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David Lynch, du pire au meilleur

Peintre, musicien, mais avant tout cinéaste : retour, dans un classement tout à fait subjectif, sur la filmographie de l’artiste David Lynch.

Je ne vois pas pourquoi les gens attendent d’une oeuvre d’art qu’elle veuille dire quelque chose alors qu’ils acceptent que leur vie à eux ne rime à rien.

David Lynch, Libération, 23 mars 1996

Qui peut mieux résumer David Lynch que lui-même ? Réalisateur, scénariste, photographe, peintre, musicien, sculpteur, le natif de Missoula (Montana) est un artiste au plus pur sens du terme. Et dans une carrière protéiforme, 11 films et une série se détachent comme les symboles d’un homme mu par l’amour des Arts. Aujourd’hui, Paul et Thomas se proposent donc de vous faire un classement, subjectif, des oeuvres de la carrière cinématographique, et télévisuelle, de David Lynch !

Notre méthode : Paul et Thomas ont classé les 10 films et 1 série dans l’ordre qu’ils souhaitaient. Un nombre de points arbitraire a ensuite été attribué à chaque place (12pts pour une première place, 10pts pour une deuxième, 9pts pour une troisième, 8pts pour une quatrième, 7pts pour une cinquième, 6pts pour une sixième, 5pts pour une septième, 4pts pour une huitième, 3pts pour une neuvième, 2pts pour une dixième et 1pt pour une onzième). Un classement a ensuite été établi, du film qui a reçu le plus de points à celui qui en a reçu le moins.
Nous avons également décidé, au vu de son importance dans sa carrière, d’inclure la série Twin Peaks dans ce classement, en la considérant comme un tout unique ; hormis cela, nous avons exclu toute autre production artistique de David Lynch, notamment ses courts-métrages.

N°11

Dune (1984)

Grosse machinerie hollywoodienne probablement trop grosse pour un jeune cinéaste aussi confidentiel, Dune demeure probablement le seul raté de la carrière de Lynch. Vaine tentative d’adapter un des plus grands monuments de la science-fiction en à peine 2h20, le long-métrage se perd très vite dans un rythme effréné, enchaînant les péripéties et évinçant ses (trop) nombreux personnages, sans jamais atteindre la substantifique moelle qui faisait la force du texte de Herber. Lynch paraît ici comme un auteur castré, dont les obsessions peinent à s’intégrer dans un objet aussi difforme et boulimique.

Paul

Le voilà. Le faux pas. La sortie de route. L’unique échec d’une carrière splendide. Un échec lui-même reconnu et rejeté par son auteur.

Engagé après l’abandon du légendaire projet avorté Dune par Alejandro Jodorowsky, David Lynch semble complètement dépossédé de ses moyens de cinéaste et d’artiste. Si quelques fulgurances subsistent (notamment la crispante purulence du Baron Harkonnen,), le film ne parvient pas à rendre un hommage suffisant à la complexité du livre.

Et que le passage du temps fut dur pour Dune ! Ses effets spéciaux, complètement dépassés aujourd’hui, ne conservent même pas pour eux la saveur de la nostalgie. Mais peut-on réellement imputer l’échec à Lynch ? Ou plutôt à Dino DeLaurentiis, producteur fantasque qui procéda à d’astronomiques coupes au montage ?

Quoi qu’il en soit, avec l’arrivée prochaine du Dune de Denis Villeneuve, une saine décision s’impose, ainsi que l’a prise Lynch il y a des années : oublier son Dune, cette mortifère blessure d’une carrière quasiment immaculée.

Thomas

N°10

Sailor et Lula (1990)

Bonnie and Clyde à la sauce lynchéenne, Sailot et Lula est une friandise complètement barrée et glamour qui se dévore sans modération. En choisissant une approche plus décomplexée de ses thématiques habituelles, Lynch libère toute la libido récurrente à son œuvre et déploie ainsi un portrait satirique de l’Americana, dans lequel le duo formé par Nicolas Cage et Laura Dern semble uni par un amour véritable qui contraste avec la folie ambiante. Les corps comme les cœurs s’embrasent et se libèrent durant un spectacle pulp et cathartique, qui laisse parfois sur sa faim par son coté unidimensionnel.

Paul

Au sein d’une carrière teintée de fantastique et de fascination pour le cryptique subconscient humain, Sailor et Lula, même s’il est loin de faire tache, reste malheureusement comme une tentative assez ordinaire.

Même si Nicolas Cage se donne (comme d’habitude) à fond, et que Laura Dern n’a jamais été aussi sensuelle et sexuelle, et même si le film se teinte à de brefs moments des atours les plus délicieusement lynchéens, reste la sensation d’un film sommaire, d’un film qui, arrivé entre deux œuvres très personnelles pour leur réalisateur (Blue Velvet et Twin Peaks : Fire Walk With Me), sonne comme une parenthèse, certes agréable, mais loin des coups de génie du démiurge David Lynch.

Au sein d’une filmographie artistiquement sans commune mesure, Sailor et Lula résonne comme une pause artistique d’un Lynch sans doute en quête de sa propre identité. Appréciable, sans être mémorable.

Thomas

N°9

Inland Empire (2006)

Radical, Inland Empire l’est assurément. Sûrement trop, même. Plus de dix ans après sa sortie, le dernier long-métrage de Lynch est toujours un casse-tête à grande échelle. Du haut de ses trois heures assommantes, Inland Empire convie plus que jamais le mal qui rongeait déjà la pellicule des anciens travaux de l’artiste. Que ce soit du choix d’un format numérique plutôt grossier et difficile à appréhender à celui d’une photographie morose, chaque plan semble sous l’emprise des ténèbres, qui vont même jusqu’à investir la narration, plus déconstruite que jamais. Lynch dilate, mélange et complexifie toujours un peu plus les différents récits, dans une approche souvent trop sérieuse et alambiquée qui tend vers l’exercice auto-parodique déconcertant.

Paul

Dernier film en date d’un réalisateur désormais tourné vers le médium télévisuel, Inland Empire, chacun s’en accordera, est l’œuvre la plus âpre et radicale de son auteur.

Avec Inland Empire, le spectateur peut déjà anticiper ce que sera The Return plus de 10 ans plus tard : un éclatement narratif complet, où la logique lynchéenne est la plus claire : ressentir, avant d’intellectualiser. Inland Empire, c’est avant tout la retranscription visuelle d’un inconscient artistique, avec tout ce que cela comporte de bizarreries et d’incompréhension.

Un geste artistique extrême, difficilement appréciable, mais n’en restant pas moins une expérience de cinéma unique, symbole d’un artiste dans tout son vivifiant égocentrisme.

Thomas

N°8

Eraserhead (1977)

Rare sont les premiers longs-métrages qui décontenancent autant que ne le fait Eraserhead. Expérience jusqu’au-boutiste par son choix du noir et blanc, mais aussi par sa quasi-absence de dialogues, le premier film de Lynch fait d’ors et déjà office de lettre d’intention duquel se dégage l’image d’un cinéaste aux ambitions clairement marquées. De son intrigue qui se tient sur un post-it, le jeune auteur livre une œuvre mal-aimable, qui ne prend jamais son spectateur sous son aile, mais le plonge au contraire dans l’horreur de la cellule conjugale. Entre film d’épouvante et thriller psychologique, entre rêve et réalité, Eraserhead est déjà un objet à part, fascinant et étourdissant, traçant déjà la voie pour ce qui suivra.

Paul

En un premier film, David Lynch impose déjà une patte d’auteur, une conception de l’art radicale, du cinéma comme théâtre de toutes les possibilités.

Avec Eraserhead se trouve déjà ce qui sera parmi les essais filmiques les plus radicaux de son auteur. Dans un noir et blanc qui accentue l’âpreté d’un récit déjà étouffant, Lynch déroule le récit d’une industrie déshumanisante, où le corps décharné devient symbole d’une profonde déliquescence.

Œuvre profondément intimiste, Eraserhead est loin d’être le simple délire d’un artiste bêtement provocateur. C’est une vraie œuvre d’auteur, sans détours mais non sans émotion, et une expérience de cinéma bouleversante.

Thomas

N°7

Une Histoire Vraie (1999)

Douce parenthèse au sein d’une filmographie marquée par la folie, Une Histoire Vraie est trop souvent désavoué, du fait de son prétendu classicisme. Road-movie contemplatif, le film paru en 1999 est pourtant un exercice de style audacieux de la part du réalisateur. Par son abstraction des règles narratives habituelles, Lynch choisit non pas de raconter l’évolution d’un personnage, mais va finalement à l’essentiel, en filmant avec bienveillance les somptueux recoins d’un pays qu’il a souvent jugé avec un regard acerbe. Ici, au contraire, pas d’antagonistes, pas de folie omniprésente. Rien que le portrait d’un homme hautement touchant, qui cherche à réparer les erreurs de son passé et que la caméra observe sans jugement aucun. Une approche directe, comme le dit le titre original, qui explore avec candeur les émotions humaines.

Paul

Aussi étrange que cela puisse paraître, Une Histoire Vraie s’avère bien être l’OVNI de la carrière de David Lynch. Coincé entre Lost Highway et Mulholland Drive¸ deux oeuvres radicales de leur auteur, le long-métrage sonne presque comme une pause.

Mais une pause douce, lancinante, dans le voyage d’un agriculteur parti à la recherche de son frère au volant de sa tondeuse à gazon. Outre ce saugrenu moyen de locomotion (qui donne lieu à des séquences aussi drôles que touchantes), le film est un cocon, une œuvre raffinée, la preuve d’un Lynch bien moins prévisible que l’on peut le penser.

Cette introspection, où Lynch se débarrasse de ses apparats narratifs et visuels, et magnifique leçon de vie, se solde comme une œuvre à part dans une filmographie baroque, mais non moins enivrante.

Thomas

N°6

Lost Highway (1997)

Premier volet de la trilogie « Los Angeles », Lost Highway est un objet filmique à l’image de son protagoniste, dans un état schizophrénique constant. En ancrant sa narration dans une approche plus expérimentale et diffuse, Lynch double une existence pour comprendre la façon dont la caméra et le metteur en scène peuvent en dévoiler les névroses, les craintes ou les rêves. Cauchemar sans fin pour son anti-héros comme pour le spectateur, Lost Highway devient très vite une boucle obsessionnel, qui juge constamment la perversité de son audience tout en la poussant à revenir inlassablement vers cette dernière. La route est de fait à l’image du nombre de strates d’interprétation que le film se plaît à construire : infini.

Paul

Arrivé 4 ans avant Mulholland Drive, Lost Highway souffre évidemment de la comparaison stylistique et narrative avec son successeur devenu pour beaucoup l’acmé de son auteur.

Pourtant, Lost Highway est bien plus qu’un simple brouillon de Mulholland Drive. C’est avant tout le point de convergence du glamour (Blue Velvet, Mulholland Drive) et de l’âpreté (Inland Empire, Eraserhead) chers à David Lynch, deux faces d’une même pièce que le cinéaste a souvent rechigné à exprimer dans un même élan.

Offrant à Bill Pullman et Patricia Arquette le rôle de leur vie, Lost Highway est tour à tour sensuel, noir, effrayant, terrassant, étrange, un maelstrom pervers et un labyrinthe narratif sans égal. Son seul tort, finalement, c’est d’avoir tracé le chemin au chef-d’œuvre Mulholland Drive et de souffrir d’une comparaison que le Temps, toujours bon conseiller, saura effacer des trompeuses mémoires.

Thomas

N°5

Elephant Man (1980)

Subtile alliance entre le classicisme hollywoodien et le film d’auteur, Elephant Man pouvait au préalable faire craindre un film à oscars pompeux, qui s’empare d’un sujet dur pour mieux l’édulcorer. Or, le résultat en fut bien différent, car celui-ci est avant tout un film de David Lynch. Plus qu’un simple film de commande pour son auteur, il est surtout l’occasion pour Lynch de livrer une belle lettre d’amour aux « freaks » en tout genre. D’une humanité déroutante, Elephant Man plonge au cœur d’une société plus monstrueuse que ceux qu’elle persécute afin de dresser le portrait profondément touchant d’un être au destin tragique. Sans jamais tomber dans le pathos, Elephant Man prouve que c’est dans l’horreur la plus crue que se trouvent les sentiments les plus purs et bouleversants.

Paul

Trois ans après Eraserhead, à l’austérité glaciale, Elephant Man est une véritable surprise, en ce sens que David Lynch va puiser dans une histoire vraie et terriblement cruelle, qui appelle donc à une grande émotion, rarement aussi prégnante chez un cinéaste pourtant jamais avare en émotions extrêmes et fortes.

Adaptation de la vie de Joseph Merrick, « l’homme éléphant », le film surprend par une forme entièrement linéaire inhabituelle chez le cinéaste, mais n’en reste pas moins un tour de force de son réalisateur. Un Lynch qui vient y scruter les plus noirs tréfonds de l’âme humaine, sa plus vile cruauté, au travers d’une mise en scène inspirée, à commencer par le noir et blanc permettant de sublimes jeux d’ombres, et une inspiration évidente de l’expressionnisme allemand.

I am not an animal ! I am a human being !, pleure Joseph Merrick, privé de son humanité. Et avec lui, c’est le spectateur, bien humain, qui pleure, face au chef-d’oeuvre émotionnel de David Lynch.

Thomas

N°4

Mulholland Drive (2001)

Jeu sur la conscience et la perte de l’identité, Mulholland Drive use au mieux du voile qui sépare rêve et réalité, pour mieux sonder les affres d’une conscience torturée et détruite par le monde du cinéma. Lynch réagit ainsi en pied de nez à tous ses détracteurs et pousse sa narration, déjà critiquée après Lost Highway, vers de nouveaux horizons, doublant ainsi les intrigues pour mieux creuser son duo de protagonistes principales. Le rêve devient plus que jamais pour l’auteur un outil de narration à part entière, qui finit toujours par révéler la réalité au grand jour, malgré l’illusion qui la recouvre.

Paul

Que dire qui n’ait pas déjà été dit sur Mulholland Drive, probablement le film le plus disséqué de ces 20 dernières années ?

Avec ce trip sensoriel dans les méandres d’Hollywood, David Lynch offre ce que beaucoup considèrent comme son film-somme, où, loin de tout prosaïsme, le cinéaste déroule ses expérimentations visuelles et leur enjoint un éclatement narratif galvanisant. Comme une suite logique de Lost Highway, Mulholland Drive déploie une radicalité inédite dans la carrière dans son réalisateur, qui plonge à corps perdu dans un univers de songes propice aux folies artistiques les plus électrisants.

Jamais la Cité des Anges n’avait paru aussi accueillante puis aussi effrayante. Œuvre d’un réalisateur dans sa pleine puissance, Mulholland Drive est à n’en pas douter l’un des piliers cinématographiques du début du XXIème siècle.

Thomas

N°3

Blue Velvet (1986)

Sur la douce musique de Bobby Vinton, l’introduction annonce déjà la facticité des visages qu’ils présentent, dans une micro-société que Lynch se plaira à détruire de l’intérieur. Grand film qui tord les codes du film-noir et qui crée des figures manichéennes pour mieux les contraster par la suite, Blue Velvet reste l’œuvre la plus équilibrée et complète de son auteur. Véritable synthèse avant l’heure, le long-métrage semble déjà préfigurer toutes les thématiques chères à son cinéaste, de son opposition entre bien et mal jusqu’à la la perversité du regard humain. D’une maîtrise déconcertante.

Paul

Si l’on devait conseiller une œuvre de David Lynch à tout néophyte de son style, Blue Velvet serait probablement un des meilleurs conseils.

Sorti en 1986, deux ans après la déchirure artistique que fut Dune, Blue Velvet concentre toutes les obsessions d’un cinéaste en quête de sa verve artistique. Dès la première scène, le ton est donné : plongée dans une banlieue déshumanisante teintée d’étrange et dans les méandres d’une oreille. Chez Lynch, le conscient, le physique, et l’inconscient, le symbolique ne font qu’un, et c’est dans Blue Velvet que cette symbiose, cet art de lier le concret et le cryptique, s’exprime avec autant de brio pour la première fois.

Et le film, accompagné de la sublime bande-son d’Angelo Badalamenti, compère de toujours de Lynch, ne souffre dès lors d’aucune fausse note. De l’émouvant, du terrifiant, du scrabreux : tout le répertoire lynchien (enfin libéré) y passe, pour le plus grand plaisir du spectateur.

Thomas

N°2

Twin Peaks (1990-1991, 2017)

Mêlant soap, teen-movie et épouvante, Twin Peaks est surtout le résultat fabuleux d’une union improbable, qui réussit miraculeusement son numéro d’équilibriste. Au-delà de sa simple galerie de personnages iconiques, elle est une leçon de mise en scène de chaque instant, livrant des morceaux de cinéma gargantuesques, avant-gardistes et appelant des émotions que la télévision n’avaient jamais su atteindre. Même si elle n’aura pas échappé aux griffes mal intentionnées des producteurs, notamment à travers une seconde saison inégale, force est de constater que la série demeure le travail de deux auteurs acharnés, qui aiment plus que quiconque l’univers qu’ils ont bâti de toute pièce. En effet, qui d’autres que Frost et Lynch auraient pu reproduire un tel coup d’éclat 25 ans après ? Car Twin Peaks, plus que n’importe quelle autre série, est un chef d’œuvre qui s’est construit sur le long terme et qui a toujours su renouveler ses fondations, comme l’en témoigne l’exercice phénoménal que fut The Return, s’échappant constamment des codes narratifs et des attentes du public pour créer une machine profondément révolutionnaire et post-moderne. Pas de doutes. Même 30 ans après, Twin Peaks paraît toujours être ce rêve passionné et passionnant, duquel on a du mal à ressortir.

Paul

Qu’il est fort peu aisé de saisir toute l’essence de Twin Peaks ! Une épopée qui s’étale sur presque 30 ans, faisant naviguer l’agent Dale Cooper et les habitants de Twin Peaks dans des périples aussi différents que radicaux, un terrain de jeu narratif et visuel sans égal.

Avec Twin Peaks, David Lynch et Mark Frost disposèrent d’un médium à la hauteur de leurs ambitions artistiques. C’est ainsi que la série éclata complètement les codes de la télévision, devenant au fil du temps une série culte, même si tout le monde s’accordera sur la baisse de niveau de la deuxième moitié de la saison 2.
Quoi qu’il en soit, en moins de deux ans, Twin Peaks était rentrée dans l’histoire de la télévision pour ne plus jamais en ressortir. Une œuvre qui prenait le meilleur de ses deux auteurs (l’univers baroque et cryptique de David Lynch, la stabilité et l’intérêt pour la narration de Mark Frost) pour créer ce qui restera comme le coup d’éclat télévisuel de son temps.

Et que dire de The Return, une saison 3 qui redéfinissait les codes télévisuels comme l’avaient fait les deux premières saisons ? Beaucoup trop pour en saisir exhaustivement la substantifique moelle, tant elle semble hors de son temps.

En (très bref) résumé, Twin Peaks dans son ensemble est une anthologie démente, une révolution télévisuelle qui ne s’est jamais soumise aux codes de son médium. Et une œuvre artistiquement trop importante pour qu’elle puisse être oubliée dans un classement consacré à Lynch.
Car entrer dans Twin Peaks, aux risques et périls du spectateur, c’est aussi avoir envie de ne plus jamais en ressortir.

Thomas

N°1

Twin Peaks : Fire Walk With Me (1992)

Ni véritable suite , ni véritable prequel, Fire Walk with Me est une œuvre indescriptible. En donnant autant de réponses que de nouvelles questions, Lynch prend le risque de désemparer le spectateur lambda comme le fan le plus inconditionnel de la série originelle. Et pourtant, c’est de cette même étrangeté que naît un chef d’œuvre. Jamais son auteur n’a poussé le vice aussi loin en mettant en avant toutes les pulsions sexuelles et meurtrières, au cours d’une orgie cauchemardesque et éreintante, qui convoque perpétuellement tous nos sens. Cette horreur crue, indéfectible peut ainsi aisément laisser de côté, mais c’est justement grâce à elle que Twin Peaks : Fire Walk with Me devient un immense long-métrage déroutant, radical et inimitable.

Paul

C’est de l’obscurité la plus totale que jaillit parfois la lumière la plus étincelante. Et si, finalement, Twin Peaks : Fire Walk With Me n’était pas parmi les œuvres les plus lumineuses de son auteur ?

Et pourtant, quel accouchement difficile ! Arrivé après une saison 2 de Twin Peaks qui avait sombré dans une dégradante inertie (avant la résurrection de sa dernière partie), le film pousse les curseurs à leur paroxysme : d’une sensualité débordante et d’une noirceur extrême, Fire Walk With Me est un coup de poing vengeur du maître Lynch, son œuvre la plus désespérée, la plus sombre, mais, paradoxalement, une des plus remplies d’espoir.

Une œuvre complètement radicale, loin d’avoir satisfait les fans de Twin Peaks ou de David Lynch, mais qui reste un coup de génie sans équivalent dans sa carrière, offrant à Laura Palmer et Sheryl Lee un écrin unique pour un immense coup d’éclat, probablement le plus nihiliste, mais aussi le plus beau, de la carrière de David Lynch.

Thomas

Pour information, voici les classements personnels de Paul et Thomas, qui ont élaboré ce top :

Paul Thomas
1. Twin Peaks 1. Twin Peaks: Fire Walk with Me
2. Twin Peaks : Fire Walk With Me2. Blue Velvet
3. Blue Velvet 3. Mulholland Drive
4. Lost Highway4. Elephant Man
5. Mulholland Drive 5. Twin Peaks
6. Elephant Man 6. Une Histoire Vraie
7. Eraserhead7. Lost Highway
8. Une Histoire Vraie8. Inland Empire
9. Sailor et Lula 9. Eraserhead
10. Inland Empire10. Sailor et Lula
11. Dune11. Dune

Et vous, quel serait votre classement des films de David Lynch ? N’hésitez pas à nous en faire part en commentaire ?

Une réponse sur « David Lynch, du pire au meilleur »

Classement intéressant quand on sait que twin peaks le film a vraiment reçu un accueil hyper froid à Cannes à sa sortie de la part des critiques (c’est drôle de les relire après coup, l’effet Lynch est rétroactif, il sait être apprécié avec le temps qui passe et peu dans l’immédiat car reçu trop frontalement et au premier degré) et n’a reçu aucun prix lors de la compétition. Mon classement s’attache surtout à l’attrait pour les recherches esthétiques visuelles et sensitives de Lynch aussi je mets à part lost highway et mulholland drive qui a mon sens forme un couple comme la brune et la blonde patricia arquette et les 2 actrices de MDrive, lost highway etant la partie brune et Mdrive la blonde lumineuse mais je trouve le premier plus abouti et original d’un point de vue artistique avec des references picturales fortes a bacon, hooper etc Lynch allant lui même jusqu designé les meubles de la maison qui etait aussi il me semble sa propre maison à l’époque. alors en 2020 je mets lost highway et twin peaks le film sur le podium #1 ex aequo en 2 inland empire 3 blue velvet 4 eraserhead 5 sailor and lula 6 Mulholland drive … twin peaks la serie première saison est à part mais en effet magique bien qu inégale car peu d’épisodes ont été tourné par Lynch lui-même. je n’ai toujours pas vu les premiers épisodes de la serie inachevée On the air hélas.

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