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Mank

Plongée dans les années 30 et leurs travers

🎬 Réalisateur : David Fincher (Zodiac, Fight Club)

🎬 Casting : Gary Oldman (The Dark Knight), Amanda Seyfried (Mamma Mia!), Lily Collins (Tolkien), Arliss Howard (Full Metal Jacket)

🎬 Genre : Biographie / Drame

🎬 Sortie : 4 décembre 2020 (Netflix)

Synopsis : Dans ce film qui jette un point de vue caustique sur le Hollywood des années 30, le scénariste Herman J. Mankiewicz, alcoolique invétéré au regard acerbe, tente de boucler à temps le script de Citizen Kane d’Orson Welles.

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Après six ans d’absence, c’est sur une plateforme de streaming que David Fincher décide de revenir et avec une oeuvre aussi prétentieuse que déroutante : Mank. Malheureusement, le retour du roi est mitigé.

Ainsi, nous suivons durant 11 ans la vie du scénariste Herman J. Mankiewicz, grande gueule alcoolique restée dans l’ombre et dont le talent est oublié de tous. De 1930 à 1941, ce film nous plonge dans les coulisses d’Hollywood, de Citizen Kane et dans la réalité politique, industrielle et mondaine du cinéma.

Avec Mank, c’est tout un pan de l’histoire cinématographique que David Fincher a voulu représenter, bien au-delà de la conception houleuse de Citizen Kane. C’est le portrait de toute une période que le réalisateur décide de faire défiler sous nos yeux avec une narration non linéaire et naviguant du présent vers le passé : un procédé proche du génie qui va projeter le film vers une vision globale d’une industrie hollywoodienne en plein essor. Ainsi, si ces flashbacks et la narration même tournent autour du scénariste Mankiewicz, ces évènements de vie illustrent une époque et une histoire cinématographique autant qu’ils n’alimentent la profondeur du personnage et ainsi, l’inspiration dans son écriture de l’oeuvre américaine la plus merveilleuse.

On peut le dire, Fincher est un maitre de la mise en scène de dialogues et de la captation du public dans son récit. Mank ne déroge pas à la règle et offre des scènes bavardes et méticuleusement réalisées où la caméra effleure l’espace scénique avec des mouvements épurés et nets – qui rattrapent certains mouvements de caméra dignes d’une série B -. Il faudra cependant se replonger dans l’histoire hollywoodienne de l’époque pour réussir à contextualiser les nombreuses conversations et sujets abordés ; une richesse historique qui pourrait faire tourner la tête à un bon nombre de spectateurs. Une perdition presque inévitable avec la multitude de personnages parasites et de verbiages que comptent ce film : on s’y perd rapidement.

En revanche, il est certain que ce film vendu comme un « 30s movie » par Eric Roth, l’un des producteurs, – rappelant que Fincher a réalisé « un film en noir & blanc des années 30 et que c’est l’impression que ça donne » – n’est absolument pas un « 30s movie » et se rapproche plus de l’hommage gentillet que de l’exactitude visuelle. On est loin du noir & blanc impactant de l’époque, Mank propose une esthétique très lisse et claire où les contrastes se font timides et où les jeux de lumières manquent terriblement pour apporter le relief visuel et la profondeur d’image si caractéristiques des 30s-40s.

Et si cet aspect est en-deçà dans ce long-métrage, le too much n’est cependant pas très loin. David Fincher offre un re-création maniaque du Hollywood de l’époque, notamment grâce à des stratagèmes de champs contre-champs intelligents mais cependant couplés à des fonds souvent à la limite de la brûlure oculaire. De plus, certains procédés sont de l’ordre du gadget inutile plutôt que d’une servitude narrative ou visuelle tels que les « cigarette burns » toutes les 20 minutes – les marques rondes en haut à droite des pellicules qui indiquent aux projectionnistes quand changer de bobines -.

Pour finir, cette re-création de l’âge d’or hollywoodien et de ses films ne pouvait s’opérer sans une musicalité particulière à cette ère mais malheureusement dans Mank, la musique est une pâle copie hasardeuse et pompeuse tel un condensé de toutes les atmosphères sonores et les musiques sculptures qu’offraient l’époque. Ainsi, on se retrouve avec des thèmes musicaux beaucoup trop présents et n’ayant pas nécessairement d’attaches avec la narration encourue dans les plans, dramatisant ce qui ne l’est pas ou faisant preuve d’une gaieté intempestive.

Cependant, s’il y a bien quelque chose à retenir de Mank, il s’agit du personnage de Mankiewicz, l’incarnation même du personnage finchérien : un héros à la recherche d’un idéal irréalisable. Dans ce film, cela se traduit pour Mank, par l’envie de raconter la vérité sur le monde américain à travers ses écrits mais également par l’envie de ne plus être considéré comme « un clown » mais comme un scénariste influent et sérieux. Et même si le personnage ne semble pas arriver à cet idéal, Fincher réussit à le réaliser aux yeux d’un spectateur qui constate, au détriment de Mank, l’impact de ses mots et son influence. Gary Oldman porte alors à l’écran un Mankiewicz remarquable et disons-le franchement : il porte le film à lui seul.

Told the story you know.

John Houseman

Note

Note : 6 sur 10.

6/10

Mank signe le retour de David Fincher mais pas de son complet talent. Voulant rendre hommage à une époque, le réalisateur se perd dans un style noir & blanc fade même si l’apport historique et la richesse des dialogues sont au rendez-vous. Netflix marque cette année son arrivée dans la cour des grands avec cette oeuvre finchérienne imparfaite mais jouissive.

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