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La fesse cachée de Max Pécas #2 – Douce Violence

Continuons d’explorer l’univers cinématographique de Max Pécas avec Douce Violence.

Affiche française de "Douce Violence" - Max Pécas

🎬 Réalisateur : Max Pécas (La main noire; Les mille et une perversions de Felicia; On se calme et on boit frais à Saint-Tropez)

🎬 Casting : Christian Pezey (Les cousins) , Elke Sommer (Quand l’inspecteur s’emmêle; Matt Helm règle son comte); Pierre Brice (La révolte des indiens apaches; Le trésor des montagnes bleues)

🎬 Genre : Drame

🎬 Sortie : 09/03/1962

Synopsis : Les errances d’une jeunesse dorée qui promène son désœuvrement et ses dépravations dans le décor paradisiaque de la Côte d’Azur jusqu’au dénouement heureux.

Précédemment dans « La fesse cachée de Max Pécas » : Nous avons tenté de démontrer que loin des clichés qui lui colle à la peau, le cinéma de Max Pécas est avant tout orienté vers le cinéma d’exploitation, est inspiré par le cinéma extérieur et a des velléités auteurisantes malgré ce que peut en dire le sérail du cinéma français actuel ou celui de l’époque. Continuons notre tour d’horizon.

Douce Violence - Max Pécas

Le film est autant une chronique adolescente qu’un conte moral comme on pourra voir Eric Rohmer en réaliser par la suite. Ici le personnage principal, Olivier, qui est incarné par Christian Pezey doit se décider (comme chez le cinéaste cité précédemment) entre Barbara, la fille moralement acceptable (sous les traits de Vittoria Prada) ou celle qui éveille ses sens, à savoir Elke (jouée par la top-modèle Elke Sommer, dont la mise en retrait par rapport au film précédent de Max Pécas, De quoi tu te mêles, Daniela !, joue en sa faveur, tant seul Blake Edwards et sa suite de la Panthère Rose –L’inspecteur s’emmêle pour les plus étourdis- n’auront su tirer le meilleur parti de la jeune femme et de son jeu approximatif).

Douce Violence - Max Pécas

Ici ce n’est plus Charles Aznavour qui ouvre le film mais Johnny Halliday avec la chanson éponyme Douce Violence. Nous pourrons même retrouver une chanson supplémentaire, Il faut saisir sa chance, toujours scandée par notre Jojo national, mais cette fois écrite par Charles Aznavour dont les partitions étaient à l’honneur sur le film précédent.

Préfigurant avec près de 20 ans d’avance les romans de Bret Easton Ellis dont son fameux Moins que Zéro, tout en suivant l’outsider qu’était Claude Chabrol et son film Les Cousins, Max Pécas dépeint une jeunesse dorée dont les repères moraux sont complètement aux fraises.

Continuant son adaptation des différents thèmes du cinéma d’exploitation déjà utilisé à l’étranger, Max Pécas se confronte ici au genre du « teensploitation » que l’on peut déjà retrouver dans les drive-in américains dès les années 50. Genre qui voudrait dévergonder les films issus du canevas posé par La Fureur de vivre (1955), la teensploitation a à cœur de montrer une jeunesse en perdition de valeurs morales et qui se réfugie dans l’alcool, le sexe et la drogue pour exister.

Largués dans une société qu’ils cherchent encore à comprendre, sans forcément y trouver leur place et surtout, rejetons d’une élite dont ils singent les codes sans en saisir la portée, ces adolescents comptent sur le plaisir des sens pour les confronter à leur réelle personnalité.

Douce Violence - Max Pécas

Si le film est avant tout un héritier de la Nouvelle Vague, ainsi que celui du film de Claude Chabrol, Les Cousins, présentant une même tentative de perversion de valeurs du nouveau venu dans la bande, le regard posé ici par Max Pécas est peut-être plus manichéen et moins cynique.

Au contraire de Chabrol, Pécas ne se rit pas de cette déshérence dans son film, il s’en désole, et colle au plus près de ses personnages, transmettant au spectateur l’espoir de les voir s’en sortir.

Techniquement, Max Pécas est toujours aussi bien entouré. On reconnaitra Marc Fossard à la direction photo, lui qui avait déjà signé bon nombre d’oeuvres pour principalement Julien Duviver (comme Pépé le Moko) et Marcel Carné (dont Quai des brumes ou encore Les enfants du paradis).

Douce Violence - Max Pécas

Au montage on peut également retrouver Paul Cayatte, frère du réalisateur André Cayatte (Nous sommes tous des assassins, Verdict), et qui montera quelques films de ce dernier dont Le Miroir à deux faces, ou encore Verdict, déjà cité auparavant, puis surtout le Borsalino de Jacques Deray, immortalisant le duel tant attendu entre Jean-Paul Belmondo et Alain Delon.

Douce Violence se voit moins rempli d’esbroufes techniques, contrairement à son prédécesseur qui explosait dans tous les sens, de par ses tentatives techniques, notamment dans le choix de ses transitions..

Ici Max Pécas fait un usage plus sobre des techniques acquises au travers de sa connaissance du travail de ses confrères, et les rend par la même occasion plus efficaces. On pourra également remarquer une écriture plus fine et plus efficace.

Là où De quoi tu te mêles, Daniela ! était plus centré sur ses personnages, malgré une absence regrettable de caractérisation, ici chaque personnage a un enjeu et une psyché bien établie et claire.

Fini les personnages dont le simple but est de devenir un ressort scénaristique, ici ils portent l’intrigue et la définissent, à défaut de subir les actions comme auparavant.


Note

Note : 6 sur 10.

6/10

Avec Douce Violence, Max Pécas semble saisir ce qui reviendra par la suite, à savoir un cinéma d’exploitation dont les personnages sont le principal atout et moteur de l’intérêt vers lequel doit se diriger le spectateur. Si quelques tentatives d’aguichage subsistent, elles sont moins nombreuses et visent plus à une immersion dans l’univers du film qu’une quelconque opération commerciale pour attirer le chaland. Même si on peut lui préférer l’opus de Chabrol, Les Cousins, le film de Pécas regorge de qualité que l’on refuse encore à lui soupçonner.


Découvrez la bande annonce britannique

Écoutez la chanson principale interprétée par Les Chaussettes Noires (dont le chanteur n’est autre qu’Eddy Mitchell).

Découvrez une archive INA sur le tournage du film.

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