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Dune : L’origine d’un monde

Roman légendaire ayant traversé les décennies, Dune reste une oeuvre à part dans l’histoire de la science-fiction. Retour sur les différents projets d’adaptation au cinéma à travers un film mythique mais jamais tourné, une tentative décriée et des attentes immenses.

Avant la nouvelle tentative d’adaptation de Dune, légendaire roman de science-fiction de Franck Herbert, par Denis Villeneuve en fin d’année, retour sur l’histoire d’une œuvre ayant traversé les décennies et les difficultés.

Un roman légendaire

Couverture française de DUNE
© Pocket

Auteur et parution

L’histoire de Dune démarre aux Etats-Unis dans les années 60. Après six ans de recherches et d’écriture, Franck Herbert, âgé alors de 43 ans, publie son chef-d’œuvre dans le magazine Analog. La parution se fait en deux parties, respectivement en 1963 et 1965. L’auteur cherche ensuite à publier son récit sous la forme d’un roman, il se heurte à de nombreux refus avant qu’une petite maison d’édition de Philadelphie n’accepte, lui versant une avance de seulement 7 500 dollars.

Dune devient un livre à part, traitant d’une multitude de sujets tels que l’écologie, la théologie, la politique et l’avenir de l’humanité. Le roman est un succès critique, remportant le prestigieux prix Nebula en 1965, et le prix Hugo en 1966. Par la suite, Franck Herbert écrira cinq autres romans reprenant l’univers de Dune et formant le cycle de Dune. A ce jour, seul le premier livre a été l’objet d’une adaptation au cinéma.

L’histoire

L’histoire de Dune a pour personnage principal Paul Atréides, fils du Duc Leto. Ce dernier se voit confier la régence de la planète Arrakis, monde aride surnommé Dune, occupant une place centrale dans la géopolitique de l’univers, car il s’agit du seul endroit où est extraite la substance permettant de replier l’espace pour se déplacer dans la galaxie : l’Epice. Victime d’une machination orchestrée par une famille rivale, les Harkonnen, Paul doit fuir avec sa mère dans le désert auprès des Fremens, peuple mystérieux qui prédit l’arrivée d’un messie qui transformera Arrakis.

Une première tentative : Jodorowsky’s Dune

Concept art créé pour le film.

Attaquons-nous au cœur du sujet : les adaptations (ou tentatives d’adaptations) de Dune au cinéma. Tout juste auréolé des succès de El Topo et de La montagne sacrée, Alejandro Jodorowsky, réalisateur franco-chilien adepte du symbolisme et du mysticisme cherche, en 1973, à réaliser son prochain film. Le producteur français Michel Seydoux propose de le financer et lui laisse une liberté totale sur le thème abordé. Jodorowsky ne laisse pas passer cette occasion et décide de se lancer à l’assaut du défi que représente l’adaptation de Dune.

L’équipe technique

Les studios hollywoodiens détenant les droits d’adaptation les revendent au duo sans opposition, le roman semble à l’époque inadaptable sur grand écran. Jodorowsky se lance ensuite dans la quête de ce qu’il appelle ses « guerriers » pour composer l’équipe qui donnera vie au projet. Il recrute le célèbre auteur français de bande dessinée Moebius, l’illustrateur de romans de science-fiction Chris Ross et l’artiste H.R. Giger pour composer l’univers visuel du film, Dan O’Bannon est engagé pour créer les effets spéciaux.

Alejandro Jodorowsky (à gauche) et Michel Seydoux (à droite) avec un acteur en tenue Harkonenn.

Pendant que l’équipe s’active à donner vie au scénario de Jodorowsky à travers des milliers de dessins (storybords, concepts, dessins préparatoires), le chilien s’occupe de trouver le casting de son film. Pour occuper le rôle principal, Paul Atréides, Alejandro Jodorowsky souhaite un acteur qu’il pourra diriger à la perfection et pouvant insuffler toutes ses idées à travers son personnage. Qui de mieux que Brontis ? le propre fils d’Alejandro, âgé de 11 ans au début de la préparation du projet. Le jeune homme est alors entraîné aux arts martiaux pendant les deux années suivantes, pratiquant de multiples formes de combats tous les jours durant plusieurs heures.

Le casting

Bien qu’ayant privilégié son fils pour le rôle principal, Jodorowsky souhaite s’entourer de stars d’Hollywood, ainsi il parvient à convaincre Orson Welles d’intégrer le casting pour jouer le rôle de l’antagoniste principal : le baron Vladimir Harkonnen. L’acteur légendaire de Citizen Kane ou de La soif du mal est convaincu lorsque le réalisateur lui propose d’engager le cuisinier de son restaurant parisien favori sur le tournage.

Jamais à court de méthodes originales pour former son casting, Jodorowsky approche Salvador Dali pour interpréter le rôle de l’empereur galactique. L’artiste espagnol réclame pour sa participation de devenir l’acteur le mieux payé d’Hollywood, demandant un salaire de 100 000 dollars de l’heure. Jodorowsky et Seydoux résolvent le problème en payant Dali 100 000 dollars à la « minute utile », son temps à l’écran étant compris entre 3 et 5 minutes… D’autres immenses noms rejoignent le casting : David Carradine, Mick Jagger, Alain Delon et Charlotte Rampling acceptent tous de faire partie de l’aventure. Ultime tour de force, Jodorowsky convainc Pink Floyd de composer une partie de la bande originale du film.

Concept art du palais d’Arrakis dessiné par Moebius.

Fin d’un rêve et héritage éternel

Malheureusement le conte de fées s’arrête en 1975. Le budget du film s’élève alors à 15 millions de dollars, la production française en rassemble 10 et se tourne vers les studios américains qui refusent les uns après les autres. Tous prennent peur face à la durée du film, Jodorowsky prévoyant une version d’environ 10 heures, et face à l’excentricité de son réalisateur. Le projet est alors abandonné, plongeant le réalisateur dans une immense détresse tout comme ses « guerriers », Dan O’Bannon reste même quelques temps en maison de repos, tant l’échec du projet l’a bouleversé. Cependant il profite de ce repos forcé pour écrire le scénario de… Alien, film dans lequel le design du xénomorphe est créé par H.R. Giger.

Malgré sa non-existence, le Dune de Jodorowsky a métamorphosé le paysage de la science-fiction au cinéma, une grande partie de l’équipe travaillera sur Alien, ce « non-film » sera une inspiration majeure pour des œuvres telles que Blade Runner voire même Star Wars sorti deux ans après l’abandon du projet, devenant le fer de lance des films de science-fiction à grand spectacle aux Etats-Unis, au dépend de Dune.

Création de H.R. Giger pour DUNE. On y retrouve la forme du futur xénomorphe.

Ce projet d’adaptation titanesque est raconté dans l’excellent documentaire Jodorowsky’s Dune, réalisé en 2013, contenant des interviews de Jodorowsky, Seydoux et de la plupart des artistes impliqués.

Le Dune de David Lynch, la copie honteuse ?

Affiche du DUNE de David Lynch
© Universal Studios

Un nouveau départ

Suite à l’échec de Jodorowsky, le producteur italien Dino De Laurentiis rachète les droits d’adapation de Dune. Un nouveau chapitre de l’histoire du roman s’ouvre alors, et cette nouvelle étape commence par un retour aux sources. Franck Herbert se charge lui-même d’écrire le scénario du film en 1978, accouchant d’un script d’environ trois heures. Ridley Scott est alors sensé se charger de l’adaptation, mais son frère aîné décède peu de temps après, il souhaite alors tourner le plus tôt possible pour noyer son chagrin. Face à des délais trop longs à son goûts il abandonne le projet et s’en va tourner… Blade Runner !

En 1981, la fille de Dino De Laurentiis, Raffaella, engage David Lynch pour réaliser le film. Le cinéaste américain avait déjà marqué les esprits avec Eraserhead et Elephant Man, il signe le scénario pour ses premiers pas dans l’univers de la science-fiction. Il choisit pour incarner les rôles principaux Kyle MacLachlan, Sean Young, Francesca Annis et Sting. La production est cependant gangrénée par des dissentions entre Lynch et De Laurentiis, le réalisateur se plaint du manque de contrôle artistique dont il dispose. 

Sortie du film et accueil

Le film sort en 1984 dans une version d’environ deux heures, le premier montage de Lynch approchait les quatre heures, puis une version réduite de trois heures fut proposée, sans que cela fasse changer d’avis le producteur italien. Ce dernier réduit le film au minimum, pour cela il fait retourner certaines scènes et ajouter une voix off et une introduction explicative par l’un des personnages. Dégouté par les méthodes de De Laurentiis, Lynch désavoue son film, déclarant qu’il s’agissait de la pire expérience de sa carrière. Le réalisateur allant même jusqu’à prendre le pseudonyme de « Alan Smithee », utilisé par certains réalisateurs pour ne pas être associés à un film, dans certaines versions du montage.

Kyle Maclachlan interprétant Paul Atréides.
© Universal Studios

Le film est un échec sur le plan critique et commercial. Les amoureux du roman lui reprochant de n’effleurer que la surface des thématiques de l’œuvre de Herbert, tandis que les néophytes pointent du doigt sa complexité. Le film demeure aujourd’hui encore un sujet de discorde, catastrophe absolue pour certains, chef-d’œuvre incompris pour d’autres.

Un film qui divise

Malgré toutes les critiques, Dune de David Lynch possède des qualités certaines. La bande originale du film, signée par le groupe Toto, est grandiose et sublime à merveille tant les paysages désertiques que toute la mystique de cet univers. Kyle MacLachlan offre une grande performance pour ce qui constitue le premier rôle de sa carrière, se plaçant tout à fait au niveau d’un casting de grand talent. Une qualité du film dont le mérite revient entièrement à David Lynch est le traitement des antagonistes, les Harkonenn. Le réalisateur rend cette famille diabolique au possible, d’une cruauté perverse et d’un machiavélisme visuellement frappant. Lynch nous livre de grands antagonistes de science-fiction.

Paul affrontant Feyd-Rautha Harkonenn (joué par Sting).
© Universal Studios

Cependant, de nombreuses limites contrebalancent ces qualités. Premièrement, les effets spéciaux, datant pourtant d’un an après Le Retour du Jedi, ont terriblement vieilli. La narration de la deuxième heure du film est illisible dû aux coupes imposées par De Laurentiis. Enfin, de nombreux concepts demeurent obscurs, notamment sur le rôle de messie de Paul. De même, le développement de certains personnages secondaires laisse réellement à désirer en comparaison du roman. Mais malgré ces défauts, il est important de donner une chance à ce film, qui porte une ambition immense et peut constituer une porte d’entrée dans cet univers complexe avant son retour sur grand écran.

Denis Villeneuve, un nouvel espoir ?

Timothée Chalamet et Rebecca Ferguson.
© Warner Bros. Pictures and Legendary

Genèse du projet

C’est en février 2017 que la nouvelle tombe : Denis Villeneuve va réaliser une nouvelle adaptation de Dune au cinéma. De plus, il signe le scénario en collaboration avec Eric Roth (Forrest Gump, L’étrange histoire de Benjamin Button). Le cinéaste québécois, conscient des erreurs commises par Jodorowsky et Lynch. Il souhaite travailler sur un projet d’adaptation en deux volets, condition acceptée par Legendary Pictures.

Une dream team

A l’été 2018 Villeneuve confirme que le rôle de Paul Atréides sera tenu par l’acteur franco-américain Timothée Chalamet. Le rôle de sa mère, Dame Jessica, est confié à Rebecca Ferguson. La distribution se complète peu à peu jusqu’à former un casting cinq étoiles. On retrouvera également à l’écran Stellan Skarsgard, interprétant le baron Harkonnen, Oscar Isaac dans le rôle du Duc Leto. Mais également Charlotte Rampling, Javier Bardem, Jason Momoa, Dave Bautista, Josh Brolin et enfin Zendaya. Outre cette distribution de luxe, Denis Villeneuve s’entoure de Hans Zimmer pour composer la bande originale, du monteur Joe Walker avec qui il a travaillé sur Premier Contact et Blade Runner 2049, et, n’ayant pas pu convaincre Roger Deakins, il engage Greig Fraser (Rogue One : A Star Wars Story) en tant que directeur de la photographie.

Denis Villeneuve (à gauche) et Javier Bardem (à droite) durant le tournage en Jordanie.
© Warner Bros. Pictures and Legendary

Tourné en grande partie en Hongrie et en Jordanie, le film devrait bénéficier de reshoots dans le courant du mois d’août. Il devrait arriver, sauf report, dans les salles obscures le 23 décembre 2020 en France. Les fans, n’ayant eu que quelques photos promotionnelles à se mettre sous la dent, attendent impatiemment la bande-annonce qui ne saurait plus tarder.

Au vu de son réalisateur et de son casting de rêve, Dune de Denis Villeneuve attise légitimement les attentes et sera attendu au tournant. L’œuvre de Franck Herbert trouvera-t-elle enfin une adaptation grandiose au cinéma, ou restera-t-elle enfermée dans une réputation de roman légendaire et inadaptable ? Réponse le 23 décembre prochain.

Conclusion

On a donc pu le constater, de par son histoire Dune est une oeuvre à part. Unanimement reconnu comme un chef-d’oeuvre de la littérature de science-fiction, le roman de Franck Herbert n’a malheureusement, pour l’heure, pas connu un succès franc au cinéma. La tentative de Jodorowsky reste une utopie formidable pour nombre de fans du livre, le film de Lynch, bien que décrié, a su devenir une oeuvre culte. Tous les regards sont à présent tournés vers Denis Villeneuve, dans l’espoir qu’il soit celui destiné à nous offrir enfin l’adaptation de Dune qui saura rassembler les amoureux de l’oeuvre.

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