Le Duel #13 : Gladiator

Le Duel est une rubrique en partenariat avec Le Drenche. Chaque vendredi chez eux, et chaque samedi ici, deux rédacteurs de Ciné Maccro confrontent leur avis, positif ou négatif, sur un film !

🎬 Réalisateur : Ridley Scott
🎬 Casting : Russell Crowe, Joaquin Phoenix, Richard Harris…
🎬 Genre : péplum, aventure, drame
🎬 Sortie : 20 juin 2000 (France)

Synopsis : Le général romain Maximus est le plus fidèle soutien de l’empereur Marc Aurèle, qu’il a conduit de victoire en victoire avec une bravoure et un dévouement exemplaires. Jaloux du prestige de Maximus, et plus encore de l’amour que lui voue l’empereur, le fils de Marc Aurèle, Commode, s’arroge brutalement le pouvoir, puis ordonne l’arrestation du général et son exécution. Maximus échappe à ses assassins mais ne peut empêcher le massacre de sa famille. Capturé par un marchand d’esclaves, il devient gladiateur et prépare sa vengeance.


le pour

Antoine C.

Plongée historique pour remontée artistique

Comment relancer une carrière déjà bien fructueuse ? Alors que les années 90 de Ridley Scott, qui avaient pourtant bien commencées, sonnent un peu creuses dans une riche filmographie, c’est au détour du nouveau siècle que l’anglais choisit un projet ambitieux pour revenir sur le devant de la scène : Gladiator.

Pourtant, le choix du péplum a de quoi étonner : les heures de gloire du genre semblaient passées depuis des lustres. Il faudra donc les prouesses plastiques d’un Ridley Scott, dépeignant avec précision les voluptés d’une psyché humaine qu’il ne se tarit pas de questionner, pour offrir à Maximus l’aventure épique qu’il réclamait.

Si le travail de Ridley Scott, on l’a dit, apporte tant de grandeur, c’est que ce dernier a sû remettre au premier plan ce que l’on a trop tendance à oublier dans ce genre de récit : plutôt que de nous dépeindre une immense fresque historique, Scott choisit une approche finalement très humaine, empêchant la glorification du passé de casser la portée lyrique de l’oeuvre. Si l’Empire est immense, notre histoire est ici minuscule ; en s’appuyant sur les performances majestueuses de Russell Crowe et de Joaquin Phoenix, le réalisateur s’offre un récit qui traverse les époques. La brutalité du spectacle se confronte à la poésie de l’émotion, et la longueur de l’oeuvre n’est finalement qu’un moyen de faire monter en nous l’envie de l’affrontement final.Car Gladiator est de la race des grands Scott ; quand le réalisateur offre son talent au service de son film, pour ne pas le transformer en un travail égotique, il nous prouve qu’il est de la race des immenses. Revenu sur le devant de la scène avec ce film aux 5 Oscars gagnés, le réalisateur offre au public un monument majestueux, un nouveau souffle dans le genre si unique du peplum, une oeuvre fleuve en miroir d’une société avide : pas de doute, nous sommes là face à une grande oeuvre de cinéma.


Le contre

Thomas g.

Empire du vide

Hormis le western, peu de genres peuvent se targuer d’un souffle aussi cinématographique que ne le peut le peplum. Un genre dont les plus fameux représentants, de Quo vadis ? à Ben-Hur et Les Dix Commandements, parsèment l’Histoire du cinéma comme autant de grands classiques. Et alors que Ridley Scott, esthète de la science-fiction cinématographique depuis Alien et Blade Runner, a souhaité lui redonner un second souffle à l’orée des années 2000, force est de constater que les plus belles promesses ont souvent caché les plus amères déceptions.

On ne retirera pas à Scott son talent visuel. Homme de publicité, il possède l’instinct artistique permettant de saisir quelle image flattera le mieux la rétine de son spectateur, et quels sont les moyens techniques les plus adéquats. Faisant évoluer Maximus dans une double existence, entre ardente réalité et songe nébuleux, le cinéaste distille une palette visuelle proprement splendide, secondée par la musique d’un Hans Zimmer accompagnant avec justesse cette dichotomie.
Mais Gladiator a tôt fait de prouver les limites du style Scott. De contrepoint à ce travail graphique, l’on ne trouve qu’un scénario abyssalement vide, dont on ne niera pas quelques instants épiques, mais tout du long cousu de fil blanc. D’une durée pachydermique de 2h51 (dans sa version longue), Scott étire son film jusqu’à l’agonie, multipliant les péripéties inutiles, et fait subir à son spectateur le même chemin de croix que son héros. C’est souvent en contenant l’émotion, la pensée, l’action, qu’elle ne s’en retrouve que plus décuplée et donc plus impactante ; mais Gladiator est une esbroufe, une oeuvre faussement grandiloquente, dont le succès, bien que compréhensible, semble être tout au plus une hallucination collective, mais tout du moins une tolérance qui aura rapidement atteint ses limites.

Là où les péplums célèbres qui ont fait la renommée du genre dans les années 60 gagnaient en universalité ce qu’ils perdaient, à juste titre, en complexité, Gladiator ne se sauve que par son travail visuel, proprement impressionnant, mais qui ne fera pas oublier un scénario lacunaire, se vautrant dans des sous-intrigues faussement mélodramatiques, entre complots politiques fumeux et les pérégrinations familiales de Commode qui, malgré un excellent Joaquin Phoenix, manquent clairement de subtilité.

Le style Scott, plus un artisan du visuel que du scénario, a parfois montré ses limites ; Gladiator en est, à son corps défendant, l’un des exemples les plus flagrants, et restera, pour quelques hérétiques, l’impression désagréable d’une peu glorieuse fumisterie.


bande-annonce

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