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Rencontre avec Guillaume Pierret

Nous sommes allés à la rencontre de Guillaume Pierret, alors que son film Balle Perdue vient de sortir sur Netflix, pour parler de cette sortie !

Réalisateur repéré grâce à ses courts métrages, notamment, « Surrender » en 2009 ou encore « Matriarche » en 2014, Guillaume Pierret a sorti son premier long métrage, disponible sur Netflix « Balle Perdue ».
Mis à la disposition du public depuis le 19 juin dernier, le film rencontre énormément de retours positifs. C’était l’occasion de partir à la rencontre de Guillaume Pierret et de discuter avec lui de ses débuts, ses collaborations, et son rapport au cinéma.

Ciné Maccro : On retrouve dans ton film un ballet des corps et des véhicules, plus un certains sens du détail autour des mouvements que tu cadres. On sent que tu essaies de retrouver une sorte de cinéma d’action « à l’ancienne ». C’est quelque chose qu’on pouvait déjà observer sur tes précédents travaux. Du coup on pourrait se demander si il y a des influences cinématographiques en particulier qui t’ont convaincues de continuer à rechercher ça.

Guillaume Pierret : C’est vrai que les courts métrages, mon parcours de réalisateur autodidacte, sans moyen, et qui a envie de faire des choses spectaculaires d’action etc… m’ont canalisé dans ce truc là. En gros, le fait de travailler sans moyen, avec une seule caméra et de faire des courts métrages d’action, ça oblige à faire tout en dure, de manière artisanale, de tricher beaucoup, de toujours être dans une sorte d’urgence pour qu’on ne s’ennuie pas et pour qu’on puisse mettre un maximum de choses à l’écran, je pense que ça vient de là.
À l’époque, les plus grosses influences que j’avais, c’étaient la série The Shield  qui était une série prise sur le vif et il y a eu aussi La Mort dans la peau (NDLR : le 2è volet de la saga Jason Bourne). Moi j’ai toujours aimé filmer comme ça, mais tout à coup, on avait au cinéma et à la télé des partis pris de réalisation, très organiques, qui me parlent et qui légitimaient ceux que j’utilisais justement.
Malgré mon caméscope moisi, je pouvais filmer sur le vif, me débrouiller au montage.
Toute cette énergie a résonné en moi et m’a conforté dans le fait de continuer comme ça.
Le fait que Greengrass ou les réalisateurs de The Shield se permettent de filmer l’action, de manière très nerveuse, et ça sur le vif, avec des plans pas forcément axés sur l’action à certains moments etc, c’était génial. Je me retrouvais là dedans. Je me disais « Ce qu’ils font eux, je peux le faire avec mon caméscope en fait. »

CM : Tu as livré un film d’action, ce qui n’est pas le genre le plus représentatif du cinéma français. Est-ce que tu cherches à faire un cinéma à l’Américaine, comme Luc Besson, à la française ou bien tu t’en fiches et tu veux juste faire le cinéma qui te ressemble ?

GP : Bah moi je pense que je suis un peu une somme de tout ça. Je suis très attaché au cinéma français et en même temps j’ai beaucoup d’influences américaines et asiatiques. Donc je suis la somme de tous les films que j’aime sans me demander si ils sont français ou pas. Au final, je pense que je fais une tambouille bien à moi, sans essayer de copier qui que ce soit.
C’est vrai qu’à l’époque d’Europacorp, au début des années 2000, tout ce qu’il y a eu comme films d’action après Matrix par exemple, bah c’était pas mal. Ça donnait l’impression que la France pouvait aussi compter dans ce type de production. Et j’aimerais beaucoup qu’on continue de développer ça en France, parce qu’on a les meilleurs techniciens pour ça.

CM : Le film est actuellement disponible sur Netflix. Est-ce que ton choix de privilégier la célèbre plateforme a un rapport avec le blocage des sorties actuelles vu le contexte sanitaire qu’offre la COVID-19, ou bien tu n’avais pas foi en les sociétés de distribution pour garantir la bonne visibilité de ton film ?

GP : Le film s’est monté financièrement avec Netflix bien avant la COVID. De base, je connais un peu le sort des films de genre français. J’avais très très peur que Balle perdue soit mal distribué, dans peu de salles, qu’il ne rencontre pas son public en fait. Ça c’était un peu ma hantise.
Le film plaisait, de toute façon, à des distributeurs français, des producteurs français etc… On sentait une vraie envie autour du film. Mais il y avait Netflix dans la liste aussi, et moi j’ai demandé à mon producteur (NDLR : Rémi Leautier) qu’on aille les voir le plus tôt possible en fait, parce que j’avais envie que mon film soit vu dans 190 pays d’un coup, qu’il rencontre son public immédiatement. Donc comme je suis pas du tout un fétichiste de la salle et que je suis un très très gros consommateur de streaming, ça me paraissait logique que mon film finisse sur une plateforme en fait, et si possible Netflix. Ce n’est donc pas un choix par défaut. J’avais vraiment envie de travailler avec eux, et je pense d’ailleurs qu’il y a beaucoup de réalisateurs, d’auteurs, et de producteurs aussi, qui en font maintenant leur choix privilégié, pour certains types de films.

CM : C’est donc ton premier long métrage. Ce qui implique plus de collaborateurs, d’intermédiaires. Est-ce que tu as ressenti une pression, ou du moins est-ce que tu t’es vu adapter ta méthode de travail habituelle, voire l’améliorer pour gagner en efficacité ?

GP : En fait au niveau pression, c’est quasiment la même chose que pour un court métrage. Même si c’est un long, qui a plus de budget et plus de temps de tournage, pour moi le facteur temps/argent m’a semblé presque équivalent : on travaillait dans l ‘urgence, on savait que c’était intense, on savait qu’on avait pas spécialement de temps à perdre. Je savais que ce que j’avais écrit et décidé de tourner ne déborderait pas du planning de tournage. Du coup je me suis retrouvé dans la même énergie qu’un court métrage en fait. Puisqu’en court métrage, on faisait déjà des choses ambitieuses, on se battait contre le temps, l’argent et tout. Enfin, on se battait pas vraiment, mais on acceptait le fait que ça faisait partie du deal.
Et pour le long métrage ça a été la même chose : on mettait tout l’argent à l’écran. On a des ambitions démesurées forcément par rapport à l’économie du film. Quand je dis « on », je parle de mon producteur, Rémi, et moi. C’est vrai qu’on travaille ensemble depuis des années et pour passer au long, on savait qu’on travaillerait dans le même type de configuration.
Évidemment, ça permet de s’entourer de plus de gens talentueux sur un long métrage, d’avoir une vraie équipe, d’avoir plus de monde. On a des comédiens très investis que tout le monde connaît etc…
C’est ça qui change en fait : il y a plus de rapport humains, plus de monde. Mais au niveau fabrication pure, c’est quasiment la même chose. Ça reste de l’artisanat.

CM : D’ailleurs on peut avoir l’impression que ça te stimule le fait de travailler dans l’urgence.

GP : Oui, c’est très stimulant. J’ai un peu l’impression que les journées où on était dans l’urgence, dans le manque de temps, ont donné au final les scènes les plus simples à monter mais aussi les plus intéressantes. J’aime bien travailler sous pression, m’adapter au dernier moment. Ne pas être dans le confort en tout cas.

CM : Tu aurais un exemple de l’une de ces scènes que tu trouves le plus efficace dans le film ?

GP : Honnêtement ça concerne moins les scènes d’action que les scènes d’ambiance, de jeu et tout. Il y a des séquences vers la fin du film où on est dans une ferme. Dans le film c’est un des moments qui dure assez longtemps. Il y a plein de scènes en continue dans la diégèse, mais qui sont ramassées sur une seule journée en terme de tournage. C’est à dire que du moment où Lino et Quentin (NDLR : respectivement incarnés par Alban Lenoir et Rod Paradot) arrivent à la ferme, tout ce qui s’en suit, soit la mort de Quentin, Lino qui trouve la voiture sous le tas de fumier, le coup de fil à Areski ou encore le moment où Lino va fabriquer les harpons, ben tout ça est filmé en une seule journée, une grosse journée d’ailleurs. On était en fin de tournage et on avait plus beaucoup de temps. Et c’était d’ailleurs une journée où on était dans le pic caniculaire donc on était vraiment dans la région où il faisait clairement 46°C. On filmait en extérieur et Alban avait ce jour là aussi une gastro, donc il était vraiment HS. En plus il avait sa veste qui est lourde, donc il ressentait encore plus la chaleur. C’est typiquement le journée où on se dit : « Il vaut mieux se mettre en sinistre, et on le fait pas », mais on l’a fait quand même et on a rentré toutes les minutes utiles de ce jour là d’un seul coup.
(NDLR :Pour rappel, dans le cinéma, une journée de tournage de 7h donne en moyenne 3 minutes d’images dites utiles – soit exploitables à l’écran- par jour).
Donc travailler dans l’urgence, ça permet aussi de donner un cadre, et de se recentrer sur les choses importantes. Et du coup c’était quasiment du tourné/monté, et ça a marché. La monteuse était ravie aussi au final. Et j’aime beaucoup cette partie là du film.

CM : Pour le prochain film, tu te vois aller vers quel côté ? On peut avoir l’impression que ton évolution logique serait que tu fasses ton propre Rio bravo, comme a pu le faire John Carpenter avec Assaut, Florent Emilio Seri avec son Nid de guêpes ou encore Jean-François Richet, de manière un peu moins heureuse, avec son remake de Assaut.

GP : J’aime le cinéma d’action en fait, mais j’aime avant tout le cinéma d’aventure généreux, spectaculaire qui propose des défis un peu techniques. En gros j’ai l’ambition d’en mettre plein la vue. Moi à terme, j’aimerais énormément faire un film de science-fiction. Alors bien sûr c’est pas les mêmes budgets et je suis justement le genre de réalisateur qui pense beaucoup à l’économie dans laquelle il évolue. Donc là par exemple, je sais faire de l’action avec pas grand chose. A terme, j’espère que j’aurai des budgets plus importants, et que je pourrai faire mon Star Wars si il y a moyen. Évidemment, ça c’est un rêve, mais c’est encore autre chose. Du coup je pense que je vais continuer dans l’action, dans ce côté un peu blockbuster. J’aimerais vraiment qu’on ait des blockbusters en France qui ne soient pas des comédies. J’aimerais vraiment des trucs populaires d’action, tout simplement, et en mode premier degré bien sûr.

CM : Oui, donc revenir à quelque chose qu’on avait tout simplement déjà avec Jean-Paul Belmondo ou Alain Delon dans les années 70’s – 80’s. On peut penser notamment au film Le Marginal de Jacques Deray avec une super scène de course poursuite en voiture qui se finit avec une volée de voitures fracassées.

GP : Bien sûr, voilà. On a perdu ça tout d’un coup. Et du coup, tous ces techniciens sont partis former des gens aux États-Unis. On a perdu ce petit pan de notre patrimoine. Dans les années 70, il y avait des films que je considère comme des chefs d’œuvres, comme Le vieux fusil ou La Horse avec Jean Gabin. Il y a des films comme ça qui aujourd’hui seraient considérés comme des OVNIS, mais à l’époque c’était un peu la norme de sortir ce type de films. C’était monnaie courante.

CM : Oui, quand tu vois Belmondo qui faisait ses propres cascades, tu te dis qu’il fait ça 30-40 ans avant Tom Cruise finalement. Ce qui est justement prisé de nos jours.

GP : C’est ça. Il y a eu Buster Keaton aux States, Belmondo qui peut s’inspirer de lui et qui fait ça en France puis Tom Cruise qui s’inspire de Buster Keaton et de Belmondo. Il y a une sorte de vase communiquant qui fait que y a pas le cinéma américain d’un côté, et le cinéma français de l’autre. Les américains ont compris ça et se nourrissent un peu de tout ce qui marche dans les autres pays et ils construisent autour de ça. Tandis que nous (NDLR : En France) on a abandonné un peu tout ça en terme d’action.
L’action est plutôt au service de films de comédie. Ça fait déjà quelques dizaines d’années que c’est comme ça.

CM : D’ailleurs, c’est une bonne transition. On se demandait si le cinéma français ne subissait pas une sorte d’uniformisation. Quel est ton avis ? Et est-ce que pour toi Netflix pourrait être, non pas une alternative, mais un stimuli pour le cinéma français ?

GP : Alors, moi je sais pas si il est si uniformisé. On a quand même pas mal de films exceptionnels en France. Il faut juste être suffisamment curieux pour aller vers ces films-là, mais il y a plein de propositions qui sont assez fantastiques. Par contre c’est un peu clivé dans le sens où les films à gros budget vont être uniquement des comédies avec un casting qu’on a déjà vu 100 fois dans d’autres films. Tandis que tous les autres films vont être dans une économie bien moindre, et plus disparate entre les gens. Donc je ne sais pas si Netflix va changer ça. En tout cas ils ont le pouvoir de réinvestir dans ce qu’on appelle les « films du milieu ». Ce sont ces films qui ont un besoin d’un budget un peu bâtard. C’est à dire qu’en France on est un peu entre deux eaux : soit on fait un film à 2 millions et demi, soit on fait directement des films à 8 ou 10 millions qui sont considérés comme des gros films, et souvent des comédies, parce qu’elles sont rentables etc.
Netflix peut aider ces films du milieu à exister. Par exemple, Netflix a soutenu récemment Marianne qui est une série horrifique. Ce n’est pas quelque chose que j’aurais pensé voir se faire en France. Mais ça s’est fait, et avec beaucoup de talent. Donc je pense vraiment que Netflix n’est pas une alternative pour les productions françaises, plutôt un bon complément.

CM : Ça fait quelques fois maintenant depuis le début de cette interview qu’on évoque Rémi Leautier, qui est ton producteur. Vous avez fait vos début ensemble, et on sent que vous fonctionnez comme un duo. Est-ce que tu peux nous parler de votre collaboration et son évolution depuis vos débuts ?

GP : Le duo qu’on forme n’a jamais changé. À la limite on a chacun évolué dans nos compétences respectives. C’est à dire qu’il s’est vraiment plongé dans la production, et moi je me suis vraiment plongé dans l’écriture et la réalisation. Et au final, c’est encore mieux, ça nous rend vraiment complémentaires, et il est vraiment mon allié derrière la caméra. C’est quelqu’un qui me fait confiance et à qui je fais extrêmement confiance aussi.
C’est un rapport privilégié, peu de réalisateurs ont ce type de rapport avec leur producteur, alors que je trouve que c’est quelque chose qui est essentiel. Et c’est grâce à ça que Balle Perdue s’est fait dans les bonnes conditions. Si le producteur ne s’entend pas bien avec le réalisateur, ça peut donner une catastrophe industrielle. (NDLR : Pour avoir des exemples de ce type, n’hésitez pas à allez les voir les films signés sous le nom d’Alan Smithee, et dîtes-vous que ce n’est que la partie émergée de l’iceberg)
Sinon dans l’évolution de notre relation, je ne vois pas de différences, mais c’est aussi parce que je le côtoie tous les jours.

CM : Si j’en crois une interview qui date de la sortie de « Surrender » vous faisiez vos études ensemble en même temps que vous prépariez ce court. C’est même Rémi qui repérait les décors, les voitures que vous alliez fracasser par la suite…

GP : C’est ça. C’est Rémi qui s’occupait de toute la partie logistique sur les courts métrages et qui allait négocier pour les voitures, pour bloquer des routes etc. C’est quelqu’un qui peut aller négocier des voitures chez un concessionnaire auto et qui peut aussi aller parler à Netflix. Il peut parler à tout le monde, ce qui en fait un producteur de terrain assez fantastique. C’est un véritable couteau-suisse : il est là sur le tournage tous les jours donc il a double casquette. Il est le producteur au sens large, mais il est aussi très concentré sur l’artistique et il s’arrange pour que j’ai tout à disposition pour faire quelque chose de bien.
Par contre on n’a pas fait nos études ensemble. Il était mon acteur principal sur ce court. Mais c’est vrai qu’on se connaît depuis qu’on est vraiment tout petit. Je le connais depuis plus longtemps que mon frère dis-toi. On était voisins, on a grandi ensemble, et par la suite on a commencé à faire des courts métrages ensemble, directement. C’est mon acteur principal depuis le tout début, donc on a fait 7 ou 8 courts ensemble avant de passer sur Balle Perdue.

CM : Pour rester dans le domaine de la collaboration, on peut voir dès le générique que le scénario est signé par toi, Alban Lenoir et Kamel Guemra. Comment est-ce que chacun a pu s’insérer pour contribuer à l’élaboration du scénario ?

GP : La collaboration n’a pas marché dans un schéma où on se pourrait se demander « qui va apporter quoi ? ». L’idée c’était plutôt d’être en symbiose, d’avoir la même vision artistique, et que chaque idée que je proposais puisse raisonner chez mes collaborateurs, que ce soit mon producteur ou bien encore Alban. Alban est quelqu’un de très très impliqué de nature, et on partage la même vision de ce que doit être un film d’action. Et comme il allait être l’acteur principal, et donc remplaçait Rémi devant la caméra, il me fallait un véritable allié. Donc je voulais qu’on soit absolument au diapason tous les deux. C’est pour ça que je l’ai naturellement impliqué dans l’écriture. Je voulais que toutes les scènes résonnent en lui, et qu’il puisse aussi apposer sa patte sur le film. C’est le film d’un trio finalement, entre Rémi, Alban et moi. On avançait ensemble, on faisait front. C’est quelque chose qui est inestimable pour moi, c’est le genre de symbiose que j’aime retrouver dans le travail. Il était hors de question pour moi de considérer Alban « juste » comme un acteur. Il fallait que ce soit mon allié et mon partenaire.
Si on était dans une voiture, Rémi serait le pare-chocs arrière, moi je serais au volant, et Alban serait le pare-chocs avant et puis on n’a plus de freins et on avance, on fonce.

CM : Comment s’est géré le casting ? Par exemple, on avait déjà pu voir Alban Lenoir œuvrer dans le film de genre comme Goal of the dead, mais pour la plupart des spectateurs, Stéfi Celma et Ramzy Bédia sont des acteurs que l’on n’imaginait pas forcément -à tort- dans un film d’action 1er degré.
Qui a eu l’idée de les démarcher ?

Déjà c’était important pour moi que ce soit des gens qui aient envie de travailler avec Alban. C’est lui qui a proposé Stefi Celma et Rod Paradot, pour ne citer qu’eux. Il avait déjà travaillé avec Rod sur un court métrage, et avec Stéfi sur Antigang (NDLR : film de Benjamin Rocher sorti en 2015). Moi quand j’écris, je ne pense pas au casting, je suis très extérieur à « qui pourrait interpréter quel rôle » etc… Donc, quand se pose la question de choisir les acteurs, j’ai besoin de travailler par recommandations, et sentir que les gens qu’on va me proposer ont déjà un peu tous travaillé ensemble, se connaissent, qu’ils aient une bonne mentalité, une force de travail… De plus l’aspect « famille » est très important pour moi, donc j’ai écouté les recommandations d’Alban.
Moi par exemple, je voulais Ramzy dans le film. C’est Alban qui l’a contacté puisqu’il le connaissait. Ramzy avait envie de travailler avec Alban, mais il avait aussi énormément envie de faire un film d’action sérieux, donc il n’a pas du tout été dur à convaincre. Pour Nicolas Duvauchelle, ça a été un peu la même chose d’ailleurs.
Pour certains cas comme Sébastien Lalanne ou Emmanuel Lanzi (NDLR : Régleur action et chorégraphe de combat sur le film) et encore d’autres personnes de l’équipe techniques, il s’agit de rencontres que j’ai faites sur Paris, bien avant le film. On s’apprécie parce qu’on parle le même langage en terme de film d’action. Donc on avait prévu de travailler ensemble un jour.
C’est d’ailleurs ce qui m’est arrivé avec Alban. Je le connais depuis 2009. Il m’avait contacté sur Myspace suite à « Surrender ». Quand je suis arrivé à Paris, c’est une des premières personnes que j’ai rencontrée, et de suite on a accroché. J’aime l’idée de travailler avec mes amis, plutôt que de travailler juste avec des collègues. C’est important pour moi ce côté « films de potes ».

CM : On sait que ça fait longtemps que tu attendais de réaliser ton premier long métrage. Qu’est-ce que tu retires de cette expérience ? Est-ce que ça va impacter ta méthode de travail sur les prochains projets ?

GP : Je pense que ce qui a été le plus formateur pour moi ça a été toutes ces années d’écriture finalement, le fait de rencontrer un peu tout le milieu du cinéma, toute cette industrie de prod, de comprendre en fait les visions de chacun et les attentes du Marché. Toute la partie industrie de la profession en fait. Je sais à partir de maintenant qui je n’irai plus voir, et surtout comment gagner du temps pendant le développement d’un film.
Sur le prochain projet, je me ferais un peu plus confiance aussi, dès le début. Même si le scénario de « Balle Perdue » j’y tiens beaucoup, il a mis beaucoup de temps à se faire parce qu’il y a eu beaucoup de visions différentes selon les coproducteurs qu’on allait voir. Au final, j’ai fais ma tambouille à moi mais je peux faire un film encore plus personnel par la suite.
Donc oui, je ferais davantage confiance à mon instinct. Avec Rémi on avait une vision. On sentait que le film d’action était fédérateur, pouvait marcher si il était bien fait et que les gens allaient adorer ça et que ça aurait son petit succès. Et comme là c’est un succès pour le coup – Netflix a mis le paquet en terme de promo, parce qu’ils sont très fiers du film – j’ai envie de dire : « Mission accomplie ! ».
Du coup pour la suite, ce serait plus en terme d’écriture… Les techniques, voilà, je les ai. Donc ça ira un peu plus vite.
Ça rapporte aussi pas mal d’expérience de plateau. C’est à dire la gestion des gens, de comment s’organisent les journées, l’inertie qu’il peut y avoir au bout de quelques jours. On ne cesse jamais d’apprendre en fait, donc j’ai appris énormément. Il y a plein de choses que je ferais différemment, d’autres que je ferais de la même manière.

CM : On a pu voir passer beaucoup de comparaisons entre ton film et Taxi ou encore Fast & Furious, mais en le voyant on ressent plutôt une filiation avec le 1er volet de la saga Mad Max. Le modèle des véhicules de Gendarmerie qui dans le film s’appellent Interception, leur design, et certaines séquences de poursuite peuvent mettre la puce à l’oreille. C’est un délire de notre part ou on se rapproche de quelque chose ?

Non c’est pas un délire. Mad Max est effectivement une influence bien plus forte que ne l’est Taxi ou encore Fast & Furious. J’adore Fast & Furious, c’est pas la question. D’ailleurs longtemps dans le scénario, les voitures de flics je les avais appelé des Interceptor, même si je pensais que dans le film on ne les nommerait pas forcément.
Mais pour moi, Mad Max c’est la base. C’est des épaves retapées et transformées en tank. Ça m’a toujours fasciné, et ça fait partie de ce que j’aime. Donc oui, c’était bien sûr une grosse influence.
Par contre je peux comprendre la filiation avec Taxi ou Fast & Furious, puisque c’est ce que vend la bande-annonce. Elle vend un film très fun à base de repris de justice qui devient un peu flic, et ça vend aussi des histoires de mécano qui font des poursuites etc. Donc forcément je comprend la filiation, mais « Mad Max » est quand même une influence bien plus importante pour moi.

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