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La décennie de… Joséfa Celestin

La réalisatrice Joséfa Celestin revient pour nous, en 6 questions, sur une décennie de cinéma bien riche !

Une décennie qui s’achève, c’est aussi une décennie de cinéma qui a réservé ses chefs-d’œuvre et ses déceptions. Réalisateurs, journalistes, vidéastes… Retrouvez durant le mois de janvier les témoignages de ceux qui ont vécu 10 années riches en enseignements.

Joséfa Celestin

Joséfa Celestin est une scénariste et réalisatrice née en France et officiant en Ecosse, qui a notamment fait les deux court-métrages Event Horizon et Tomorrow might be the day.


5 coups de cœur ?

Interstellar de Christopher Nolan

Contrairement à l’avis général, je l’ai trouvé trop court et Nolan aurait pu compter sur moi pour rester 2 voire 3 heures supplémentaires, ce qui je pense aurait permis de clarifier ou de renforcer certains concepts narratifs.

Take Shelter de Jeff Nichols

Le film que j’aurais bien voulu réaliser.

Another Earth de Mike Cahill

Exactement le genre de film qui m’inspire : une histoire très intimiste englobée d’un événement extraordinaire. 

Melancholia de Lars Von Trier

Une fin paralysante et inoubliable.

The Art of Self-Defense de Riley Stearns 

Le film qui te donne exactement ce qui t’a plus dans le teaser (et non
pas la bande-annonce de 10min). Fait rare.

Mention spéciale pour Swiss Army Man de Daniel Kwan & Daniel Scheinert : la réputation qui précède ce film lui fait bien défaut. Au-delà de son concept “débile”, c’est l’un des films les plus surprenants et émouvants qu’il m’a été donné de voir durant cette décennie.


5 déceptions ?

Hérédité de Ari Aster

Le film avait été encensé par mon entourage, mais il m’a laissé de marbre. Un bon départ suivi de quelques bons moments parsemés, mais le tout gâché par un dénouement qui m’a fait l’effet d’un pétard mouillé. Durant le dernier acte, j’ai trouvé la mise en scène particulièrement ridicule : j’ai beaucoup ris et je doute que ce fût l’effet recherché.

Us de Jordan Peele

Après Get Out, je me réjouissais de voir Us. Malheureusement le film m’a ennuyée tout du long et plus particulièrement durant sa longue course poursuite qui n’en finit pas, sans saveur et sans réel intérêt et avec des personnages peu intéressant et un “twist” qu’on voyais venir de loin. Et “cerise sur le gâteau » : une fin bien trop explicative. Dommage, car le film a un bon cast et une esthétique intéressante. Un film réalisé et sorti trop hâtivement ? 

Trainspotting 2 de Danny Boyle

Heureusement qu’il y a Spud. Mais ce n’est pas suffisant. Autrement, Trainspotting 2 – qui semble aussi avoir été réalisé et monté bien trop vite, certainement en vue d’une sortie hâtive, manque sérieusement d’âme et de substance. Chaque plan semble avoir
été méticuleusement conceptualisé pour créer un effet' »waouh » chez le spectateur. Et cela devient une vraie distraction.

Somewhere de Sofia Coppola

La première fois qu’un film de Sofia Coppola sur l’ennui m’a vraiment ennuyée. Difficile d’en dire plus vu que je ne me rappelle de rien.

Ad Astra de James Gray

Je n’en savais rien et je n’en avais aucune attente, mais je ne pensais pas ressortir aussi enragé de la séance. Je suis surprise qu’autant d’argent et d’efforts aient pu être investis dans un film aussi fade (oui, le film n’est pas moche, mais au vu du budget, j’ai envie de dire que cela va de soi): le scénario, dépourvu de subtext, semble n’avoir pas dépassé le premier jet, et les dialogues surexplicatifs abrutissent complètement les spectateurs et le tout se retrouve saupoudré de scènes « what the fuck ». Nous étions nombreux à nous “facepalmer” durant la séance. Un film sans intérêt pour ma part.


Le film de la décennie destiné à devenir culte ?

Je ne peux pas me prononcer pour les autres, mais pour ma part, c’est Interstellar. Le thème universel du lien Parent-Enfant, son excellent cast, sa direction artistique et son approche scientifique du design de Gargantua et enfin sa superbe BO… C’est un film intemporel selon moi et je pense qu’il vieillira très bien !


Le fait marquant de la décennie ?

Le fait qui m’a le plus marquée est le décès de Robin Williams. Acteur emblématique de ma jeunesse, qui m’a fait passer du rire aux larmes. J’ai découvert le cinéma au travers de ses films. Son décès a choqué un bon nombre de gens et je pense que c’est un “bon” rappel que nous autres, êtres humains, portons tous un masque. Nous ne sommes pas foncièrement noir ou blanc, bon ou mauvais, heureux ou malheureux.  Nombreux sont ceux qui semblent – ou préfèrent – l’oublier ces temps-ci. On est fait de tellement de nuances et c’est cette richesse de nuances qui fait que le cinéma a encore de beaux jours devant lui.


La bande originale de la décennie ?

J’hésite entre The Social Network et Interstellar. Mais Interstellar l’emporte haut-la-main. Je l’écoute non-stop depuis des années maintenant. Les sonorités funestes dans cette BO m’ont toujours fascinée et cela rend le film autant émouvant qu’éprouvant. L’usage de l’orgue, un instrument qui ne m’attire absolument pas d’habitude, est précisément ce qui me fait trembler ici. C’est également une BO que je trouve très visuelle. Je visualise toujours certaines séquences au plan près lorsque je l’écoute : Cooper “abandonnant” Murph, la vague géante sur la planète Miller, la course-poursuite avec le coward Matt Damon qui tente de s’emparer de l’Endurance, Matthew Mcconaughey et Anne Hathaway tentant d’ échapper à Gargantua. Que de frissons !


Une image pour résumer la décennie ?

Tournage d'Inception

Je repense à une photo du décor du couloir dans Inception de Christopher Nolan. La grandiosité des moyens utilisés pour de courts instants à l’écran dans certains films me donnent souvent le tournis et je me demande s’il est vraiment judicieux, surtout à notre époque, qu’on continue à surenchérir à ce niveau-là. Il serait temps que l’industrie cinématographique deviennent plus verte et consciencieuse de son impact sur l’environnement. “Less is more” comme on dit et c’est un adage précieux au cinéma. Au lieu de toujours vouloir envoyer plus d’esbroufe et de CGI, il serait bon si en 2020 les sales agents et distributeurs pouvaient accorder une place plus importante pour des films plus modestes mais riches en personnages et trames narratives.

Merci à Joséfa Celestin pour ses réponses. Vous pouvez la retrouver sur son site internet et sur Twitter.

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