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Le Duel

Le Duel #16 : la postlogie Star Wars

Alors qu’elle vient de se terminer, la postlogie Star Wars continue encore de diviser le public, et ce n’est pas Antoine et Thomas qui vont le nier…

Le Duel est une rubrique en partenariat avec Le Drenche. Chaque vendredi chez eux, et chaque samedi ici, deux rédacteurs de Ciné Maccro confrontent leur avis, positif ou négatif, sur un film !


LE POUR

ANTOINE C.

De la réussite et des échecs d’un blockbuster

Le 30 octobre 2012, Disney annonce le rachat de Lucasfilm, et la programmation d’une nouvelle trilogie Star Wars. Un moment plein de joies pour les fans de la saga, alors même que George Lucas avait annoncé quelques années avant qu’il n’y aurait plus jamais de film Star Wars.

Depuis, la firme aux grandes oreilles a sorti cinq films. Cinq films aussi uniques les uns que les autres, de part leurs nettes différences et les disparités de réception : Le Réveil de la Force a été accueilli… nostalgiquement, Les Derniers Jedi a divisé en deux la communauté quand L’Ascension des Skywalker a été descendu en flèche. Pourquoi autant de disparité ? La principale raison est à chercher du côté de la stratégie même de Disney, laissant le plus souvent les réalisateurs s’exprimer sans retenue sur leur vision de la saga au détriment des prévisions commerciales ; à double tranchant, notamment pour Rian Johnson et son épisode 8, coincé entre un rejet épidermique de nombreux fans et une adulation sans borne par d’autres. 

Car Star Wars dépasse le plus souvent le simple cadre filmique : objet religieux pour beaucoup, la stratégie de Disney de balayer l’univers étendu pour faire table rase à susciter grand bruit au sein de la communauté. Et si la continuité (surtout aux vues du dernier épisode) est le talon d’Achille de Star Wars version Disney, il n’en reste pas moins que la firme a pris un risque notable, bien au coeur des problématiques blockbusteriennes de notre temps.Finalement, Star Wars n’aura eu de cesse de montrer le problème des blockbusters de cette décennie : beaucoup moins cadenassé, la folie créatrice a su reprendre son cours bien plus souvent qu’à l’accoutumée ; et si le résultat est hétéroclite, c’est avant tout parce que Disney a voulu prendre le pari du contrepied par rapport à son mastodonte Marvel ; si la postlogie ne marquera pas les annales, elle réussi finalement à atteindre son objectif : mettre la création, avec réussite ou échec, au coeur du système, et refaire de Star Wars ce qu’il est : un événement planétaire cristallisant (il n’y a qu’à voir la folie de la sortie du Réveil de la Force pour en témoigner). Car malgré toute les critiques, cette postlogie réussit son objectif intrinsèque, certes banal mais néanmoins essentiel : ramener les fans dans les salles, faire du bruit, et rappeler à quel point l’aseptisation et l’uniformisation du cinéma est la pire chose qu’il soit.


LE CONTRE

THOMAS G.

Star Wars, un mythe devenu banal

Une trilogie qui s’achève et une nouvelle ère pour Disney ! Alors que la firme se lance dans le streaming avec sa plateforme de diffusion Disney + et semble (pour l’instant) tourner la page Star Wars sur grand écran, il est temps de s’arrêter sur cette postlogie (néologisme pour désigner la trilogie venant, chronologiquement, après la trilogie originale) et démontrer comment un empire cinématographique s’est vu soudain devenir dangereusement chancelant.

Au-delà de son impact culturel, il faut en effet se souvenir que Star Wars est à l’origine un pari fou, celui d’un George Lucas fasciné par l’expérimental. Et quand il reprend les rênes seize ans plus tard pour concrétiser sa prélogie, c’est aussi un défi risqué qui a largement divisé les fan(atique)s de cet univers.

Malheureusement, l’on ne peut être aussi affirmatif avec cette postlogie symbole de soumissions aux adeptes de Star Wars. Fléchissant devant l’ire populaire, Kathleen Kennedy (présidente de Lucasfilms, société de production des films Star Wars) s’est contenté d’individualités (moyennement) réussies, sans donner corps à une trilogie solidement construite, les trois films tenant dès lors plus de la créature de Frankenstein, maintenus en vie grâce à un hasardeux et miraculeux assemblage, que d’un ensemble cohérent et envisagé dès le départ comme tel. Car entre des épisodes VII et IX en forme de rétropédalage et un épisode VIII complètement vain, rien, si ce n’est les velléités revanchardes des réalisateurs J.J. Abrams et Rian Johnson, n’a été pensé dans une perspective globale qui aurait donné à cette trilogie le souffle mythique qu’elle mérite.

Et s’impose dès lors un constat terriblement angoissant : Star Wars est devenue une saga comme les autres, dont les films ont désormais les mêmes défauts que d’autres blockbusters immédiatement conspués, ne bénéficiant pas de son aura de respectabilité. Trois films à la production chaotique, Disney n’ayant su gérer la mythologie immense qu’elle tenait entre ses mains. Trois films dont les défauts, flagrants, ont fait perdre de sa superbe à la saga.
En effet, qu’en retiendra-t-on ? Kylo Ren, qui doit beaucoup à son interprète Adam Driver ? Le retour de Luke ? Rien, ou si peu de choses, anecdotiques, tant cette trilogie se sera contentée d’effleurer la surface de son récit, livrant une histoire et des personnages sans âme. La créativité a toujours été le maître mot, au-delà de l’approbation des fans ; une leçon que Disney n’aura su appliquer, pour le plus grand malheur d’une saga devenue banale.

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