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La Caverne des Films Retour vers la séance

Jojo Rabbit

Retour sur Jojo Rabbit, la belle surprise de ce début 2020, et outsider des Oscars.

Jojo Rabbit

Affiche de Jojo Rabbit.

🎬 Réalisateur : Taika Waititi (Vampires en toute initimité, Thor Ragnarok)

🎬 Casting : Roman Griffin Davis, Tomasin Mc Kenzie (Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées, Leave No Trace), Taika Waititi, Scarlett Johansson (Marriage Story, Avengers Endgame) …

🎬 Genre : comédie dramatique

🎬 Sortie : 18 octobre 2019 (Etats-Unis), 29 janvier 2020 (France)

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Synopsis : Jojo est un petit allemand solitaire. Sa vision du monde est mise à l’épreuve quand il découvre que sa mère cache une jeune fille juive dans leur grenier. Avec la seule aide de son ami aussi grotesque qu’imaginaire, Adolf Hitler, Jojo va devoir faire face à son nationalisme aveugle.

Deux ans après un Thor Ragnarok qui avait agréablement surpris la critique par sa fraîcheur dans l’océan de la banalité hollywoodienne, Taika Waititi revient avec Jojo Rabbit et son nouveau statut d’étoile montante à Hollywood. Fort de 6 nominations aux Oscars, le film consacre-t-il définitivement son auteur ? Tentative de réponse en quelques points.

Sam Rockwell, Scarlett Johansson et Roman Griffin Davis.

Comment traiter par le prisme comique un sujet aussi sombre que celui des horreurs du nazisme ? C’est le défi auquel Taika Waititi a tenté de s’atteler ici. En créant dès son introduction un décalage net avec la réalité historique, le néo-zélandais se sert de l’art de la rupture poussé à l’absurde pour construire la cohérence de son récit. Tout ici semble beau et coloré, comme si une harmonie paisible animait un monde dont notre humanité nous empêche habituellement l’attache. En rompant avec nos préjugés, Waititi permet à Jojo Rabbit de s’affranchir des heures sombres de l’Histoire et offre au film le luxe de l’innocence infantile. Car quoi de mieux dans cet univers si « chaleureux » de prime abord que de conter son récit par les yeux d’un enfant ? Bien aidé par la performance magnifique d’un Roman Griffin Davis qui se révèle dans son premier rôle, Waititi profite de Jojo comme un vecteur d’une innocence progressivement brisée par la rupture de ses rêves et de sa réalité, vecteur lui-même du regard d’un réalisateur sur la bêtise des hommes qu’il pousse à l’extrême. Comme un témoin du passage de l’enfance, les trois actes du film s’accorde à la progression morale de Jojo pour investir l’horreur de l’Histoire que les enfants traversent comme une lueur d’espoir.

Ne nous y trompons pas : loin d’être une banale comédie d’absurde, le film se renouvelle scène après scène dans sa richesse thématique. Outre sa métaphorisation du passage de l’enfance, Jojo Rabbit évoque l’asymétrie de la relation entre les hommes et les femmes, l’amour, l’amitié, la rupture des barrières culturelles et bien plus encore, ce qui offre au film le loisir d’une densité à chaque scène, qu’il exploite habilement dans le fond comme dans la forme. On rit comme on pleure ici, avant tout car Taika Waititi traite ses personnages et son histoire avec une humanité renversante. En dirigeant parfaitement ses acteurs dans ce sens, Scarlett Johansson et Tomasin McKenzie en tête, le réalisateur néo-zélandais magnifie un scénario à l’intelligence bien supérieure à nos attentes. Complémenté par une direction artistique qui pourrait ramener quelques statuettes au film et par une mise en scène parfaitement adaptée, Jojo Rabbit marque la rétine par son décalage constant, preuve s’il en que le burlesque d’une bande-annonce ne témoigne pas nécessairement de la richesse d´une oeuvre où l’esprit semble être une lueur dans la banalité générationnelle du rire cinématographique.

Jojo Rabbit.
Tomasin McKenzie et Roman Griffin Davis.

Bien évidemment, l’oeuvre n’est pas sans défauts : si le dernier acte impacte magistralement, ce qui le précède souffre par moment d’une certaine candeur de production qui empêchera sûrement au film de s’élever avec les plus grands. C’est là les risques de l’essai : en donnant à son film la pureté d’un conte, Taika Waititi se heurte aux limites de l’intention. Il n’en reste que ces imperfections mettent en valeur la prise de risques d’un auteur qui, au lieu de s’enfoncer dans des communs sans se renouveler, profite de l’occasion pour affirmer son style et proposer une alternative à contre-courant. Jojo Rabbit n’est en somme pas la banale comédie que l’on aurait pu craindre : Waititi signe ici une vraie oeuvre d’auteur, à cheval entre les genres, tentant les choses au lieu de se reposer sur les clichés usés. Le film ne recrée pas l’Histoire ; il s’accorde à nous la montrer sous un autre angle, un oeil d’auteur. Si cela peut surprendre, Waititi est plus un réalisateur de l’esprit que de la forme ; le rire n’y est pas vain, il sert un ensemble plus grand, décrédibilise ceux qu’ils attaquent et élèvent ceux qu’ils défend. Si vous voulez rire, Jojo Rabbit est un excellent client ; mais il vous offrira plus que cela, car le film est marqué de l’empreinte qui élève au-delà du banal.


Note

Note : 8.5 sur 10.

8,5/10

Quelle belle comédie que ce Jojo Rabbit ! Fin et intelligent, le film sert habillement son propos pour offrir un contenu cohérent et surprenant, porté notamment par un immense casting. Une des belles surprises de janvier !


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