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L’équipée sauvage

Retour sur ce film mythique qui a en partie lancé le mythe Brando.

Copyright Columbia Pictures

Réalisateur : Làszlò Benedek

Casting : Marlon Brando, Lee Marvin, Mary Murphy

Genre : Drame

Pays : Etats-Unis

Sortie : 14 Avril 1954 (France)

Plus d’infos ici :

Synopsis : Les Rebelles noirs, une quarantaine d’adolescents casques et bottes, revêtus de blousons de cuir marqués d’une tête de mort, prennent la route sur leurs motos. Ils assistent à une course, envahissent la piste et volent un trophée. Ils disparaissent jusqu’à la petite ville voisine qu’ils vont occuper peu à peu jusqu’à la mettre complètement à sac.

L’équipée sauvage. Il suffit de prononcer ce titre pour rappeler une époque tant il est emblématique. Ce film, on ne le présente plus, il évoque toute une génération, un mode de vie, il symbolise une façon de voir le monde.Le scénario est inspiré d’un roman de Frank Rooney qui est basé sur des faits réels. Un seul homme a réussi à en influencer des millions, c’est Brando et non le metteur en scène… Laszlo Benedek était un petit réalisateur hongrois ayant émigré aux Etats-Unis. Le seul élément notable de sa filmographie, c’est celui-ci, et ce, grâce à Brando et je vais m’empresser de vous dire pourquoi.

Gary Cooper est ici remplacé par Brando dans une fiction ou tous les éléments du western sont présents : omniprésence du bar, bagarre de rue, citoyen effrayé devant les pillards, justicier improvisé.

Ce long-métrage a marqué, voire terrorisé tout Hollywood lors de sa sortie. Il a par ailleurs été interdit en Angleterre pendant près de 14 ans. C’est pour dire. Il se résume assez facilement. Un groupe de jeunes motards s’ennuie et passe de ville en ville afin de « s’amuser ». En réalité, ils passent leur temps à défier les lois. Ils ne cessent d’embêter les habitants et le mot est faible. De nombreux thèmes sont abordés : le conflit de génération qui s’avère être le thème principal, l’inaptitude à s’adapter, à s’insérer dans la société, la justice, comme autant de problématiques sociales.

En effet dans les années 50, années d’après-guerre, les jeunes sont perdus. Ils n’ont pas combattu et souhaitent devenir des « hommes ». Ils recherchent, comme l’ont vécu leurs pères, de l’adrénaline. Ils veulent sortir de la routine, avoir des choses à raconter. En d’autres termes, ils ont de la peine à trouver leur place face à la génération ayant participé à la seconde guerre mondiale. Ils ne reconnaissent pas les valeurs de leurs parents. Nous sommes dans une Amérique en pleine ébullition. Les jeunes aspirent à davantage de liberté et les restrictions imposées par les générations précédentes sont oppressantes . Ils cherchent toute sorte de défis afin de pouvoir se mettre en valeur ( courses automobiles etc ).

Perfecto, béret, lunettes de soleil, bottes de cuir et moto, Marlon provoque. Et Benedek nous présente immédiatement le personnage principal : Johnny, qui vole le trophée d’une course de moto dès le début du film et génère même une altercation avec un policier. Le groupe de motards file vers une petite ville innocente perdue dans la campagne. Ils vont s’y bagarrer, boire et s’amuser avec leurs motos.

La mise en scène est sobre, similaire aux autres films des années 50. Sur un plan purement formel, le format de l’image en 1:33, assez carré, est restrictif. Johnny et sa bande occupent la majeure partie de l’image, ils monopolisent l’espace, nous avons donc l’impression qu’ils cherchent sans cesse à s’échapper du cadre et donc de ces restrictions.

La génération parentale est illustrée par Mary Murphy dans le personnage de Kathie. C’est une jeune fille de la campagne en total désaccord avec les valeurs incarnées par Johnny. Ce dernier va tenter de la séduire en vain. Elle ne cesse de se demander pourquoi ces jeunes voyous agissent ainsi. Brando prononcera d’ailleurs cette réplique culte entrée dans l’histoire lorsqu’une autre jeune fille lui demande : « Hey Johnny, what are you rebelling against ? (Hey Johnny, tu te rebelles contre quoi ?). Il lui répond : « What have you got ? »(Qu’est ce que tu me proposes ?). Cette simple réplique est révélatrice d’une jeunesse perdue ne sachant pas vraiment contre qui ou contre quoi s’opposer. Johnny est incapable de montrer ses sentiments et est effrayer à l’idée de faire preuve d’émotions. Néanmoins à la fin du film Kathy parvient à susciter l’esquisse d’un sourire sur le visage de Johnny. Celui-ci est en réalité un faux méchant jouant les rebelles, habile mise en abîme. C’est un rôle dans tous les sens du terme !

Cette fiction comporte un fort aspect documentaire. Son influence fut considérable : Elvis Presley tient son look de Johnny, tandis que James Dean voulait, lui, acheter la Triumph Thunderbird 6T la moto phare du film. Quelques années plus tard Denis Hopper, en pleine période hippie offrira une relecture de cette ode à la liberté.

Copyright : SFMOMA

NOTE:

12/10

Ce long-métrage est un monument, le film qui a le plus marqué son époque. Un seul homme a réussi à en influencer des millions, c’est Brando, illustrant les tabous de la société américaine de l’époque avec une certaine brutalité, mais une brutalité séduisante et charmante portée par probablement un des meilleurs rôles qu’il ait eu. L’équipée sauvage est peut-être le premier film important qui glorifie la marginalité. Cette oeuvre est intemporelle, une mise en forme qui a vieillit certes mais pas son essence profonde.

Bande-annonce:

(Produit par COLUMBIA PICTURES)

2 réponses sur « L’équipée sauvage »

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