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Beautiful Boy

Hommage à un grand oublié du public, un film offrant une vision réaliste et bouleversante de la toxicomanie.

Nic Sheff (Timothée Chalamet)
David Sheff (Steve Carell)
© Courtesy of Amazon Studios

🎬 Réalisateur : Félix Van Groeningen (The Broken Circle Breakdown)

🎬 Casting : Timothée Chalamet (Le Roi, Call Me By Your Name), Steve Carell (The Office), Maura Tierney (Urgences)

🎬 Genre : Drame / Biopic

🎬 Sortie : 18 janvier 2018 (Royaume-Uni), 6 février 2019 (France)

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Synopsis : Pour David Sheff, la vie de son fils, Nicolas, un jeune homme billant, sportif, à l’esprit vif et cultivé, était déjà toute tracée : à ses 18 ans, Nic était promis à une prestigieuse carrière universitaire. 
Mais le monde de David s’effondre lorsqu’il réalise que Nic a commencé à toucher à la drogue en secret dès ses 12 ans. De consommateur occasionnel, Nic est devenu accro à l’héroïne et plus rien ne semble possible pour le sortir de sa dépendance.
Réalisant que son fils et devenu avec le temps un parfait étranger, David décide de tout faire pour le sauver. Se confrontant à ses propres limites mais aussi celles de sa famille.

David Sheff : My son is out there somewhere, and I don’t know what he’s doing! I don’t know how to help him!

Karen Barbour : You can’t!

La vie d’un jeune homme défile sous nos yeux et comme son père, nous assistons impuissants à la descente aux Enfers d’un Beautiful Boy. Tiraillé entre secourir son fils Nic et protéger le reste de sa famille, David subit. C’est le combat d’un père pour sauver son fils qui ne veut pas d’aide, chutant un peu plus profondément dans la drogue, la méthamphétamine. Retour sur un film au sujet d’actualité passé trop inaperçu.

Nic Sheff (Timothée Chalamet)
© Courtesy of Amazon Studios

Beautiful Boy traite d’un sujet dit « sensible », souvent méconnu, mal connu et qui fait peur. Félix Van Groeningen délivre ici un film juste et sincère inspiré des mémoires Beautiful Boy de David Sheff et Tweak de Nic Sheff car il ne faut pas l’oublier : ce film est un biopic sur la famille Sheff, une « histoire vraie ». Et vrai est le bon terme pour désigner ce film qui montre la toxicomanie comme elle est et non comme on se l’imagine.

Ce long métrage est qualifié de drame mais il s’agit avant tout d’un film sur l’espérance, l’amour et l’acceptation de soi. C’est un point important à souligner puisque le film s’intitule « Beautiful Boy », un titre qui émane tout l’amour qu’un père peut avoir pour son fils. Ce titre est assez fort : malgré la drogue, malgré les fugues, malgré les engueulades, malgré les difficultés, Nic reste le « merveilleux garçon » de son père.

You don’t like who I am now.

Nic Sheff à son père
Nic Sheff (Timothée Chalamet)
David Sheff (Steve Carell)
Karen Barbour (Maura Tierney)
Daisy Sheff (Oakley Bull)
Jasper Sheff (Christian Convery)
© Courtesy of Amazon Studios
La toxicomanie dans son entièreté

L’axe choisi par le réalisateur et sa prise de position sont les éléments à souligner et qui caractérisent parfaitement ce film. Beautiful Boy est orienté autour de Nic Sheff, le fils addicte mais également autour de David Sheff, le père de famille. Ainsi, le protagoniste principal n’est pas uniquement l’enfant qui se drogue mais également la personne qui le voit se droguer, sa famille. C’est une position nouvelle dans la représentation de la toxicomanie au cinéma : une représentation entière. On voit alors l’addiction aux substances de différents points de vue ; celui dit « classique » et « direct » avec Nic mais aussi d’un point de vue qu’on a tendance à qualifier « d’externe » mais dont ce film nous fait bien comprendre qu’il est totalement « interne » : celui de l’entourage.

En jonglant entre la vie du fils et du père, c’est la globalité de la toxicomanie qu’on découvre et qui nous imprègne. C’est alors une multitude d’émotions qui se mêle et un véritable duel qui se crée. En effet, le spectateur est tiraillé entre les deux personnages, entre les deux possibilités de vivre la toxicomanie. Ainsi, prenant place parfois au cœur de la vie de Nic, nous sommes transportés dans le tourbillon direct de la drogue, voyant ses effets immédiats sur la personne. Mais la force de ce film est dans l’intelligence de montrer le tourbillon indirect de la drogue, et c’est sans doute ce qui marque le plus. Au travers du point de vue de David, nous comprenons l’ampleur et les affects que la toxicomanie peut avoir sur l’entourage d’un addicte.

Nic Sheff (Timothée Chalamet)
David Sheff (Steve Carell)
© Courtesy of Amazon Studios

C’est ce parallèle constant qui modernise la vision de la toxicomanie au cinéma, qui lui offre un souffle nouveau mais qui donne également un regard neuf au spectateur. Félix Van Groeningen semble vouloir éduquer le public à travers Beautiful Boy, cassant non seulement les codes classiques de sa représentation mais également les préjugés trop souvent représentés à l’écran.

There are moments that I look at him, this kid that I raised, who I thought that I knew inside and out, and I wonder who he is.

David Sheff
Beautiful Boy : une claque sociale

Ce film permet d’ouvrir les yeux sur la réalité du monde de la drogue, sur l’identité de ces gens anéantis par la substance et non par la vie. C’est un message fort que le réalisateur tente de faire passer : la toxicomanie est une maladie qui peut toucher tout le monde. L’utilisation des images du passé est alors un outil narratif d’une grande puissance, en plus d’être esthétiquement bien amenée. Félix Van Groeningen joue subtilement sur le grain de l’image pour symboliser le passé, fanant les couleurs comme sur une vieille vidéo venant d’un caméscope. On navigue alors dans le passé, sans couper la continuité du présent mais bel et bien en le nourrissant. Le présent quant à lui offre des images très claires et pleines de verdure, de nature : un cocon propice à l’évolution positive d’un jeune adulte. Ramenant des souvenirs à la surface, on se rend compte que la vie des Sheff est tout à fait banale, qu’il s’agit d’une famille lambda mais c’est également ce parallèle passé/présent qui fait voir le monde différemment.

Nic Sheff (Timothée Chalamet)
© Courtesy of Amazon Studios

Nic Sheff est loin d’être « l’addict type » qui inonde le monde cinématographique. C’était un jeune adolescent, entouré de ses petits frères et sœurs, d’un père et d’une mère aimants, dans une grande maison, près de la mer. Il avait tout pour réussir. Pourtant, il a plongé dans la drogue : un simple ennui de la vie, un besoin d’en découvrir plus, de se découvrir plus. La drogue, alors prise avant tout comme un booster, est devenu un fardeau, un poids, un pas vers la mort. Ce « merveilleux garçon » grandit alors dans un monde qui ne lui était « à priori » pas destiné, loin du chemin qu’on aurait pu imaginer pour lui.

C’est alors une claque sociale qu’on se prend en pleine figure. Il faut effacer cette représentation de la drogue qui ne touche que les minorités, les déprimés, la pauvreté et la précarité. La réalité est tout autre et Beautiful Boy le montre bien : ça peut arriver à tout le monde. Ce n’est pas forcément détectable. Mais ça fait toujours horriblement mal. On porte alors un nouveau regard sur les toxicomanes parce que finalement, ça pourrait être nous, notre fils, notre fille, notre père, notre mère, notre ami(e), notre voisin(e).

I had such grand plans. He’d graduate from college, do something amazing… and now I just want him to not die.

David Sheff
David Sheff (Steve Carell)
© Courtesy of Amazon Studios
David Sheff : nouvelle figure dans le monde de la toxicomanie

Le personnage du père de famille, joué par Steve Carell, incarne l’essence même du renouveau voulu par le réalisateur dans la représentation de la toxicomanie. Il est donc intéressant de s’arrêter un peu sur lui. David Sheff est un personnage complexe, tiraillé. C’est un père qui se veut toujours présent pour son fils, toujours là pour l’aider, inlassablement, il veut sauver Nic. Malheureusement, il est dans une impuissance totale et n’est finalement que spectateur de la descente aux Enfers de son fils. Sa présence alors constante dans le film et auprès de Nic se transforme en absence, en non-existence : il n’est que voyeur. Pourtant, Nic se tourne inlassablement vers son père, le cherche quand lui demande de l’aide. C’est alors que la puissance du personnage prend son envol. David refusera d’aider son fils à chaque fois que celui-ci lui demandera de lui-même, pour protéger sa famille mais aussi pour protéger Nic. C’est alors avec la plus grande force qu’il va rejeter son fils de sa vie. Et malgré tout, il est certain que c’est avec l’amour le plus immense que David ne perd pas espoir à l’idée de retrouver un jour son « Beautiful Boy ».

One day, I woke up in a hospital and someone asks me : What’s your problem ? I said : I’m an alcoholic and an addict… And he said : No, that’s how you’ve been treating your problem.

Nic Sheff
Nic Sheff (Timothée Chalamet)
David Sheff (Steve Carell)
© Courtesy of Amazon Studios
La scène finale : en deux teintes

Cette scène n’est pas en deux teintes car elle offre un ressenti mitigé mais bel et bien parce qu’elle exprime deux sentiments totalement opposés, deux visions qui se confrontent. Tout d’abord, il s’agit d’un plan fixe et large d’extérieur. Le décor est minime, la scène en elle-même est minime et pourtant, tellement puissante. Nic et David sont dans les jardins du centre de désintoxication, assis sur deux chaises en plastique. Aucun des deux ne parlera. Ce décor naturel et clair fait écho poétiquement et subtilement à la maison verdoyante où la famille a vécu de merveilleux souvenirs, un écho à la vie avant toute cette drogue. Mais cette lumière et cette nature sont en réalité très structurées et symboliques. En effet, on remarque que le soleil sépare littéralement le cadre en deux, n’offrant sa luminosité et sa chaleur qu’à une seule partie, l’autre étant totalement dans l’ombre : Nic et David sont dans l’obscurité, à la limite de la luminosité. Ainsi, le message est clair : ils sont toujours dans cette chute vers les Enfers, bien que proches d’en sortir. De plus, ces deux personnages sont plombés par un mur. Il peut y avoir cependant deux interprétations : d’un côté, ce mur, derrière eux, bloque toute possibilité d’aller en arrière et donc de retourner dans ses travers, de replonger dans la drogue. C’est alors un symbole de guérison. De l’autre côté, ce mur est sombre, recouvert de plantes grimpantes sinistres et peut donc s’annoncer comme un mauvais présage, comme une ombre qui plane sur Nic et David. C’est alors un symbole de la rechute. Enfin, étant donné que ce mur bloque une voie, il ne reste à Nic et à David qu’une seule direction : celle de la lumière, de la nature… de l’espérance en somme.

Cette séquence redonne donc espoir, montre le lien père/fils indéfectible qui lie Nic et David mais elle résonne également autrement, avec ce sentiment constant que la rechute n’est pas loin. Un sentiment renforcé lorsque Nic ne peut s’empêcher de pleurer : le combat pour s’en sortir n’est pas terminé et surtout, il s’annonce compliqué.

I need to find a way to fill this black hole in me. I still have a family. I want them to be proud of me.

Nic Sheff

Beautiful Boy est un film vrai, entier, sans préjugé ni tabou et l’implication des acteurs principaux ne fait que renforcer la qualité de cette œuvre cinématographique. Steve Carell et Timothée Chalamet, respectivement David Sheff et Nic Sheff, offre un duo père/fils convaincant. Steve Carell, connu surtout pour son rôle comique dans The Office, montre tout son talent d’acteur dans une performance déchirante et viscérale. Timothée Chalamet, acteur montant de sa génération, prouve encore une fois sa facilité d’adaptation et l’éclectisme de ses rôles. Son investissement dans ce film l’a conduit à perdre du poids et à être entouré d’un médecin pour être sûr de garder une interprétation réaliste et juste.

Nic Sheff (Timothée Chalamet)
David Sheff (Steve Carell)
© Courtesy of Amazon Studios

À noter : lors du défilement des crédits, on peut entendre le personnage de Nic dans un long monologue qui est en réalité l’entièreté du poème Let It Enfold You de Charles Bukowski ; poème qu’il avait précédemment commencé à lire pour gagner l’attention d’une fille de son lycée.

David Sheff : I love you more than everything.

Nic Sheff : Everything.

Note

Note : 8.5 sur 10.

8,5/10

Beautiful Boy est prenant, bouleversant ; entre empathie, douleur, colère et profonde tristesse, Félix Van Groeningen a su représenter à l’écran l’histoire et la vie d’un couple père/fils soudé face à la toxicomanie, emmené par un casting de choix. Il faut s’accrocher pour finir ce film et surtout, surtout, ne pas oublier la boîte de mouchoirs, que ce soit pour les larmes de bonheur ou de tristesse. On ne peut pas en ressortir intact et c’est ce qu’on recherche dans un film comme Beautiful Boy. Une histoire marquante et vraie, à partager sans se freiner.

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