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Le Duel #19 : Parasite

Rafflant tout sur son passage depuis un an, Parasite divise la rédaction, et est à l’honneur aujourd’hui

Le Duel est une rubrique en partenariat avec Le Drenche. Chaque vendredi chez eux, et chaque samedi ici, deux rédacteurs de Ciné Maccro confrontent leur avis, positif ou négatif, sur un film !


LE POUR

ANTOINE C.

Du parfait équilibre filmique

Rares sont les films qui remportent un large consensus positif, public comme critique, à leur sortie ; c’est pourtant ce qu’a vécu Bong Joon-ho avec son Parasite, ovni qui a renversé la planète cinéma en 2019.

Pourquoi Parasite a-t-il donc autant séduit le monde ? Si cette brève tribune semble trop courte pour évoquer les nombreuses qualités de l’oeuvre, force est de constater que le film trouve sa force en son universalité. Le message que porte la Palme d’Or 2019 est simple sans jamais simpliste : la lutte des classes passer au prisme du XXIème siècle, une cause internationale qui donne à son metteur en scène le loisir de nous montrer l’étendue de son talent.

Si Parasite est universel dans son fond, il l’est aussi dans sa forme : la limpidité de son récit permet à Bong Joon-ho de travailler la comédie, le thriller, l’horreur et même le drame avec une intensité folle et en créant ainsi une osmose stylistique qui élève le travail au rang des grands.

C’est là que l’on peut commencer à comprendre ce qui régit les grandes oeuvres : la notion d”équilibre filmique. Ici, le travail de Bong Joon-ho est assez prononcé pour marquer le film, tout en s’intégrant parfaitement à l’ensemble pour ne vampiriser l’oeuvre. Rien dans Parasite ne s’élève au-dessus d’autre chose : c’est par ce biais-là finalement que le film fait corps avec des personnages bousculés dans un monde où chaque chose devoir rester à sa place. Si Bong Joon-ho secoue, c’est avant tout car il reprend nos codes pour mieux s’en servir. Parasite n’est en rien une révolution technique comme a pu l’être un 2001 ; c’est l’ouverture d’un cinéma, coréen en l’occurrence, aux yeux du monde : c’est un faux semblant au milieu des faux semblants, une nuance assez subtile pour emporter le spectateur dans sa légère mais tonitruante secousse sismique sur les cadenas du cinéma actuel.Parasite n’est donc pas en soit en révolution : simplement la démonstration aux yeux du monde du talent d’un réalisateur, d’un pays de cinéma et d’une alternative au pouvoir des producteurs : le film signe, à sa manière, tout le merveilleux qu’il y a face au travail d’un vrai auteur ; le cinéma ne peut que se réjouir de voir le succès de Parasite, et nous profiter d’admirer une des plus grandes oeuvres de la dernière décennie.


LE CONTRE

OPHELIE D.

D’une platitude plus que marquante

Lorsque l’on parle d’un film marquant, on s’attend à des visuels impressionnants, une histoire innovante, des personnages recherchés, une intrigue intéressante… Tant de critères que Parasite ne remplit pas. Récompensé et nommé à de nombreuses reprises, ce film donne l’impression d’avoir gagné pour offrir de la visibilité au cinéma coréen : une manière de lui rendre justice après tant d’années boudé à Hollywood.

Commençons notre analyse par les visuels. Bong Joon-ho utilise habilement les effets spéciaux mais c’est le seul point positif que l’on peut retenir esthétiquement. L’œil n’est pas attiré, impressionné, le regard n’est pas bouleversé, enthousiasmé. En d’autres termes, il n’y a aucune scène dans ce film qui ne ressort de par son esthétisme singulier. Parasite n’a tout simplement pas d’identité visuelle propre et reconnaissable. Se voulant sans parti pris, ce sont les visuels qui en sont les plus impactés. Ainsi, les décors sont neutres, les lumières sont neutres, les points de vue sont neutres, les plans sont neutres. Ce n’est pas une claque esthétique qu’on attend d’un film marquant.

C’est également une platitude que l’on retrouve dans le scénario et le sujet du film : la crise sociale. C’est un sujet récurrent dans le cinéma, qui n’est malheureusement pas modifié dans sa représentation dans Parasite : il s’agit toujours des pauvres vs les riches. Outre l’idée commune de base, on aurait pu penser que le scénario serait plus intéressant. Il n’en est rien. Les ¾ du film sont extrêmement plats et lents. Servant d’exposition aux personnages et de plantage du décor, on s’aperçoit, un peu bousculé, que les relations établies, que la trame narrative enclenchée durant plus de 2h de film, partent en lambeau en un fragment de seconde. Un seul pic dans une histoire morose qui finalement balaie tout le reste du film, comme s’il n’était pas nécessaire. Un scénario qui se termine dans un bordel sans nom, sans logique ni raison.
Parasite pourrait être un film marquant de par sa platitude et sa mauvaise exploitation de son sujet, qu’on retrouve beaucoup mieux traité, scénarisé et mis en scène dans Snowpiercer du même réalisateur, Bong Joon-ho. Ce film n’est, selon moi, pas un grand film de notre époque.

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