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La Caverne des Films Retour vers la séance

#JeSuisLà

Retour sur #JeSuisLà, le dernier film d’Eric Lartigau, où le connecté Alain Chabat s’envole vers la Corée dans une comédie magnifique !

Affiche française de Marriage Story.

🎬 Réalisateur : Eric Lartigau (Prête-moi ta main, La Famille Bélier)

🎬 Casting : Alain Chabat (La Cité de la Peur, Réalité), Bae Doona (The Host, Cloud Atlas), Ilian Bergala (La Famille Bélier, Un sac de billes)

🎬 Genre : comédie romantique

🎬 Pays : France, Belgique

🎬 Sortie : 5 février 2020

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Synopsis : Stéphane mène une vie normale et sans souci au Pays basque. Ce chef cuisinier a repris le restaurant de son père. Divorcé, il a deux fils, aujourd’hui adultes. En quête d’un peu d’aventure, il surfe sur Internet. Sur Instagram, il fait la connaissance de Soo, une mystérieuse Sud-coréenne âgée de 35 ans. Sur un coup de tête, Stéphane décide de partir à Séoul et de tout tenter pour la retrouver.

Six ans après La Famille Bélier, Eric Lartigau revient en salles avec #JeSuisLà, comédie romantique où Alain Chabat range exceptionnellement son tablier du Burger Quiz pour une cuisine basque et un amour virtuel. L’audace du projet pourra-t-il suffire à éviter au réalisateur de tomber dans les poncifs classiques de la comédie française ? Tentative de réponses en quelques points.

La recette magique d’une comédie à la française existe-t-elle ? Après La Famille Bélier qui avait connu un succès public notoire, Eric Lartigau semble vouloir ici revenir à la source en désamorçant les attentes des spectateurs. Il n’est pas question ici de reprendre les poncifs maintes et maintes fois vus ; en construisant son film autour d’un Alain Chabat dont l’aura publique n’a que rarement été aussi forte, Lartigau déconstruit le mythe en offrant au créateur des Nuls un rôle à contre-emploi. De figure assurée et comique, le comédien se mue en un cuisinier basque miteux, désarçonné d’un monde qu’il ne semble plus comprendre, entre ses traditions et la modernité. Témoin de passage, son personnage de cuisinier basque est à la croisée de plusieurs générations ; celle d’une génération X dépassée par un monde qui va plus vite qu’elle, et celle d’une génération Y qui n’a désormais foi que dans un monde virtuel.

#JeSuisLà

C’est là la critique principale du film : Stéphane, happé par la beauté irréelle du virtuel, ne se met à vivre que pour elle, se déconnectant de celle-ci jusqu’à s’en brûler les ailes. Dans son errance erratique, invoquant notamment Le Terminal de Steven Spielberg de par la candeur du personnage face à la situation, Lartigau nous questionne sur notre addiction à un virtuel qui nous déracine, qui nous offre un bonheur superficiel. En ce sens, le personnage de Bae Doona est une parfaite métaphore, où la jovialité de sa vie virtuelle laisse finalement place à la terne et implacable réalité de sa situation, au coeur d’une Corée en symbole mondial des nouvelles technologies de l’empire Samsung.

Pourtant, le voyage de Stéphane, aussi abject peut-il paraître, n’en est pas moins nécessaire au personnage. En finissant de se déraciner, le personnage de Chabat boucle la boucle pour revenir de lui-même ; car après avoir rejeter le père, celui-ci revient aux fils pour recréer le réel perdu. Ce ne sera que lorsque Stéphane aura fini de briser les chaînes virtuelles qui le retiennent qu’il pourra enfin rentrer, apaisé et à nouveau en phase avec lui-même, dans un subtil et délicat plan final.

#JeSuisLà

Mais, si les intentions sont louables, il n’en reste pas moins qu’Eric Lartigau met également les formes. Si l’on a parlé de l’emploi… à contre-emploi d’Alain Chabat, force est de constater que cela faisait bien longtemps que le comédien ne nous avait pas autant prouvé qu’il était capable de tout jouer lorsqu’il est dirigé avec finesse. De finesse justement, il en est question pour l’intégralité d’un casting se fondant dans un ensemble en brillant sans trop s’approprier la lumière, mettant en avant un scénario qui, s’il n’évite pas certains écueils classiques, n’en reste pas moins très intéressants vis-à-vis des productions hexagonales de son calibre. Avec une mise en scène sobre mais néanmoins d’une grande intelligence, le film sert son propos et, dans la droite lignée du film précédent de Lartigau, offre un portrait humain simple et vrai comme on en voit trop peu souvent dans le cinéma français, #JeSuisLà étant une évolution vers le haut de ce qu’a été fait sur La Famille Bélier.

En somme, le mauvais démarrage de #JeSuisLà dans les salles françaises ne récompense pas un film juste dans à peu prêt tout, nous offrant la chance de rappeler une fois que Alain Chabat se fait trop rare dans les salles. Eric Lartigau prouve une nouvelle fois tout le talent qu’on lui connaît, et affirme #JeSuisLà comme une de ses meilleures oeuvres et une belle surprise de 2020.

Note

Note : 8 sur 10.

8/10

Porté par un Chabat merveilleux à contre-emploi, #JeSuisLà est un film d’auteur marquant, une comédie magnifique aux moments de rire merveilleux et aux intentions justes, et constitue une des belles surprises de ce début d’année.


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