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Gros plan sur les films de Céline Sciamma

Depuis plusieurs années, Céline Sciamma s’est imposée dans le paysage du cinéma français, avec son style, ses idées novatrices et ses portraits de femmes ou de jeunes filles représentées sans aucun cliché. En 13 ans, elle écrit et réalise quatre longs-métrages et pose son regard sur de nombreux sujets, tels que la place des femmes dans notre société et celle d’autrefois, la notion du genre mais également la question du désir chez les adolescentes. Je vous propose donc de revenir sur la filmographie de cette talentueuse réalisatrice et scénariste Française. 

NAISSANCE DES PIEUVRES:

Naissance des pieuvres : Affiche Adèle Haenel, Pauline Acquart
©Haut et Court

Élève à la Fémis, l’une des écoles de cinéma les plus prestigieuses de France, Céline Sciamma utilise son scénario de fin d’études et se lance alors dans la réalisation de son premier long-métrage. Pour ce premier film, la jeune réalisatrice fait preuve d’une grande ambition. Naissance des Pieuvres, sorti en 2007, aborde le sujet de l’éveil du désir et l’affirmation de la féminité chez trois adolescentes très différentes, Anne (Louise Blachère), Marie (Pauline Acquart) et Floriane (Adèle Haenel). Les actrices font preuve d’une grande sensibilité et de beaucoup de maturité. Dans ce film, nous pouvons constater l’absence d’une autorité parentale, car la réalisatrice nous plonge dans les non-dits de l’adolescence et décide de porter son regard seulement sur ces jeunes filles, pour que le spectateur entre dans l’univers de ces adolescentes, en quête de découvertes. Malgré un rythme assez lent tout au long de l’histoire, Naissance des Pieuvres est un film vivant avec un scénario bien construit et qui s’est avéré être très prometteur pour la suite de la carrière de cette réalisatrice.

TOMBOY:

Tomboy : Affiche Zoé Héran
©Pyramide Distribution

Tomboy, sorti en 2011, est son deuxième long-métrage. Dans ce film, Céline Sciamma questionne la notion du genre et de l’identité. L’actrice principale (Zoé Héran) joue le rôle d’une petite fille qui se fait passer pour un garçon. Pour ses proches, elle se prénomme Laure, alors qu’auprès de ses amis, elle s’appelle Michaël. La réalisatrice met en scène avec sincérité, l’innocence des enfants, et plus particulièrement celle de Laure et de sa sœur, qui prennent cette situation pour un jeu mais ne mesurent pas les répercussions de celui-ci. Dans le film, la mise en scène et les décors jouent un rôle important. Tout d’abord, les enfants étant les personnages principaux du film, Céline Sciamma a décidé de placer sa caméra à hauteur de ces-derniers et non des adultes. Ensuite, les scènes d’extérieur contrastent avec celles d’intérieur. Laure est rattachée à son appartement, alors que Michaël, s’épanouit dehors. La réalisatrice a donc réussi à traiter ce sujet avec justesse et a fait de Tomboy, un film d’une vive sensibilité qu’il faut absolument voir ou revoir. 

BANDE DE FILLES:

Bande de filles : Affiche
©Pyramide Distribution

Bande de Filles, sorti en 2014, est son troisième long-métrage. Dans ce film, tourné dans une banlieue parisienne et découpé en cinq actes, elle aborde encore une fois le thème de l’adolescence. Le spectateur est plongé au coeur de ce groupe de filles, où se trouve Marieme (Karidja Touré), le personnage central. Pour le choix de ses actrices, Sciamma a décidé de choisir seulement des jeunes filles noires, ce qui est assez rare dans le cinéma français. Avec ces personnages, il y a la présence d’enjeux forts, et nous pouvons retrouver des thèmes qui sont chers à la réalisatrice, comme la construction de la féminité, la sororité et l’affirmation du désir. Contrairement aux deux autres films, la musique (en partie composée par Para One) est bien plus présente, ce qui est un point positif. Bande de Filles n’est malheureusement pas le meilleur long-métrage de la réalisatrice mais cela reste tout de même un très bon film sur la jeunesse. 

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU:

Portrait de la jeune fille en feu : Affiche
©Pyramide Distribution

Portrait de la Jeune Fille en Feu est le chef-d’oeuvre de cette année 2019. Céline Sciamma reçoit le prix du scénario au Festival de Cannes, et de nombreuses autres récompenses durant l’année. La réalisatrice change complètement de registre, et nous propose un film en costume, dont l’histoire se déroule au 18ème siècle en Bretagne. Marianne, qui est une jeune peintre, doit peindre secrètement le portrait de mariage d’Héloïse en se faisant passer pour sa dame de compagnie. Portrait de la Jeune Fille en Feu est porté par l’excellent jeu de ses trois actrices, Noémie Merlant, Adèle Haenel et Luàna Bajrami. C’est un film qui a été construit sur les thèmes de la sororité, du désir, du regard féminin et les hommes sont d’ailleurs complètement absents de l’histoire. La cinéaste donne un rythme à son film avec de nombreux sons, comme le crépitement du feu, les bruits de pas, des fusains, des pinceaux ou encore le bruit des vagues. La musique est présente dans seulement deux scènes, mais elles deviendront bien vite les scènes phares du film. Céline Sciamma joue également avec les couleurs et la lumière et visuellement, le film est d’une pure beauté. Ici, l’art est d’une grande importance, car cela va permettre à ces femmes d’être sur un même pied d’égalité.  C’est également grâce à la peinture et à ce fameux tableau que ces femmes auront pu se rencontrer et vivre leur amour, mais c’est également ce dernier qui les séparera.  Portrait de la Jeune Fille en Feu est donc un film fort, touchant, qui a marqué son année et qui a été acclamé dans de nombreux pays, dépassant même le million d’entrées à l’étranger.

Cannes, 2019. Céline Sciamma avec son prix du meilleur scénario. LP/Frédéric Dugit

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