouver des gens à l’aise face à la caméra et qui me font confiance, qui vont pouvoir se dévoiler, facilement, et d’ailleurs j’en profite pour les remercier encore pour le courage qu’ils ont eu. Enfin, le plus dur reste la post-production. Sur un court-métrage, tout est scripté, on connaît l’enchainement des séquences, des plans, il y a plusieurs prises, on a une idée de ce qu’on veut faire. Là, on se retrouve avec 10 heures de rushs tournées en un week-end, et c’est à ce moment que commence réellement l’écriture…

Tournage d’Externes, un rôle à définir.

C.M. : N’est-il pas difficile, lorsque l’on est soi-même confronté au sujet de notre documentaire, de réaliser quelque chose de pertinent ?

A.G. : A mon sens, il faut s’attacher au sujet. Venir soi-même de ce milieu permet de réaliser quelque chose de plus pertinent. On a vraiment pour but de partager son quotidien, de montrer ce qu’on ressent vraiment. Il faut l’avoir vécu, le but n’est pas de raconter ce qu’on veut entendre, mais la vérité, montrer aux externes que leur quotidien est partagé, et à ceux qui n’ont pas vécu cela la réalité des études de médecine. Cela permet de nous rassembler par l’empathie, qui est pour moi la plus importante des émotions.

C.M. : Alors que le domaine de la santé est au coeur des actualités, Externes, un rôle à définir est-il pour vous l’opportunité d’offrir un nouveau point de vue sur l’hôpital ?

A.G. : Ce documentaire n’a pas eu pour vocation au départ de donner un nouveau point de vue sur l’hôpital. Il était à l’origine seulement pour les carabins (étudiants, NDLR) du gala, mais à la sortie du gala, j’ai reçu plein d’avis positifs, des gens voulaient le récupérer pour le montrer à leurs familles, le partager, pour faire mieux comprendre ce qu’on vit. J’ai alors décidé d’en faire une version plus grand public, plus longue et plus documentée, en rajoutant des chiffres pour qu’il soit partagé et accessible au plus grand nombre. A ce moment là, oui, il y a eu l’idée d’apporter un point de vue. Ça ne changera pas totalement l’idée que ce font les gens de médecine, mais j’espère qu’au moins j’aurais pu donner un petit point de vue sur ce que peut vivre un externe. Avant ce documentaire je parlais beaucoup de mon quotidien à mes proches, et je pense que quand une réalité est dite et partagée par plusieurs personnes, elle devient encore plus une vérité. Pour ceux éventuellement qui n’ont pas vécu cette vie d’externe, ça peut leur permettre de découvrir un monde. Des amis proches m’ont dit, après le visionnage, qu’ils comprenaient mieux ce que je vivais, je pense que ce documentaire a pu peut donner du crédit à des paroles que j’ai pu avoir. Ce point de vue n’est pas exhaustif surtout sur un format de 20 minutes, mais avec le subjectif des témoignages associé à l’objectif des chiffres, si cela peut faire un petit peu changer les points de vue sur la médecine, cela serait déjà une petite victoire pour moi.

C.M. : Qu’est-ce que l’expérience de confronter votre réalité de travail à un exercice cinématographique a pu vous apporter ?

A.G. : Cela m’a permis d’allier mes deux passions, médecine et cinéma. L’expérience m’a beaucoup apporté, ça m’a conforté dans mon idée d’essayer de jongler entre les deux dans ma vie. Quand je pense à la médecine et au cinéma, je pense au Cercle des Poètes Disparus, et cette scène où Robin Williams dit à ses élèves que la médecine, le droit, le commerce sont nécessaire pour assurer la vie, mais la poésie, la beauté, la romance, c’est pour ça qu’on vit. Cette phrase est très ancrée chez moi, et pouvoir allier l’essentiel de l’art et l’utile de la médecine, c’est ce qui donne du sens à mes yeux. L’expérience m’a apporté la confirmation que je me dois d’allier les sensibilités du cinéma et de la médecine. L’empathie est un des éléments qui relie les deux, et qui est capital.

C.M. : Nous vous remercions du temps que vous nous avez accordé, et nous vous souhaitons bonne chance pour la suite de vos études et de vos travaux cinématographiques.

Vous pouvez retrouver le documentaire Externes, un rôle à définir d’Alexandre Giacomo juste ici :

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