La Vie Scolaire

La vie scolaire, film de Grand Corps Malade et Medhi Idir avec Zita Hanro, Alban Ivanov et Liam Pierron.

Synopsis : Samia, une jeune CPE, débarque de son Ardèche natale pour prendre un poste dans un établissement scolaire réputé difficile à Saint -Denis. Dès son arrivée, elle est confrontée à des problèmes de discipline, mais aussi à la réalité sociale pesant sur le quartier. Elle découvre aussi sur place la vitalité et l’humour des élèves et de son équipe de surveillants. La rencontre avec un jeune ado prometteur va changer sa vie.

Comme à chaque été, le cinéma français nous abreuve de comédies françaises qui se ressemblent toutes et qui sont bien souvent dénuées d’intérêt . La Vie Scolaire, à travers les extraits diffusés et son casting, avec notamment l’insistance de la présence d’Alban Ivanov, semblait au premier abord emprunter ce chemin des films oubliables français appuyant le burn-out actuel d’un cinéma hexagonal lourd et vide de créativité. Seulement voilà, une fois en salles, on se rend compte très vite d’une chose : La Vie Scolaire est un mensonge, c’est une fraude du système de production actuel reposant sur un casting grand public et des gags lourds et répétés, pour une raison simple : La Vie Scolaire n’est pas une comédie, c’est un drame social qui nous fait sourire de temps à autre afin d’alléger son propos et convaincre les producteurs de vendre le film mais c’est surtout et avant tout une démonstration du quotidien des cités parisiennes et de l’échec de l’ascenseur social.

Samia (Zita Hanrot) et son équipe pédagogique

La Vie Scolaire va, à travers ses deux personnages principaux, Samia et le jeune Yanis , démontrer le poids de la cité sur le quotidien de ses habitants, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes. Samia, la nouvelle CPE, va tenter tout au long du film de sauver autant que possible les élèves de ce collège de la Seine-Saint-Denis d’un destin tout tracé et peu glorieux. Idéaliste et pleine d’espoir, elle ne cesse de donner le meilleur d’elle-même pour apporter un peu d’espoir chez ces jeunes de quartier sans lendemain. Ses illusions seront brisées quand son petit ami, en prison pour une simple affaire de vol, lui avouera être un récidiviste, lui-même sans autre lendemain que la prison. Cette révélation sera comme un retour brut à la réalité pour Samia qui souhaitera quitter le collège. Yanis, quant à lui, élève turbulent mais non dénué d’intérêt pour les études avec un bon fond, passe ses week-ends à aller voir son père en prison vivant seul avec sa mère et sa petite sœur. Son seul repère est son ami Issa, grand frère de substitution souhaitant ouvrir un restaurant avec lui. Sa rédemption scolaire sera brisée par le décès de son ami dans un accident. Les 2 personnages vont alors servir de reflet l’un pour l’autre, rêvant tous les deux au même moment et vivant tous les deux la réalité de la vie en banlieue.

Yanis joué par Liam Pierron, brillant de sincérité

Le meilleur exemple de ce lien qui les unit se trouve dans une séquence vers le milieu du film où les deux personnages se retrouvent en soirée, l’un entre personnels du collège, l’autre entre amis où se découvrent sexe et alcool. La réalisation dépasse alors toutes nos attentes pour nous proposer des véritables idées de transitions, mettant en avant la promiscuité entre le comportement des ados et des adultes, l’âge étant au final leur seule différence. Cette scène est non seulement riche en idées de mise en scène mais aussi riche dans le travail des couleurs et du scénario, elle est un peu le point central de l’action, celle qui va donner les clefs de compréhension du film. Tandis que Samia va décider de rester après avoir été convaincu par l’un de ses collègues, Yanis, lui, passera en conseil de discipline après avoir délibérément insulté un de ses profs après la mort de son ami. Il passera en conseil de discipline et finira par redoubler en 3ème SEGPA au lieu de passer en seconde générale. Le message est alors ici très clair, il n’y a pas de fin heureuse pour Yanis, pas de destin révolutionnaire où il sera sauvé par ses professeurs qui l’aiment bien dans une intervention digne d’un Deux ex Machina, non, il n’y a pas de ça en Seine-Saint-Denis.

Ce qui rend ce film aussi authentique c’est également son casting, la quasi-totalité des acteurs provenant eux-mêmes des cités alentour, et la création des personnages qui s’inspirent de réels individus. On est alors presque dans un documentaire urbain, un digne héritier de La Haine, qui ne cherche pas à divertir mais à montrer et à défendre ces jeunes mais aussi ces adultes qui ne sont pas acteurs de leur vie, mais qui subissent cette pression sociale présente à tous les étages, chez tous les personnages du film. Le générique qui va conclure le film se terminera par un slam de l’équipe du film sur la difficulté de vivre dans ces quartiers, au cas où le message n’aurait pas été clair.


Note :

7/10

L’objectif de Grand Corps Malade est donc réussie dans un sens, vendre une comédie pour faire venir du monde en salle et bousculer le spectateur dans son confort et ses habitudes en lui proposant un film des plus profonds sur la France et ses banlieues. Si La Vie Scolaire n’aura pas le même effet qu’un La Haine ou qu’une comédie grand spectacle, il marquera quand même le cinéma français actuel par sa volonté d’apporter du neuf et de contourner les codes.

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