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Nos années sauvages

Retour sur la jeunesse innocente du Shanghaï des années 60.

Réalisateur : Wong Kar-Wai

Casting : Leslie Cheung, Maggie Cheung, Andy Lau, Carina Lau

Genre : Drame

Pays : Hong-Kong

Sortie : 15 Mars 1990 (Hong-Kong); 6 Mars 1996 (France)

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Synopsis : Il existe un oiseau qui ne s’arrête jamais de voler et s’endort dans le vent.
Il ne se pose qu’une seule fois dans sa vie… pour mourir.
Romantique et mélancolique, tendre et poétique, déchirant et évocateur, ce film est le portrait de l’innocence perdue, de l’adolescence.

Inutile de s’attarder sur Wong Kar-Wai. Réalisateur phare du cinéma asiatique des années 90/2000, il a su s’affirmer en occident. A travers toute la filmographie du réalisateur les mêmes thèmes et les mêmes contextes sont approfondies. En effet certaines similitudes sont présentes. Il est question de « liens » entre ses films, comme si ses oeuvres n’en étaient, au final, qu’une seule. C’est ce qui caractérise le charme de ses longs-métrages. La familiarisation avec ses films s’avère alors facilitée, voir même, inévitable. Nos années sauvages, sa deuxième oeuvre en tant que réalisateur et première d’auteur est donc intéressante d’analyser. La caméra vagabonde à travers les malheurs des individus. Un film qui traite de la tristesse d’une manière douce et mesurée.

Amour, mélancolie, innocence et jalousie. Tels sont les mots pour définir les personnages de ces magnifiques histoires. Nos années sauvages séduit par la mise en forme narrative et la mise en scène novatrice que l’on nous propose. Le film est rempli de tristesse. La pluie, constamment présente, sont en réalité les pleurs des jeunes filles. La cause, c’est Yuddy, jeune homme innocent et perdu à la recherche de sa mère biologique. Elevé par sa tante, il se console dans les aventures et les filles qu’il séduit. La métaphore de l’oiseau qui vole et qui ne mourra seulement lorsqu’il se posera, c’est évidemment lui. Il saura quelle femme il aura aimé seulement le jour de sa mort. Tant qu’il volera, tant qu’il collectionnera les conquêtes, il ne peut le savoir. Il recherche l’amour. L’amour d’une mère. Le véritable amour. Mais qu’est ce que le véritable amour ? L’amour de sa tante ne lui suffit donc t-il pas ? Elle l’a pourtant choyé. Un scénario léger mais originale qui nous berce à travers les relations amoureuses qui ne dure seulement l’instant d’une minute. Seul, livré à lui-même dans le Shanghaï lugubre des années 60, Yuddy ne sait plus vraiment ce qu’il a en tête.

Yuddy.
Copyright Rim.
Yuddy.

La photographie est terne. Aucune couleur n’évoquant le bonheur n’est présente. Seul le vert, le bleu et le noir dictent la photographie. Le vert, en chine, représente la fécondité masculine, symbole des conquêtes de Yuddy. Le noir, représente la virilité, la force, l’autorité masculine. Il représente aussi le crime et le désastre. Le protagoniste baigne dans ces couleurs tout au long du film. La seule séquence ou son visage sera pleinement éclairé, c’est lorsqu’il s’apprête à partir à la recherche de sa mère (photo ci-dessus). C’est comme une délivrance, ou il se libère de ce noir morose, de ce quotidien sans avenir. Le bleu, c’est la mélancolie, Maggie Cheung, qui incarne une des conquêtes deYuddy pour son deuxième rôle avec Wong Kar-Wai, est plongé dans ce bleu lorsqu’elle pleure son amour passager.

Copyright Rim.
Su Lizhen. (Maggie Cheung)

La caméra accompagne les expressions faciales des personnages. En nous imposant un cadre restreint et étouffant, Wong Kar-Wai nous plonge dans les sentiments qui emprisonnent les individus. En effet elle marie parfaitement la douceur avec la tristesse.

Lorsque Yuddy retrouve enfin sa mère, cette dernière refuse de le voir. C’est en lui tournant le dos qu’il quitte la résidence. Ils se fuient mutuellement. L’amour ne lui est donc pas destiné et réciproquement il n’est pas destiné à l’amour. Egaré et dans l’incompréhension face au choix de sa mère il décide, de gré ou de force, de se faire une place dans ce monde cruel. La photographie, rempli de noir, annonciateur du crime, s’avérera véridique…

NOTE :

8/10

Echec commercial lors de sa sortie Nos années sauvages est désormais considéré comme un élément majeur de la filmographie de Wong Kar-Wai. Tous son génie est démontré à travers cette mise en scène extrêmement moderne et poétique. Ce récit illustrant la jeunesse perdu des années 60 lui vaudra d’ailleurs le surnom de « La fureur de vivre » asiatique. Un film magnifique qui sublime le lugubre.

Bande-annonce :

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