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Dune

David Lynch aux commandes d’une adaptation maudite…

🎬 Réalisateur : David Lynch 

🎬 Casting: Kyle MacLachlan (Twin Peaks), Sting, Virginia Madsen, Patrick Stewart (X-Men) … 

🎬 Genres : Fantastique/science-fiction 

🎬 Pays : États-Unis  

🎬 Sortie : 6 février 1985 

Synopsis : L’ Empereur Shaddam IV règne sur l’univers. Se sentant menacé par le pouvoir mystérieux des Atréides, il extermine sur la planète Dune ce peuple fier et valeureux. Paul, héritier des Atréides, échappe au massacre.

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En 1965, Franck Herbert publie le roman de science-fiction Dune, premier de ce que l’on nommera le « cycle Dune ». Dès l’année suivante, l’auteur remporte le prix Hugo du meilleur ouvrage de science-fiction et Nebula pour le meilleur roman, propulsant l’œuvre sur le devant de la scène. L’univers complexe n’échappe pas aux artistes, notamment dans le monde du cinéma. Alejandro Jodorowsky se lancera le premier dans l’adaptation du roman, un projet ambitieux qui ne verra jamais le jour, suivi du réalisateur Ridley Scott, un autre échec. Ainsi, en 1984, David Lynch propose la première adaptation du roman sur les écrans. Bien que cinéaste influent de son époque, David Lynch subit le rejet du long métrage dès sa sortie. Les critiques tout comme les spectateurs sont unanimes : Dune est un échec. Une non-réussite commerciale que le cinéaste accepte totalement allant même jusqu’à vouloir retirer son nom du générique, se sentant brimé par les producteurs le forçant à réduire son montage de quatre heures en un format adaptable aux écrans. Aujourd’hui, le film conserve son image de raté face à d’autres qui le considère comme un « classique » des années 1980. Alors la proposition filmique de David Lynch est-elle si mauvaise ?  En outre, la sortie prochaine de l’adaptation par Denis Villeneuve (Blade Runner 2049, Premier contact) pose question. Pourra-il être mené à terme ? Si c’est le cas, fonctionnera-t-il, tant sur le plan cinématographique qu’auprès du public ? L’adaptation de ce roman représenterait-il une malédiction inévitable ? Cette critique s’attache au film de David Lynch en lui-même, dans sa construction et ses particularités, sans prétention de connaissance parfaite du cinéma du réalisateur ou des romans de Franck Herbert. 

La question de l’adaptation est un point essentiel, sur lequel il faut se pencher pour aborder le cas concret de Dune. En effet, adapter un roman n’est pas le même exercice pour un réalisateur que mettre en scène un film se basant sur un scénario. Ce dernier est un outil écrit et pensé pour le cinéma, qui est prêt à être mis en place par le cinéaste. Dans le cas de l’adaptation, la créativité du réalisateur est multipliée par deux puisque l’artiste doit s’emparer de l’œuvre dans son entièreté, pour décider ce qui est potentiellement cinématographique. Nul n’est sans savoir que l’écriture d’un roman multiplie les détails tandis que le scénario se base uniquement sur l’action. C’est dans cette sélection subjective qu’une peur de trahir l’œuvre originale peut naître dans l’esprit du réalisateur. La peur de faire des non-sens ou supprimer ce qui n’aurait pas dû l’être, sentiment qui peut être encore plus accentué au travers de l’univers proposé par Franck Herbert. Le romancier établit un nouveau système planétaire, aux noms complètements lointains de notre connaissance commune : Arrakis, Atréides, Harkonnens…  

 © Universal Pictures 
Dune
Ver géant dans le film Dune (1984) de David Lynch

David Lynch, véritable caméléon du cinéma, propose une adaptation originale de Dune, à la lumière de ses procédés cinématographiques notables, et cela dès la scène d’introduction. Le film s’ouvre sur un ciel étoilé aux sons d’ambiances produisant immédiatement une immersion dans cet univers futuriste. La première difficulté émerge : comment parvenir à résumer l’entièreté d’un univers fictif à des spectateurs ignorant potentiellement l’existence du roman d’origine ? Le réalisateur aurait pu se contenter d’un écran défilant, comme dans Stars Wars, pour faire comprendre le contexte de l’histoire présentée, chose qu’il écarte au profit d’un personnage narrateur. Un dézoom fait se dessiner le corps d’une jeune femme venant se placer sur l’arrière-plan étoilé, action semblable aux fondus enchaînés du cinéma de David Lynch. Bien que la crainte soit balayée, le personnage féminin souligne son existence dès sa première phrase « Un commencement est un moment très délicat ». Par l’utilisation du regard caméra et de l’impératif, le spectateur se sent immédiatement concerné, pour devenir attentif à tous les éléments clés donnés par ce personnage narrateur. Ces explications se concrétisent par l’utilisation de schémas, qui permettent de visualiser, pour les esprits plus matériels, accompagné de la voix off qui sera présente tout au long du film. Le spectateur peut alors entrer directement dans le cœur de l’histoire, pour découvrir les tenants et aboutissants de ces enjeux. 

Le réalisateur offre une mise en scène futuriste bien que semblable, en certains points, avec des composants appartenant à notre monde. Tout d’abord, le décor se découpe dans plusieurs lieux comme les salles ou chambres impériales déstructurées, en or, uniques mais assez ressemblantes à nos châteaux de l’époque. A cela s’ajoute le désert ou grottes, limitant leur placement dans un espace-temps. Ces lieux connus des spectateurs se confrontent déjà aux vaisseaux spatiaux, purement futuristes. Cette scission se confirme avec les costumes des personnages. J’entends par là les tenues royales des hommes semblables aux costumes napoléoniens ou russes, les tenues des femmes presque jumelles des robes de la Renaissance ou encore l’apparence des « sorcières » qui rappellent les Moires de la mythologie grecque. Des tenues qui soufflent aux spectateurs un effet de déjà vu, brisé une fois encore par les accoutrements futuristes visibles notamment sur Arrakis. Par ces éléments de décors et de costumes, David Lynch propose un premier pas vers le futur, tout en conservant l’aspect miroir. Ce temps est loin de nous mais nous ressemble par certains niveaux. 

 © Universal Pictures 
Dune
Guerney Halleck (Patrick Stewart), Paul Atréides (Kyle MacLachlan) & Wellington Yueh (Dean Stockwell)

Cependant, Dune se détache de cette image par les accessoires utilisés et les effets spéciaux. Le réalisateur nous fait entrer complètement dans le futur par l’utilisation d’outils comme la carte dite des « ordinateurs humains », le mannequin contre lequel se bat Paul (Kyle MacLachlan) ou encore la boîte aux souffrances de Gaius Helen Mohiam. Ces exemples visent à prouver que Lynch use des inventions créées par le romancier Franck Herbert en se permettant de leur donner une existence. Ces créations matérielles permettent de donner de la crédibilité à cet univers, pour mieux le cerner. Un procédé réutilisé au niveau des effets spéciaux : comment oublier la scène de combat entre Paul et son instructeur, recouvert de « boucliers », les faisant ressembler à des personnages du jeu vidéo Minecraft ? Le réalisateur emploie des procédés novateurs pour marquer les esprits tout en renforçant la crédibilité du monde proposé. Lynch fait ainsi donc preuve de créativité au service du film. En revanche, il ajoute sa touche personnelle dans la mise en scène : le répugnant. Les personnages des Harkonnens, bien qu’immondes moralement sont représentés aussi affreusement par leur physique. Je pense notamment au Baron, avec des pustules bourgeonnant sur le visage qui force le détour du regard. Une sensation qui se ressent également avec l’arrivée de la créature en « bocal » au début du film. Cette dimension organique fournie par le réalisateur est un véritable parti pris qui peut expliquer les écarts de réactions entre les spectateurs. En effet, l’imaginaire des lecteurs du roman, ayant créés leur propre représentation de l’univers, peut être ébranlé par les choix scéniques fait par le réalisateur. Des choix qui ne choquent sûrement pas les fans du cinéma de Lynch, habitués à ses procédés. 

Que l’on soit d’un côté ou de l’autre, il faut admettre que le film de Lynch devient parfois maladroit ce qui pourrait favoriser le rejet du projet par les spectateurs. Les problèmes de montage rencontrés se ressentent sur de nombreux points, créant des raccourcis et des scènes insignifiantes. En effet, la tension constante se brise par la présence de voix off en répétitions qui fait entrer le spectateur dans les pensées des personnages. Par moment, ces voix font comprendre que des scènes furent coupées comme ajoutées pour combler des manques d’informations. Cette précipitation des événements aboutit alors à une fin qui paraît bâclée tout comme le combat tant attendu entre le personnage interprété par Sting et Paul, le personnage principal., aux techniques de jeu ressemblant trop à la discipline du théâtre, à l’exagération polluante (comme les scènes de rêves). Un sentiment d’inachevé et de rapidité se confirme par la multiplicité de personnages mentionnés mais qui disparaissent aussitôt. Bien que l’introduction présente l’univers entier, aucune empathie ne naît envers tous ces personnages, trop nombreux. Ces derniers arguments s’expliquent par une mauvaise sélection des éléments du roman, sûrement révélatrice d’une certaine gourmandise de la part du réalisateur. Par moment, Dune copie-colle le roman, rendant le film trop long et à d’autres moments, trop court. 

 © Universal Pictures 
Dune

Ainsi, le film de David Lynch propose une mise en scène intéressante, que le montage vient détruire. L’attachement trop profond au roman produit un effet de distance entre spectateur et cet univers si bien mis en place auparavant. Ce travail, avec ses bons et mauvais côtés, fait comprendre l’avis du public encore aujourd’hui mitigé. Le prochain film de Denis Villeneuve, riche de ces erreurs, a toutes ses chances de réussite. Reste à espérer qu’il parviendra à rompre la malédiction de l’adaptation des romans de Franck Herbert. 

NOTE

6,5/10

Note : 6.5 sur 10.

David Lynch, avec son adaptation de Dune, séduit par la mise en scène de l’univers du roman éponyme ainsi que par sa bande originale. Cependant, les maladresses émanant principalement du montage,entachent la conception singulière du réalisateur. Le spectateur se détache des événements, parfois trop nombreux en informations, et ne possède aucune empathie pour les personnages.

2 réponses sur « Dune »

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