Catégories
Personnalités

La décennie de… VHS & Canapé

Rone et Major Nic Hazard de VHS & Canapé reviennent aujourd’hui avec nous sur les heures claires et sombres de la décennie 2010.

Une décennie qui s’achève, c’est aussi une décennie de cinéma qui a réservé ses chefs-d’œuvre et ses déceptions. Réalisateurs, journalistes, vidéastes… Retrouvez durant le mois de janvier les témoignages de ceux qui ont vécu 10 années riches en enseignements.

VHS et Canapé

Rone et Major Nic Hazard sont deux des membres de VHS & Canapé, le célèbre mais néanmoins qualitatif podcast qui met en avant tous les cinémas, de A jusqu’au Z (surtout) !


5 coups de cœur ?

Rone

Les années 2010… Triste prolongation des années 2000. Certes, sur la quantité, beaucoup de choses à ressortir, mais aussi un terrible constat : l’uniformisation déjà bien esquissée dans la décennie précédente s’est renforcée dans des proportions inquiétantes. Toutes les périodes sont le reflet de leur époque, rappelons-nous début 80 et la guerre froide, ou bien pour les US le retour du Viêt Nam, mais j’ai l’impression que jamais le carcan n’a été aussi serré, engoncé dans un logique de cahier des charges cochant les cases du politiquement correct (ou supposé comme tel) du moment. La tendance s’accélère sur la fin de la décennie, avec les points de passage obligés, imposés souvent artificiellement et au détriment de la créativité et de la diversité. Ce ralentissement de la créativité se ressent jusque dans la mise en scène, les auteurs, ou même les bons artisans se faisant de plus en plus rares, et le langage cinématographique se trouvant brocardé.

Mes 5 coups de coeur sont donc les œuvres qui tentent encore une approche d’auteur ou d’originalité qui ressortent pour moi, preuve que la créativité arrivera toujours à trouver son chemin malgré les obstacles, plutôt que d’autres œuvres qui peuvent être formidables mais plus consensuelles et respectant les codes. 

Black Swan

Film d’auteur avec un sens non-explicité au marqueur, et visuellement beau.

Green Room

Parce qu’un film qui ose remettre en cause le manichéisme est quelque chose qui devient rare. Et puis un huis clos, une bonne écriture, un bon casting, c’est aussi ça le ciné.

Mad Max : Fury Road

Film de fou-furieux qui marque un nouveau maître étalon et qui nous rappelle que le numérique ne fait pas tout, et fait même moins. Accessoirement, le film de la décennie.

Laissez bronzer les cadavres

Compromis entre le vertige des sens, le non-figuratif et la liberté narrative. Et pour une fois des codes du passé, ici le cinéma italien de la grande époque, superbement digérés.

Les indestructibles 2

Parce que même au sein d’une grosse machine, même dans un genre calibré, quand un auteur s’attaque à un sujet il arrive à le sublimer et à mettre une bonne grosse branlée aux yes-men et aux studios.


Major Nic Hazard

Ready Player One (2018)

Chef d’œuvre dénonçant le manque d’imagination et le soucis de ne pas allez de l’avant en restant bloqué dans une mauvaise nostalgie, ce film reste un excellent divertissement. Encore un coup de maître pour Steven Spielberg.

La vie secrète de Walter Mitty (2013)

Ode à la liberté, au voyage et à l’accomplissement de soi, ce feel good movie est une preuve que le cinéma peut être bien plus qu’un simple film mais une porte vers le bien être. Dans une période dominée par les mauvaises nouvelles et la négativité ambiante ce bijou est le remède idéal.

Happiness Therapy (2012)

Bradley Cooper et Jennifer Lawrence sont excellent dans cette comédie sur un sujet aussi délicat que la dépression. Véritable film qui fait du bien et te pousse à aller au bout de tes rêves. Et puis Robert De Niro est éternel.

Suburra (2015)

Le cinéma italien et en particulier le genre policier mérite un coup de projecteur. Fournisseur d’excellent polar comme ACAB et Romanzo Criminale, Suburra est celui qui m’a le plus emporté. Les dessous de la politique italienne impliquant le Vatican et la mafia m’ont complètement subjugué. Et que dire de Pierfrancesco Favino impeccable (comme toujours) en homme politique corrompu. Son image, nu sous la pluie sur son balcon après une partie fine avec des prostitués, urinant dans la rue avec un sentiment de pleine puissance et de dédain pour le reste du peuple est l’une des images les plus fortes que j’ai vu. Grandioso!

Pacific Rim (2013)

Le blockbuster intelligent, beau et qui ne prends pas le spectateur pour un débile n’est pas mort. Certes, il se fait de plus en plus rare mais dans certaines occasions il réapparaît pour nous en mettre plein les yeux. Dans ce cas il n’y a qu’une seule chose à faire, profiter du spectacle. Cette merveille signée Guillermo Del Toro, qui non content de déclarer sa flamme au films de monstres et de robots se paie le luxe de mettre à l’amende la plus part des films à gros budget sortie ses dernières années. 

Mentions : Tintin, Piranhas 3D, Django Unchained, Interstellar, Whiplash, #chef, The Walk, Logan, Bullhead, Jusqu’à la garde


5 déceptions ?

Rone

Il y a eu des films bien pires que ceux-là, mais une déception, c’est quand on attend quelque chose du film avant de le voir. Ce qui me vient donc immédiatement en tête, ce sont des films qui ont trahi une idée, un point de vue, pour les rendre lisses et sans intérêt. Ou bien des films qui m’ont même énervés PENDANT que je les ai regardés.

Iron Man 2

Parce que le premier était plutôt chouette, et que je croyais encore aux films Marvel jusqu’à ce que je vois cette bouillie informe et non-sensesque.

Conan

Tout le monde l’a oublié. Pourtant, cela aurait pu marquer un retour marquant pour un personnage mythique.

Cowboys et envahisseurs

Le casting est cool, le pitch sent bon le délire des années 80 et aurait pu être servi par les moyens techniques des années 2010. A la place, on a un symbole de la machine à broyer les idées et à les rendre plates.

Creed

Rocky Balboa a surpris tout le monde, j’avais foi en une nouvelle histoire de boxe basée sur la filiation. A la place on a le symbole d’une époque lisse avec un personnage qui est un parvenu, dont la quête ne parle qu’à ceux qui rêvent d’être des parvenus. Il manque ce qui fait un vrai film marquant : une âme.

Alien : Covenant

Symbole de la déchéance et de l’incapacité d’une époque à faire survivre les mythes. Les aliens, tout comme bon nombre d’autres sagas ayant marqué le 7ième art, se sont fait défoncer par le vide.


Major Nic Hazard

The Predator (2018)

Dans la série “je ne sais pas quoi raconter sur un monstre mythique mais on refait un opus” je voudrais le Predator. Tout n’est pas à jeter et je suis triste pour Shane Black que j’apprécie mais là il n’y a pas grand chose à sauver.

Bohemian Rhapsody (2018)

En tant que fan de Queen, j’avais envie d’y croire mais ce fût une désillusion. Montage épileptique, Rami Malek qui ne ressemble à Freddie Mercury que de dos (ne parlons pas de cette prothèse dentaire) et pire que tout, il n’y a aucune émotion (we are the champions coupé en plein milieux pour faire une blague avec le producteur qui les a rejeté). Bref, they didn’t rock me.

Le dernier pub avant la fin du monde (2013)

J’aime Edgar Wright d’amour. Ses deux premiers volumes de la trilogie cornetto me font hurler de rire. Celui-ci me fait juste rigoler, ce n’est pas mauvais loin de là mais en deçà des opus précédents. 

World War Z (2013)

Chouette un blockbuster avec des zombies. Mais il n’y a pas de sang. Mais ça ne fait pas peur. Mais c’est une pub pour un soda. Allez, je retourne sur mes séries B pas toujours super bien faites mais où au moins on ne se moque pas de moi.

Le rôle de ma vie (2014)

Grand adepte de Zach Braff depuis Scrubs, j’attends toujours ses projets avec impatience. Malheureusement celui ci m’a laissé de marbre. Dommage.

De manière générale, je dirais le manque d’audace du cinéma grand public des dernières années est ma grande déception. Malgré quelques bons films, le formatage et la volonté quasi systématique de cocher des cases afin de plaire au plus grand nombre fait disparaître petit à petit les auteurs au profit de faiseurs sans grand talents.


Le film destiné à devenir culte ?

Rone

J’ai hésité avec des films plus confidentiels et qui feront peut-être leur effet à travers le temps (comme Kill List par exemple, ou Hérédité), mais je ne vois pas comment ne pas mettre à nouveau Mad Max Fury Road. Certes, beaucoup l’ont vu, ce qui ne correspond pas vraiment à la définition de culte, mais dans 15 ans, ceux qui vont le découvrir continueront de se prendre une grosse mandale dans la gueule.


Major Nic Hazard

Un choix pas très original, mais peut-il en être autrement. Mad Max Fury Road même si le terme culte lui est déjà attribué, a mis tous ses spectateurs KO et le fera encore pendant longtemps.


Le fait marquant de la décennie ?

Rone

L’avènement de Disney, dont l’omnipotence sur les écrans, sur le box-office, sur les studios, et bientôt sur la VOD est un facteur majeur de lissage vers l’insipide, allant jusqu’à annihiler les clés de compréhension du langage cinématographique pour les plus jeunes.


Major Nic Hazard

L’arrivée de Netflix. Un nouvel acteur permettant l’accès de manière simultanée à un catalogue certe pas totalement qualitatif (même si The Irishman était en lice pour les coups de coeur de la décennie) mais qui permet de redéfinir les règles de l’audiovisuel (de manière lente mais quand même).


La bande-originale de la décennie ?

Rone

Je n’en ai pas écouté assez sur cette décennie pour pouvoir être exhaustif, alors je vais citer la dernière qui m’a fait une très grosse impression : Godzilla 2 – Roi des monstres. Une petite merveille avec des thèmes pour chaque monstre, très bel équilibre et jolies harmonies, bref, tout l’inverse du film.


Major Nic Hazard

The Post (2018)

Il ne s’agit pas forcément de la BO la plus connue de la décennie mais elle mérite que l’on s’y attarde. Rarement déçu avec le maestro John Williams, qui malgré son âge avancé réussi le tour de force de nous transporter encore et toujours. Il arriverait à rendre épique un film sur l’histoire de la pince à linge.


La photo de la décennie ?

Rone

La décennie selon Rone.

Idiocracy, parce que la stupidité, le mépris, la haine de nos concitoyens et l’auto-destruction se sont glissés dans les plus hautes sphères du pouvoir, aux US, en France, en Europe. Et parce que cette sphère emmerde 95% de la population mondiale, dont toi, sans doute.


Major Nic Hazard

La décennie selon Major Nic Hazard.

L’avènement des séries, qui atteignent aujourd’hui une qualité ciné.

Merci à Rone & Major Nic Hazard pour leurs réponses. Vous pouvez les retrouver avec toute l’équipe de VHS & Canapé sur Twitter, Facebook et bien sûr sur leur podcast !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *