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Nomadland – La Balade de la Solitude

Retour sur un long métrage entre fiction et documentaire

🎬 Réalisatrice : Chloé Zhao

🎬 Casting : Frances McDormand

🎬 Genre : Drame

🎬 Sortie : 9 juin 2021

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Nomadland, grand gagnant des Oscars 2021, sort aujourd’hui dans les salles obscures. Une belle occasion de revenir sur ce film gracieux ayant remporté (entre autres) un Lion d’or, l’Oscar du meilleur film, de la meilleure réalisation et de la meilleure actrice pour Frances McDormand. Ce n’est que le troisième long-métrage de la réalisatrice et scénariste chinoise Chloé Zhao, l’augure d’une grande carrière. On décrypte ensemble le film !

Le point de vue de Chloe Zhao se révèle à la fois étonnant et déroutant de beauté. Tout comme The Rider, elle place son film entre le documentaire et la fiction. L’utilisation de la caméra à l’épaule, à hauteur des personnages, cherche le réel en multipliant les plans séquences. Tandis qu’en parallèle, Nomadland est jonché d’images contemplatives sublimées par la très bonne bande originale de Ludovico Einaudi, d’une sobriété émouvante. 

Ce dispositif permet de faire émerger une poésie insoupçonnée et de saisir le spectateur dans son rapport au réel. La solitude y est tellement bien retranscrite qu’elle en devient contagieuse, traversant l’écran pour nous questionner sur notre propre condition. La liberté dont jouissent les Nomades dans le film donne certes envie mais se révèle surtout saisissante. La proximité entre les personnages et le spectateur, accentuée par les interviews quasi face caméra, instaure une vraie implication dans le film. 

Nomadland nous interroge sur la thématique de l’héritage, la trace que l’on laisse dans ce monde lors de notre mort. La présence du temps qui passe est omniprésente dans le film, en sous-texte. Il se voit sur les visages ridés des personnages, sur leurs vêtements, sur l’état de leurs caravanes, véritables carrosses bougeant plus que leurs propres corps. Nomadland s’avère finalement être un long métrage sur le choix de la solitude et sur cette errance au nom d’une liberté contrastée que l’on ne peut atteindre qu’en s’isolant de la société. 

Le récit et son rythme sont dictés par une veuve d’une soixantaine d’années venant de perdre son emploi et décidant de voyager à la recherche d’un nouveau travail. Interprétée par la bouleversante Frances McDormand, toujours aussi parfaite de justesse, elle fait partie de ces personnages médiateurs aidant le spectateur à entrer dans l’univers dès le début du film, car, elle aussi, elle vient d’entrer dans ce mode de vie.

Son personnage, Fern, multiplie des emplois saisonniers très concrets, terre à terre. Malgré cela, le film tend la main aux spectateurs en l’invitant à s’ouvrir à quelque chose de plus grand, à regarder vers l’univers, vers la rêverie dont ont justement besoin les Nomades du film. Le spirituel et l’imaginaire côtoient la dure réalité de leur vie, comme un dernier moyen de se laisser envahir par le rêve. On rejoint cette idée cinématographique qui me touche particulièrement, l’envie de ré-enchanter le réel. 

Chloé Zhao arrive à conserver un équilibre, tant dans le rythme de son récit que dans la justesse de son propos. Elle ne fait pas son film pour discriminer une Amérique défaillante ou pour faire l’apologie de l’errance. Certes, ses personnages pointent du doigt des problèmes de société existants (inégalités importantes pour les personnes âgées en fin de carrière), mais partagent également une philosophie de vie marginale totalement acceptée et globalement adoptée. Son propos considèrent donc les deux côtés, évitant un manichéisme bien trop récurrent à notre époque. 

Enfin, comment parler de Nomadland sans évoquer le genre du Road-trip ? Glissant sur le mélancolie sans jamais tomber dans le pathos, Nomadland s’inspire des codes de ce genre cinématographique très apprécié tout en conservant sa singularité. En effet, contrairement à la plupart des personnages qui s’engage dans un Road-trip, Fern n’a justement pas d’objectif, de destination à atteindre, elle avance au hasard, donnant au récit une imprévisibilité libératrice.


Note

Note : 7 sur 10.

7/10

Traiter d’un sujet difficile de manière relaxante, apaisante en favorisant l’introspection autant de son personnage que de son spectateur, Chloé Zhao relève le défi avec brio. Après avoir fait ses preuves sur son précédent film The Rider, Nomadland n’est que la confirmation de son talent et de sa vision personnelle d’un réel appelant un au-delà, presque mystique. Son prochain long-métrage The Eternals, très attendu, la verra se confronter aux films de super-héros puisqu’il fera partie de l’univers Marvel. Chloé Zhao réussira-t-elle à être le renouveau attendu pour une industrie jugée beaucoup trop calibrée et pas assez artistique ? Ce qui est sûr, c’est que la réalisatrice chinoise n’a pas peur de voyager entre les genres et les publics, véritable nomade cinématographique.

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