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Rocketman

Retour sur Rocketman, le biopic pailleté et chantant sur Elton John.

Elton John (Taron Egerton) - Rocketman

🎬 Réalisateur : Dexter Fletcher (Eddie The Eagle)

🎬 Casting : Taron Egerton (Kingsman), Jamie Bell (Snowpiercer), Richard Madden (Game of Thrones), Bryce Dallas Howard (Jurassic World)

🎬 Genre : Biopic

🎬 Sortie : 22 mai 2019 (Royaume-Uni), 29 mai 2019 (France)

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Synopsis : Rocketman nous raconte la vie hors du commun d’Elton John, depuis ses premiers succès jusqu’à sa consécration internationale.
Le film retrace la métamorphose de Reginald Dwight, un jeune pianiste prodige timide, en une superstar mondiale. Il est aujourd’hui connu sous le nom d’Elton John.
Son histoire inspirante – sur fond des plus belles chansons de la star – nous fait vivre l’incroyable succès d’un enfant d’une petite ville de province devenu icône de la pop culture mondiale. 

My name is Elton Hercules John… And I’m an alcoholic, and a cocaine addict, and a sex addict, and a bulimic! I’m also a shopaholic who has problems with weed, prescription drugs and anger management.

Elton John

Biopic racontant la vie de Sir Elton John, Rocketman est un film mêlant chant, danse et acting sous le contrôle de Dexter Fletcher. Mais est-il aussi passionnant que la vie de son protagoniste ? Retour sur un film haut en couleur.

Elton John (Taron Egerton)
Gavin Bond - © 2018 Paramount Pictures - Rocketman

On retrouve Dexter Fletcher et son petit poulain Taron Egerton dans un biopic hors du commun. Se décalant complètement de Bohemian Rhapsody et le surpassant au passage, ce film raconte la vie d’Elton John, vue par Elton John. Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Rocketman est à l’effigie du chanteur pop : coloré, drôle, profond, dur, sincère, extravagant, décalé… On perçoit les moments importants d’Elton John comme lui les a vécus. On retrouve donc un John Reid embelli et romantique, des scènes expressionnistes et d’autres proches du fantastique.

La ligne directive dans ce film se forme autour des chansons d’Elton John. En effet, elles ne constituent pas de simples interludes ou parenthèses dans la diégèse mais construisent le film dans son intégralité, permettant aux spectateurs de se plonger totalement dans la musicographie de Sir Elton John.

Ainsi, le scénario incorpore les chansons dans la continuité narrative (interprétées merveilleusement bien par Taron Egerton) avec une intelligence sans égale, permettant aux spectateurs d’en comprendre leur origine, leur sens et leur importance dans l’existence du chanteur. On retrouve les codes de la comédie musicale (après tout peut-être en est-ce une ?) avec des chorégraphies soignées et une mise en scène théâtrale et fluide qui animent le film du début jusqu’à la fin.

Elton John (Taron Egerton)
Gavin Bond - © 2018 Paramount Pictures - Rocketman

Ces aspects de fêtes, de gaieté, de danse et de « too much » n’empêchent, à aucun moment, de retrouver la dureté et les émotions qu’offrent la vie d’Elton John. La sensibilité et les difficultés de son parcours sont évoquées sans tabou, préjugé ou langue de bois : on ne tourne pas autour du pot et ça dès la première scène Ô combien captivante et émouvante : sexe, drogue, excès, dépendance, boulimie, abus, homosexualité… Il n’y a aucun filtre, un vrai rafraichissement et une franchise affirmée qui donnent encore plus de réalisme à ce film.

People don’t pay to see Reginald Dwight… They pay to see Elton John!

Elton John

Cette quête de réalisme et d’authenticité se transpose dans chacun des personnages : maquillage, costume, gestuelle, ressemblance physique. Rien n’est laissé au hasard pour retranscrire le plus fidèlement la vie d’Elton John et sa perception du monde. On peut donc apprécier le travail exceptionnel de la costumière Lizzie Yanni Georgiou qui a su reproduire les costumes de scènes mais aussi les habits de ville d’Elton John, John Reid et Bernie Taupin. À noter qu’une scène incluant le King (Elvis Presley) n’a pas été retenue au montage mais offre un travail impressionnant de la part des costumiers et maquilleurs.

Elton John (Taron Egerton), Sheila Farebrother (Bryce Dallas Howard), John Reid (Richard Madden)
- Lizzie Yanni Georgiou - Rocketman

D’un point de vue esthétique, Rocketman bat de très loin la plupart des biopics déjà sortis. De nombreuses scènes captent le regard avant même que l’action ne se déroule comme la scène du Troubadour ou encore « Saturday Night ». Mouvements de caméra, fluidité des chorégraphies, enchaînement de costumes et de lieux : le talent de Dexter Fletcher ne fait aucun doute. Et que dire du morphing avec les lunettes, des ralentis, des lumières et de l’extravagance des plans surchargés ? Une merveille pour les yeux. Les deux scènes les plus marquantes pour moi (même si je voudrais en citer bien plus) sont la « Pool scene » et « Bennie and the Jets ».

Elton John (Taron Egerton)
David Appleby - © 2018 Paramount Pictures - Rocketman
La Pool scEne : sans gravité

Je suis une grande adepte des Pool Scene, ces scènes qui se passent dans une piscine et celle de Rocketman reste esthétiquement l’une des plus belles et des plus symboliques que j’ai eu la chance de voir. Il s’agit de la tentative de suicide d’Elton John. Ce genre de scène est extrêmement compliqué à tourner techniquement que ce soit pour les acteurs ou pour l’équipe de tournage et celle-ci dure presque 2 minutes en immersion totale. Mélangeant caméra objective et caméra subjective avec l’utilisation astucieuse du CGI, on entre dans un tout autre univers. En apesanteur, plein de légèreté, le spectateur en oublie le danger, alors que l’acte en lui-même est horrible. Sublimée par la chanson Rocketman et l’esthétique bleue sur représentée (non, les piscines ne sont pas si bleues sauf dans l’esprit d’Elton John), cette scène marque une pause dans la ligne narrative, comme suspendue. Ce sentiment se confirme lorsqu’on voit le petit Reginald Dwight : le temps s’est-il arrêté ou sommes-nous dans une autre dimension ? 

Le temps, la réalité n’ont plus d’emprise sur lui, tout comme ils paraient ne plus en avoir sur le spectateur. Tout semble « sans gravité » : Elton John plonge dans la piscine et dans ses souvenirs, se retrouvant voguant paisiblement, en suspend. Et que dire de l’embellissement du suicide et de la déconnexion totale entre le personnage et son monde qui font oublier la gravité de cet acte : Elton John tente de se tuer. Cette scène à elle seule représente l’extravagance, le décalage et la puissance narrative du film et de ses images.

Elton John (Taron Egerton)
David Appleby - © 2018 Paramount Pictures - Rocketman
Bennie and The Jets : excès harmonieux

La seconde scène que je vais évoquer est « Bennie and the Jets » et plus particulièrement « l’orgie ». Oui, oui, vous avez bien lu « l’orgie ». Il ne faut pas se le cacher, d’ailleurs le film ne le fait pas : cette scène représente les excès à outrance d’Elton John, qu’ils soient d’ordre sexuel, chimique ou alcoolique. Tous ces mots ne font pas rêver, toute cette outrance pourrait répugner et pourtant là encore, le génie de Dexter Fletcher fait son apparition pour transformer toute cette « horreur » en chorégraphie et symboles poétiques et harmonieux. On ne peut se lasser de regarder ces plans de dessus, remplis de monde, de couleur rouge et de sous-entendus amenés grâce à la surimpression et une focalisation sur le visage d’Elton John. Là encore, on retrouve cette sensation de déconnexion avec le reste de la trame. Une bulle poétique et imaginaire tout droit sortie de la tête d’Elton John : il semble que nous pénétrions dans son esprit, partageant ses souvenirs vaporeux.

Elton John (Taron Egerton), Bernie Taupin (Jamie Bell), Sheila Farebrother (Bryce Dallas Howard), Ivy (Gemma Jones)
David Appleby - © 2018 Paramount Pictures - Rocketman

Rocketman est un chef-d’œuvre tant technique que scénaristique mais également une prouesse pour les acteurs. Taron Egerton incarne à l’écran un Elton John parfait, s’appropriant le rôle de l’icône pop plutôt que d’essayer de lui ressembler. Ainsi, ce n’est pas Elton John qui chante mais Taron Egerton. Richard Madden et Jamie Bell l’accompagnent à l’écran avec justesse et prestance.

When are you going to hug me?

Reginald Dwight

Note

⭐⭐⭐⭐⭐⭐⭐

7/10

En résumé : « On connait tous Elton John. » Pas vraiment. Ce film raconte sa vie sans complexe ni tabou. On entre dans un univers surréaliste détonnant et chantant sans perdre en authenticité et en douleur. Tout n’était pas que paillettes. La performance de Taron Egerton est superbe.

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