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La Planète des Singes

Sorti en 1968, La Planète des Singes a marqué une étape importante de la science-fiction au XXe siècle.

🎬 Réalisateur : Franklin Schaffner

🎬 Casting : Charlton Heston, Kim Hunter, Rody McDowall

🎬 Genre : Science-Fiction

🎬 Pays : États-Unis

🎬 Sortie : 25 avril 1968 (France)

Synopsis : Egaré dans l’espace-temps, un engin spatial américain s’écrase en 3978 sur une planète inconnue. Les astronautes Taylor, Landon et Dodge découvrent que les hommes primitifs de cette planète mystérieuse sont placés sous le joug de singes très évolués…

Un peu d’histoire

Bien avant d’être remis au goût du jour, d’abord par Tim Burton en 2001, puis par Rupert Wyatt et Matt Reeves avec leur trilogie entre 2011 et 2017, l’univers de La Planète des Singes prend ses origines dans les années 60.

Avant de devenir un classique de la science-fiction au cinéma, La Planète des Singes naît en littérature et en France. Pierre Boulle, auteur français, publie La Planète des Singes en 1963, le roman a un succès immédiat et attire le regard des producteurs. C’est le publicitaire Arthur P. Jacobs qui décroche le gros lot, il se lance alors dans le projet et convainc Blake Edwards de réaliser le film et la Warner de le financer. Rob Sterling se charge du scénario, lui qui est familier de la science-fiction puisqu’il a créé la série télévisée La Quatrième Dimension.

Les coûts de production se révèlent rapidement trop élevés, Jacobs et Sterling acceptent de revoir le script pour coller aux contraintes budgétaires, mais pas Edwards qui quitte le projet et emmène les financements de la Warner avec lui. Jacobs doit alors s’attaquer au choix de son acteur principal. Le rôle est proposé à des comédiens tels que Marlon Brando ou Paul Newman, mais seul Charlton Heston accepte le rôle, fasciné par le scénario. Heston propose même un réalisateur à Jacobs : Franklin Schaffner. Epuisé par la rédaction d’une trentaine de versions du scénario, Rob Sterling quitte le projet en 1965 et est remplacé par Michael Wilson qui apporte la touche finale au script. Quelques essais permettent de convaincre le directeur de production de la 20th Century Fox de lancer le projet.

Franklin Schaffner.

Un chef d’œuvre de Science-Fiction

Bien que ne bénéficiant pas de la réputation novatrice que possèdent Star Wars ou 2001 l’Odyssée de l’espace (sorti d’ailleurs exactement le même jour), La Planète des singes reste une pierre angulaire du cinéma de science-fiction de la deuxième partie du XXe siècle. Ce qui fait l’efficacité du film de Schaffner c’est qu’il adapte à la perfection les enjeux et les problématiques de son époque. Pour rappel, les années 60 sont très marquées par la guerre froide et par extension, la peur de l’apocalypse nucléaire.

Le réalisateur exploite ces angoisses en nous présentant la « zone interdite », lieu aride, ravagé et désert ; en d’autres mots : la représentation d’un monde dévasté par un conflit atomique. Schaffner entretient volontairement le doute, ni les personnages de Cornelius ou Zaïus n’apporte de réponse sur ces paysages désolés, laissant au spectateur le soin de spéculer sur la nature de ce lieu et de ces immenses cratères.

Roddy McDowall grimé en Cornélius.

Au regard de la période de sortie du film il est facile d’y déceler l’évocation d’une toute autre problématique déchirant les Etats-Unis durant les années 60 : la question du racisme et de la lutte pour les droits civiques des afro-américains. Le film confirme son caractère éminemment politique en reproduisant le schéma de deux ethnies : les singes et les hommes, les seconds étant exploités et traités comme des animaux par les premiers. L’évolution des primates rend d’autant plus risible et évocatrice cette différenciation qui permet de dénoncer les discriminations et le racisme présent dans la société américaine.

Cette dernière, représentée par la civilisation simienne, possède de nombreux symboles dénonçant le système étatsunien. Les singes sont répartis en fonction de leur espèce : les orangs outans détiennent le pouvoir, les gorilles font régner l’ordre et les chimpanzés qui sont situés en bas de l’échelle sociale et politique. Difficile de ne pas y voir une métaphore des Etats-Unis et de la « prise en otage » du pouvoir par les élites américaines, protégées par la police, au détriment du peuple, ainsi qu’une dénonciation des discrimination ethniques.

La Planète des Singes continue de démontrer sa richesse thématique en dénonçant les sociétés théologiques et le fanatisme religieux des orangs-outans en les opposants aux procédés scientifiques et la rigueur de Zira et Cornélius, accusés d’hérésie.

Les orangs outans, dirigeants politiques et religieux de ce monde.

Le film doit énormément à ses interprètes, Charlton Heston en tête. L’acteur s’est jeté à corps perdu dans cette interprétation et porte sur ses épaules la représentation d’une humanité perdue, dépassée face à ses actions et leurs conséquences. Cette représentation atteint son paroxysme lors de la légendaire ultime séquence : l’homme apparaît condamné, pris au piège par sa propre existence et ne pouvant aller à l’encontre de sa nature destructrice. Bien que grimés en singes, Roddy McDowall, Kim Hunter et Maurice Evans sont très convaincants, même si ce sont leurs maquillages et costumes qui sont restés dans les mémoires (département qui représente à lui seule 20% du budget du film).

Un travail de costumes et maquillages phénoménal

Sur un plan purement technique, le film n’a (presque) pas pris une ride. Excepté lors de son ouverture, La Planète des Singes réduit au minimum son utilisation d’effets spéciaux numériques, ce qui offre au film un aspect plastique et organique absolument fascinant et intemporel. Schaffner s’autorise une belle liberté en ce qui concerne sa caméra, rendant le récit dynamique et très immersif. Tout ces éléments sont parfaitement en accord avec la volonté du réalisateur de plonger le spectateur dans ce monde détruit, inégalitaire et régi par le fanatisme religieux et faire prendre conscience à ce dernier de l’instabilité de son monde et de la nécessité de le préserver par la science et la raison.

Taylor, écrasé par la folie humaine.

Note
9/10

Note : 9 sur 10.

Aujourd’hui quelque peu éclipsé par ses héritiers du même nom, le premier film La Planète des Singes est un chef-d’œuvre de science-fiction et de cinéma. La richesse du long-métrage est épatante et sa réalisation est frappante de modernité. Naviguant entre les genre pour nous présenter tour un tour un film politique, de science-fiction ou d’aventure, La Planète de Singes de Franklin Schaffner est un immense film qu’il convient de (re)découvrir absolument.

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