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Bianca

Retour sur Bianca, le quatrième film de Nanni Moretti, un portrait humaniste au coeur des mouvances des années 80.

Bianca

Affiche de Bianca.

🎬 Réalisateur : Nanni Moretti (Journal Intime, Mia Madre)
🎬 Casting : Nanni Moretti, Laura Morante (La tragédie d’un homme ridicule, La Chambre du Fils)…
🎬 Genre : comédie dramatique
🎬 Pays : italien
🎬 Sortie : 1983

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Synopsis : Michele Apicella, professeur de mathématiques, a une curieuse manie : épier de sa terrasse tous ses voisins et les mettre en fiche. Il s’intéresse plus particulièrement à Bianca, adorable professeur de français. Quand une série de meurtres se produit autour de lui, Michele devient le suspect idéal.

Deux ans après son Sogni d’oro qui avait glâné le Grand Prix du Jury à Venise, Nanni Moretti revient avec son quatrième film, Bianca, où il campe le voyeur Michele, tombant amoureux de sa collègue Bianca, alors même que le contexte autour de lui se resserre. Un film charnière dans la filmographie de Moretti, qui va s’affirmer avec Bianca comme un des réalisateurs italiens les plus prometteurs de sa génération. A tort ou à raison ? Tentative de réponse…

C’est un fait connu de tous les adorateurs de Moretti, le réalisateur aime à conter l’Italie par les yeux du personnage qu’il incarne. Bianca ne déroge évidemment pas à cette règle, où Moretti campe Michele, jeune professeur de mathématiques venant d’arriver dans une école novatrice, face à l’âpre rencontre de son nouveau monde. Michele n’y est pas un simple personnage ; le réalisateur s’y métaphorise et par ses yeux, nous présente le théâtre de son univers, tout autour d’une terrasse. Hâpé par le quotidien des gens, Michele ne va avoir de cesse de creuser toujours plus profond dans l’intimité de ces personnages et pour y découvrir, comme pour mieux s’approprier une collectivité dont il s’échappe. Pourtant, l’emphase lyrique de Moretti, si prononcée d’habitude, s’efface peu à peu pour nous faire ressentir un certain malaise, celui d’un personnage en décalage de plus en plus net avec sa réalité, alors que l’étau se resserre sur lui. L’arrivée de Bianca dans la vie de Michele ne va venir qu’accentuer cette sensation : celle d’un duo que tout oppose et qui met en lumière toute la spiritualité que Moretti insuffle à l’oeuvre.

Bianca
Michele à la plage…

Loin de Moretti l’idée de prôner la perversité : comme un réalisateur sublime ses comédiens, la personnalité abjecte de Michele ne nous fait qu’avoir plus d’empathie pour ses personnages ; c’est Bianca dont la vitalité ne semble pouvoir éclore ; ce sont les deux élèves de Michele, tendres par leur innocence infantile ; c’est ce commissaire, dont la tristesse du métier ne le rend que plus humain. C’est de cette humanité que nous questionne le film ; Michele n’est finalement que le biais de Moretti pour mettre en lumière de tout cela. Bianca est une ode à cet amour, à cette humanité qui résonne en chacun de nous, de la pointe de notre chaussure jusq’au plus profond de nos coeurs, si on accepte seulement d’y prêter attention.

Ce point semble d’ailleurs primordial aux yeux de Moretti : dans l’hyperbolisme qui caractérise son style, le réalisateur italien nous montre que nous passons à côté des choses. Distillant au gré des plans de subtiles piques à l’attention du spectateur, Moretti nous demande de faire attention au monde qui nous entoure. Les différences invisibles ne cessent de croître dans une Italie en pleine mouvance au début des années 80, et Moretti alarment sur l’automatisation de nos sentiments, qui nous rend passifs sur nos existences et nous détourne de l’essentiel. C’est là finalement que réside toute la beauté de la scène finale : ayant charmé le spectateur pendant quasiment 1h30, Moretti prend le temps de s’expliquer, révélant les dessous d’un film où la solution était sous nos yeux sans que l’on ne veuille y croire. Nous ne serons plus alors dans l’attente passive d’une solution somme toute évidente : en humanisant le monstre, chose récurrente dans son début de carrière, le réalisateur nous met face à nos propres défauts : la vie est désormais un spectacle où les artifices ne sont que des chimères qui nous détourne de l’essentiel, et Bianca, perfection des valeurs morales de Michele, n’est finalement que plus humaine lorsqu’elle perd son aura idéalisée.

Bianca
Michele et Bianca.

Pour toutes ces choses, Moretti signe une de ses plus grandes œuvres ; ayant enfin acquis l’expérience technique de travailler plus justement ses thématiques, le réalisateur peut créer une vraie histoire à sa portée, sincère par son propos et grande par son éloquence. Bianca est sûrement son premier film dans le style que nous lui connaissons, un film fondateur dans la carrière d’un des plus grands portraitistes de notre monde qui ne cesse de changer. Rien que pour cela, le film mérite d’être vu.


Note

Note : 9 sur 10.

9/10

Oeuvre charnière dans la filmographie de Moretti, Bianca est une grande oeuvre en appelant à notre humanité. Un film à voir par son aboutissement thématique.


2 réponses sur « Bianca »

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