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Mignonnes

Se servant efficacement des clichés de son genre pour mieux servir son propos, Mignonnes est une belle réussite que l’on vous évoque ici !

🎬 Réalisateur : Maïmouna Doucouré (Maman(s))

🎬 Casting : Fathia Youssouf, Medina El Aidi, Esther Gohourou

🎬 Genre : comédie, drame

🎬 Pays : France

🎬 Sortie : 19 juillet 2020 (France)

Synopsis : Amy, 11 ans, rencontre un groupe de danseuses appelé : « Les Mignonnes ». Fascinée, elle s’initie à une danse sensuelle, dans l’espoir d’intégrer leur bande et de fuir un bouleversement familial…

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Maïmouna Doucouré n’est pas une inconnue dans nos contrées. En effet, dès 2015 elle signe un court-métrage remarqué, Maman(s), qui met en scène une jeune fille se confrontant à la polygamie de son père. L’œuvre se verra récompensée d’un césar du meilleur court-métrage.

En janvier 2020, la réalisatrice présente à Sundance son premier long métrage qui pourrait être vu comme à la fois une prolongation et un approfondissement de ce coup d’essai loin d’être passé inaperçu. Bien lui en a pris puisque son film sera récompensé d’un prix de la réalisation au célèbre festival du film indépendant américain.
Dans Mignonnes, le spectateur pourra suivre Amy (Fathia Youssouf) , une pré-adolescente dont le père est au bled en attendant de faire venir sa 2è femme en France, et qui va devoir faire face à la résignation de sa mère et l’enfermement culturel dans lequel veut la maintenir sa tante.

Amy va devoir trouver une porte de sortie qu’elle trouvera dans la danse grâce à sa rencontre avec 4 autres pré-ado composant un groupe de danseuses du nom des « Mignonnes ».

En abordant à priori un sujet déjà évoqué à de nombreuses reprises au cinéma, à savoir l’enfermement du corps des filles face à une tradition culturelle pesante, Maïmouna Doucouré s’expose inévitablement à joncher son récit de clichés. Et pourtant…. Comme le disait un certain Woody Allen -dont certains de nos lecteurs, on l’espère, ont déjà entendu parler- « Les clichés sont parfois la meilleur façon de s’exprimer ». Et c’est bien le cas dans le film qui nous concerne ici.
Dès le début du film, les femmes présentes dans la communauté d’Aminata sont prisonnières de leurs traditions, de leurs vêtements, de leur religion, y compris de la courte focale adoptée par la caméra de la réalisatrice. Celle-ci ne commencera à s’élargir qu’au moment de la rencontre avec Angelica (interprétée par Medina Al Aidi), jeune voisine d’Amy, leadeuse des Mignonnes, et  qui représentera pour Amy une alternative de liberté.

Le groupe des Mignonnes est composé de pré-adolescentes, à la personnalité bien tranchée mais attachante. Celles-ci initieront dans un premier temps Amy à la danse, avant que celle-ci n’iintie ses condisciples à certaines bases du twerk, avant de se retrouver dans une spirale la poussant à se réapproprier un corps dont elle se sent de plus en plus étrangère, à l’aube de la puberté, ainsi qu’à se réapproprier ses propres choix de vie, à l’inverse de sa mère, le modèle féminin le plus fort dans la vie d’Amy.

Ici Maïmouna Doucouré se sert efficacement de clichés déjà vus auparavant pour mieux faire ressortir l’enfermement dans lequel vit Amy, sans pour autant en faire une martyre. Au contraire, elle s’intéresse au cheminement par lequel la jeune fille va s’émanciper. Cela passera d’abord par une réappropriation de son propre corps (d’où la présence si importante de la danse), de son image (Amy se verra changer de garde robe de manière très brutale mais avec une satisfaction qui convaincre le spectateur le plus sceptique qu’elle a fait le bon choix, tant son épanouissement personnel devient à la fois un enjeu du film et un soulagement pour le spectateur déjà cité ainsi qu’un post instagram assez surprenant qui ne sera pas sans conséquences.).

La réalisatrice développe un genre assez peu usité pourtant traçable jusqu’aux années 80, à savoir le « pré-teen movie » ou « film de pré-adolescent ». A l’inverse de leurs aînés, les pré-ados ne sont pas tant concernés par leur première expérience sexuelle ou leurs premiers contacts avec la drogue, mais cherchent avant tout leur place en tant qu’être individuels dans une masse d’individus adaptés aux normes de leur environnement. Si on peut trouver de premiers exemples tels que le « Stand by Me » de Rob Reiner ou encore le « Explorers » de Joe Dante, la question reste encore d’arriver à définir ce genre au final naissant. Tentons de rassembler divers éléments communs : le spectateur est face à une bande de pré-adolescents tentant de surmonter un environnement familial difficile, avec l’aide de ses amis, et le tout au travers d’une quête, pour laquelle tous les soutiens possibles seront importants. Il s’agit d’exister dans un monde d’adultes, tout en y étant pris au sérieux. Et pour cela, le fait de surpasser la quête imposée dès le départ permettra de de transcender l’état d’êtres passifs dans lequel la minorité les enferme, pour enfin accéder à un statut supérieur.

Bande-annonce :

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