Entretien avec Guy Astic

Dans le cadre du Festival Court Métrange 2019, nous sommes allés à la rencontre de Guy Astic, éditeur, professeur de cinéma, président de festival, et surtout jury de cette 16e édition de Court Métrange. Un moment passionnant en perspective !

Ciné Maccro : Monsieur Astic, bonjour.

Guy Astic : Bonjour !

C.M. : Qu’est-ce ça vous fait d’être juré à Court Métrange ?

G.A. : C’est un énorme plaisir, car c’est un festival que je connaissais en étant venu à plusieurs reprises, pas comme membre du jury, pour faire des conférences, pour faire des présentations de films. Comme j’aime beaucoup le genre, je trouve que c’est un festival qui est devenu très important. D’une part, on est bien accueilli. On a commencé un programme ce matin (ndlr : l’interview a été réalisé le jeudi 17 après-midi.), on a aussi un panel de court-métrage très variés. Pour moi, c’est une manière de venir dans une chapelle. Moi-même, je suis président d’un festival, mais qui est plus généraliste. Alors oui, il y a quelques courts de genre, mais là ça me permet de venir voir ce qui se passe, de voir la température actuelle du genre en France ou dans le monde en termes de courts. Donc oui, très très content !

C.M. : Dans votre position de président de festival, est-ce que vous sentez une différence par rapport à votre position de juré ici ?

G.A. : Non, c’est assez identique en terme de fonctionnement. La seule chose qui change finalement c’est la concentration sur le genre, mais c’est assez identique. Ils mettent 51 films en compétition, nous en avons 50. C’est assez proche. Bon, nous sommes plus anciens, ça fait 37 ans, eux 16 ans, ce qui est déjà énorme.

C.M. : Par rapport à vos activités à côté (ndlr : Guy Astic est président de festival et directeur d’une maison d’éditions), vous qui êtes entourés de « faiseurs », quelle sensibilité pensez-vous pouvoir apporter dans ce jury ?

G.A. : Peut-être plus un regard extérieur au cinéma, même si je suis professeur de cinéma et que je tourne avec des élèves, mais c’est vrai que par rapport à un Pascal Laugier, une Catriona MacColl… Je suis quelqu’un qui regarde énormément de court-métrages, de part ma fonction de président de festival, je suis quelqu’un qui théorise sur le cinéma, peut-être un regard surplombant, et encore… Moi, ce que j’attends d’un film, si je dois le récompenser, c’est pas forcément le film parfait,  celui où on se dit que c’est le film qui est bien fait, un peu poseur, un peu faiseur ; c’est le film qui va s’emparer de quelque chose, d’une thématique, d’une figure, et qui va la pousser jusqu’au bout de manière presque obsessionnelle, et qui va faire un peu bouger les représentations du fantastique. Tout a été dit en matière de fantastique, mais comment ce film va faire bouger cela. Je pense qu’on est assez en phase avec le reste du jury là-dessus.

C.M. : On est cette année sur une thématique très fantastique, avec le fantôme et le rapport au fantastique ; vous vous y retrouvez en tant que spectateur ?

G.A. : J’aime bien cette thématique, comme je le disais hier dans ma conférence, quand on est en rapport avec cette tension entre le visible et l’invisible, entre l’abstraction et la figuration, on est au coeur du cinéma, c’est-à-dire comment le cinéma utilise des moyens audiovisuels pour figurer l’infigurable, pour faire ressentir des états limites, des passages de seuil, des mondes sous le monde… Et moi, j’adore ça ! Parce que le cinéma se met en danger en permanence, doit déployer des modes d’expression qui vont répondre à ça ; et là, on est au coeur.

C.M. : On a vécu dans le genre une décennie de mouvance en France, on a vu des genres revenir sur le devant de la scène, comment vous voyez cela ?

G.A. : C’est très intéressant. Pascal (Laugier, ndlr), Xavier Gens, il y a cette génération, et puis il y cette nouvelle génération, avec une volonté. Il y a les résidences de SoFilm, qui sont des résidences orientées vers le cinéma de genre… Je pense qu’en plus avec le succès actuel des adaptations de Stephen King, on a des blockbusters d’horreurs qui supplantent d’autres blockbusters. C’est une tendance qui va se renforcer… Je suis assez confiant. J’espère qu’aider, faire des commissions, ne va pas formater les tendances. Mais il y a vraiment en ce moment, des forces qui trouvent leurs places.

C.M. : L’essor des nouvelles technologies, de Youtube, peut-il permettre au court-métrage de prendre une place encore plus importante ?

G.A. : Il peut prendre une place plus importante, mais il faut attention à ce que la démocratisation du média, et donc l’accessibilité à tout le monde de faire des films n’engendre pas un flux de films indigents. Nous on a eu 2400 films qui ont été déposés sur notre plateforme pour mon festival, sincèrement, on a des films qui sont ni fait ni à faire. Les gens le font parce que ça coûte rien. C’est à la fois chouette, de la même façon quand le zoom a été inventé à la fin des années 50 et tout de suite les séries B s’en sont emparés, mais il faut en même temps dire aux gens qu’il faut une certaine qualité, une certaine écriture. C’est très chouette qu’il y ait une accessibilité, mais il faut remettre en place une qualité.

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