Give Me Liberty

Give Me Liberty, comédie dramatique américaine de 2019, réalisée par Kirill Mikhanovsky, avec Lauren ‘Lolo’ Spencer, Chris Galust…

Disponible en VOD depuis le 24 octobre 2019.

Synopsis : Vic, malchanceux jeune Américain d’origine russe, conduit un minibus pour personnes handicapées à Milwaukee. Alors que des manifestations éclatent dans la ville, il est déjà très en retard et sur le point d’être licencié. A contrecœur, il accepte cependant de conduire son grand-père sénile et ses vieux amis Russes à des funérailles. En chemin, Vic s’arrête dans un quartier afro-américain pour récupérer Tracy, une femme atteinte de la maladie de Lou Gehrig. C’est alors que la journée de Vic devient joyeusement incontrôlable.

Bien que son sujet soit commun à tant d’autres, c’est par son réalisme revendiqué que Give Me Liberty se distingue des feel-good movies glucosés qui hantent habituellement le cinéma indépendant US. Point d’angélisme ici, Kirill Mikhanovsky filme les laissés-pour-compte avec autant de vérité que de simplicité, puisant notamment dans son expérience personnelle l’authenticité qui fait bien souvent défaut aux fables urbaines actuelles : on est plongé au cœur de Milwaukee, cité peu glamour et rarement mise à l’honneur par le cinéma, pour entrapercevoir ce que l’on suppose être le vrai visage du peuple américain.

Give Me Liberty, Lauren ‘Lolo’ Spencer, Maxim Stoyanov et Chris Galust

L’argument initial, consistant à illustrer le melting-pot américain par un convoi de gueules cassées et de personnalités issues de l’immigration, aurait tout de l’allégorie simpliste si, justement, Kirill Mikhanovsky ne s’était pas placé dans une position de quasi-documentariste. En faisant confiance à des acteurs non professionnels et les filmant avec autant de réalisme que d’empathie, il évite l’écueil du poncif et rend ses différents portraits délicieusement vivants : cohorte brinquebalante et bigarrée, composée d’handicapés moteurs ou mentaux, de vieillards usés ou de jeunes inadaptés, la petite communauté qui prend place dans le van de Vic dégage une énergie résolument vivifiante. C’est la belle idée du film qui consiste à faire de la coalition des handicaps une vraie force collective : si Vic se disperse en tentant de conduire chaque passager à destination, il va grandir et trouver sa voie grâce aux différentes rencontres effectuées.

Mais là où réside le vrai tour de force de Mikhanovsky, c’est dans sa manière de filmer le chaos ou la cacophonie comme une irrésistible source de vie. On n’est pas loin, d’une certaine façon, du cinéma d’Emir Kusturica. Il multiple les ellipses temporelles, dope la frénésie de son récit et fait se superposer différentes pistes sonores (musique, conversations, etc.), afin de provoquer une effervescence potentiellement libératrice. C’est-ce que l’on retrouve à la fin du film lorsque les personnages se retrouvent au cœur d’une émeute urbaine, filmée dans un noir et blanc pour le moins déconcertant. D’une manière générale, c’est à travers sa mise en scène qu’il tente de véhiculer l’idée même de liberté, utilisant les plans-séquence et le montage syncopé pour nous en faire percevoir les contours.

Un procédé certes intéressant mais qui va rapidement s’essouffler, notamment lorsque la gravité va éclipser la légèreté qui prédominait jusqu’alors. Un essoufflement qui semble progressivement gagner l’entièreté du film, tant Mikhanovsky peine à concrétiser ses bonnes dispositions initiales. On regrettera notamment qu’il ne puisse donner une vraie consistance à sa romance, ou qu’il délaisse aussi rapidement la question de l’ubérisation des emplois.

Give Me Liberty, Chris Galust et Lauren ‘Lolo’ Spencer

Film inégal et parfois malhabile, Give Me Liberty mérite notre attention pour le regard qu’il porte sur le handicap et le vivre ensemble, pour cette pulsion de vie qu’il nous permet d’entrapercevoir.


Note

6.5/10

Présenté lors du dernier festival de Cannes, digne représentant du cinéma indépendant US, Give Me Liberty revisite joliment le feel-good movie en sachant être à la fois réaliste et empathique à l’égard des laissés-pour-compte. Un film certes inégal mais qui reste à voir pour la douce folie qu’il engendre. À découvrir dès maintenant en VOD.


Bande-annonce

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